23 heures 58 minutes et 30 secondes. C’est le temps qu’il nous reste avant la fin du monde indique l’Horloge de l’Apocalypse mise à jour hier. Cette horloge «imaginaire» a été créée en 1947 par un groupe de scientifiques américains de l’université de Chicago qui tentent, depuis, de nous donner l’heure juste en ce qui a trait aux graves menaces qui pèsent sur la planète dans les domaines nucléaires, technologiques et climatiques.

«C’est une métaphore, un rappel des périls auxquels nous devons faire face si nous voulons survivre sur la planète», affirme l’équipe d’administrateurs.

Cette année, à cause de l’enlisement de la guerre en Ukraine, on a retranché 10 secondes au temps qui nous est imparti. Selon ces scientifiques, l’humanité n’aura jamais été aussi près de son oblitération!

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Décidément, on vit une époque assez délirante! Le tragique revient en force, les alertes catastrophistes se multiplient, et l’heure est apparemment à la fin du monde.

Face à cette réalité, j’ai de plus en plus l’impression que le monde se divise en deux clans: les insouciants, qui vivent comme si demain n’existait pas et que tout doit être absorbé aujourd’hui même dans une frénésie étourdissante de désirs, de plaisirs, d’euphories bas de gamme, d’une part; et, d’autre part, les alarmistes, qui pataugent dans la peur et le drame, s’interdisant du coup toute forme d’espérance dans notre destin collectif.

J’ignore où cela va nous mener, quelle ligne d’horizon nous devrons traverser pour le savoir, et sur quelle terre échouera notre radeau de la Méduse version troisième millénaire.

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Mais déjà l’inconnu existentiel gagne de plus en plus de terrain dans nos vies, que ce soit via la panoplie grandissante des gadgets électroniques et informatiques qui nous sont proposés, ou via les réseaux sociaux qui accroissent la solitude de tout un chacun en nous donnant paradoxalement l’impression de communiquer plus et mieux entre nous.

Dans le même temps, les rapports humains évoluent à vitesse grand V. Prenez, par exemple, l’institution du mariage, une réalité qui parle à tout le monde.

Le type de vie conjugale qu’ont pu vivre nos parents et grands-parents, dans la grande majorité des cas, n’a plus grand-chose à voir avec ce que vivent une très forte proportion de couples aujourd’hui.

Autrefois, le mariage était un serment littéralement pris au pied de la lettre. Les «accotés», les concubins, les adultérins étaient mal perçus. Aujourd’hui, outre les mariages traditionnels, il y a les unions de fait, les relations ouvertes, les familles reconstituées, sans oublier les couples de même sexe et leurs familles engendrées ou non par le couple.

Tout cela est parfaitement normal et salué comme une avancée sociale. C’est dire le chemin que nous avons franchi depuis cinquante ans.

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Imaginons maintenant le chambardement à valeur exponentielle qui attend l’humanité dans le prochain demi-siècle! Ce sera l’inconnu, fascinant et inquiétant à la fois, qui risque d’être le phare qui guidera l’humanité, de connivence avec l’intelligence artificielle.

Et c’est une sorte de je-ne-sais-quoi intuitif qui nous pousse à vivre ce «défi en développement» soit de manière insouciante, soit de manière alarmiste.

Question de tempérament, sans doute. Question d’éducation possiblement. Question de conjoncture aussi, car on n’est pas toujours dans les mêmes dispositions face aux atours sous lesquels la vie se présente à nous.

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C’est on ne peut plus évident dans notre approche de la politique. On peut s’y intéresser un peu, beaucoup, ou passionnément. Ou pas du tout. Cet intérêt ou ce désintérêt peut varier selon les saisons de nos vies, selon nos dispositions mentales d’un moment X, ou selon la qualité de l’offre politique qu’on nous présente.

Ainsi, on ne peut pas dire qu’à l’heure actuelle l’offre politique soit particulièrement alléchante au Niou-Brunswick. Il ne faudrait pas s’étonner que le désenchantement des francophones (et probablement de nombre d’anglophones) à l’égard du gouvernement en place les détournent de la politique. On le ferait à moins.

Pour les francophones, la tentation sera grande de se réfugier en bloc dans les bras du Parti libéral et de fuir les conservateurs. Pourtant, il faudrait qu’ils s’investissent aussi dans le Parti conservateur s’ils veulent pouvoir bénéficier d’un fort soutien tous azimuts.

Idéalement, ce pourrait être aussi s’investir chez les verts ou les néo-démocrates, mais dans l’état de délabrement politique actuel de la province, il faut plutôt penser à reprendre place au Parti conservateur afin de pouvoir agir de l’intérieur.

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L’Acadie ne gagnera rien à bouder le parti conservateur indéfiniment. Elle risque plutôt de le voir devenir encore plus insensible à ses droits linguistiques.

À moins d’être en mesure de placer les libéraux au pouvoir ad vitam aeternam – ce qui serait néfaste pour la démocratie, parce que l’alternance du pouvoir est un puissant adjuvant politique – l’Acadie doit comprendre que son salut passe par une forte présence dans les deux principaux partis politiques de la province.

Tant mieux si les verts progressent aussi. Peut-être seront-ils un jour une Opposition officielle crédible et redoutable. C’est à souhaiter.

Mais d’ici là, il faut se concentrer sur le plus urgent: sauver l’Acadie politique avant qu’elle ne se perçoive plus que comme une victime sans défense incapable d’agir sur son destin.

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Certes, on pourra toujours brandir comme des scapulaires les droits linguistiques reconnus au provincial et au fédéral, y compris ceux qui scintillent dans la constitution.

Mais il n’y a qu’à voir les entourloupettes fort imaginatives qu’utilisent ces gouvernements pour contourner ces lois – forçant les francophones d’ici et d’ailleurs à s’en remettre à la Justice – pour saisir que les droits linguistiques servent surtout de vitrine du fait français au Niou-Brunswick, comme au Canada, mais que c’est derrière la vitrine que se vit la réalité française.

Bref: toutes ces lois ne sont efficaces que dans la mesure où elles permettent à l’Acadie de consacrer son énergie vitale à son épanouissement, et non à se préparer pour la fin du monde!

La fin du monde peut attendre.

Han, Madame?

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