La douceur de l’autre François

Lors d’un anniversaire, c’est l’occasion de mettre en valeur un événement, une patrie ou une personne. Le 28 décembre 2022, l’Église commémorait le 400e anniversaire du décès de François de Sales. Le pape François a d’ailleurs publié un important texte à son sujet à la fin de l’année dernière. La mort de Benoit XVI a cependant éclipsé cette parution.

Il est le patron de la paroisse de Rogersville, faisant partie de l’entité municipale de Nouvelle-Arcadie. Les francophones de Saint-Jean (N.-B.) l’ont aussi choisi comme modèle. Mais qui est-il?

François est né en 1567 à Sales en Haute-Savoie. Prêtre français, il sera nommé évêque du diocèse de Genève. Il résidera à Annecy puisque la ville suisse était le berceau du protestantisme, la «Rome des calvinistes». Il n’était pas le bienvenu dans la région helvétique.

Au cœur de la Réforme, François va mettre ses compétences à l’œuvre pour dynamiser les paroisses et fonder la communauté religieuse des Visitandines. De plus, il rassemble les intellectuels de son époque pour valoriser la place des laïcs dans la vie de l’Église. Éminent théologien, ses livres sur la spiritualité des laïcs deviennent rapidement des classiques. Ils seront édités à maintes reprises.

Il meurt en 1622 à l’âge de 55 ans. Deux siècles après sa canonisation en 1665, il deviendra docteur de l’Église en 1887 à cause de son apport à la réflexion théologique. Puisqu’il a été l’un des premiers hommes de lettres à avoir recours à l’imprimerie pour la diffusion de son œuvre, il est nommé patron des journalistes et des écrivains.

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Lorsque je fréquente François de Sales, je suis frappé par son insistance sur la douceur. Au Moyen-Âge, c’est davantage une attitude combattive qui était de rigueur pour affronter le protestantisme naissant. Or, il mise sur la douceur comme remède contre l’inquiétude, la colère et la brutalité.

Parmi le bouquet des vertus, cette «fleur de la charité» amène le respect des libertés et suscite la concorde. François ne cherche pas une douceur superficielle qui serait assimilée à une certaine mollesse: il vise une réconciliation en profondeur des conflits, des colères et des limites. Loin d’être la vertu des faibles, la douceur est la force de ceux qui réussissent à surmonter leur propre violence et à harmoniser leurs contradictions.

Dans cette spiritualité de médecine douce, le volontarisme et l’ascétisme ne sont pas à l’honneur, ils peuvent mener à l’orgueil. Pour mener le bon combat contre le mal en soi et dans les autres, il faut le faire «constamment et vaillamment, mais doucement et paisiblement».

Dans sa prière, il demandait au Seigneur de vivre la douceur lors de chacune de ses rencontres et au milieu de ses contrariétés quotidiennes. Au moindre signe d’un mouvement de colère intérieur, il L’appelait pour chercher à rétablir son cœur dans la paix. Il voulait être doux avec lui-même en supportant ses défauts, mais aussi avec les autres, même avec ceux qui l’offensaient.

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Pour François de Sales, la douceur des chrétiens est essentielle parce que cette caractéristique est d’abord un attribut divin. Avant d’être puissant et magnanime, Dieu est «tendre, miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour». Il gouverne sans jamais recourir à la force.

Pourtant, on imagine Dieu combattant le mal avec force et puissance. Or, Il se présente comme doux et humble de cœur. Il est comme une mère qui n’oublie pas son enfant (Is. 49). Comme un père qui court à la rencontre de son fils perdu (Luc 15).

La tendresse n’est pas épidermique pour Dieu. Son lien avec chaque être humain est viscéral. Même s’il nous arrive de nous éloigner, Lui, il reste toujours proche. Sa compassion ne se limite pas à nos bonnes actions. Pour refléter sa douceur, le premier pas à faire est de se laisser regarder par Lui.

Mardi, prochain, 24 janvier, ce sera la fête de François de Sales. À l’heure des fausses nouvelles et de la désinformation, la rigueur de ce patron des journalistes mérite d’être soulignée et imitée.

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