Le 19 janvier, la première ministre de la Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern, a pris le monde entier par surprise en annonçant qu’elle souhaitait quitter son poste. Elle a expliqué qu’après près de six ans au pouvoir, elle sentait qu’elle n’avait plus assez d’énergie pour continuer, citant la COVID-19, une éruption volcanique et les attentats meurtriers de Christchurch comme autant d’épreuves difficiles auxquelles elle a dû faire face durant son mandat.

Ce n’est pourtant pas tant cette nouvelle que la réaction qu’elle a suscitée qui devrait nous choquer.

Dès la fin de la conférence de presse de Mme Ardern, certains grands médias rapportant la nouvelle en profitaient pour remettre en question la place des femmes dans les hautes sphères de la politique. La BBC posa sans ambages la question: «les femmes peuvent-elles vraiment tout avoir?».

Ironiquement, l’exemple de Mme Ardern en est pourtant un qui devrait nous démontrer que cette question se répond catégoriquement par l’affirmative.

Rappelons que celle-ci est entrée en poste à 37 ans, devenant la plus jeune femme à être cheffe de gouvernement dans le monde et la plus jeune première ministre néo-zélandaise en 150 ans. Elle est rapidement devenue une figure politique célébrée à l’international, tant pour ses politiques progressistes que pour son style de leadership empreint d’humanité, même alors qu’elle recevait des menaces d’une violence sans précédent à l’endroit de sa personne et de sa famille.

Elle a à nouveau marqué l’histoire en 2018 en devenant la deuxième femme dans l’histoire à donner naissance pendant qu’elle était à la tête d’un gouvernement (la première étant la première ministre du Pakistan, Benazir Bhutto, en 1990). Quand même pas mal comme bilan.

Si on avait besoin d’éclairer davantage le ridicule de la chose, on pourrait comparer l’annonce de Mme Ardern à un exemple bien de chez nous: la démission du premier ministre néo-écossais Stephen McNeil. Après sept ans au pouvoir, il a annoncé qu’il quittait la vie politique en août 2020, citant entre autres la crise de la COVID-19 et la tuerie de Portapique comme raisons de son départ. Le parallèle entre ces circonstances et celles qui ont poussé Mme Ardern vers la porte crève les yeux.

Pourtant, alors que l’annonce du départ de M. McNeil a été saluée comme une décision sage de la part d’un leader sachant faire preuve d’introspection, celle de Mme Ardern a plutôt été l’occasion, pour une énième fois, de jeter de l’ombre sur la place des femmes en politique.

Voilà qui donne matière à réflexion sur la politique néo-brunswickoise, alors que Susan Holt, la première femme à décrocher le poste de cheffe du Parti libéral de la province, briguera le poste de première ministre lors des prochaines élections. Il est trop tôt pour dire si Mme Holt a l’étoffe d’une cheffe de gouvernement, mais son entrée sur la scène politique provinciale est l’occasion de se pencher sur la façon dont ses faits et gestes seront perçus. Lui réservera-t-on le traitement Stephen McNeil ou Jacinda Ardern?

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