Tout récemment, le décès de Kiska, l’orque capturée en 1979 à l’âge de 3 ans dans les eaux islandaises et ayant passé plus de 40 ans en captivité, a ébranlé le monde et relancé le débat, grandement nécessaire, sur les droits des animaux.

Kiska était le dernier orque en captivité au Canada. Elle vivait depuis plus de douze ans dans le parc Marineland de Niagara Falls, en Ontario. Depuis 2011, cet être vivant à l’extraordinaire intelligence et au comportement sociaux hautement développés vivait seul dans un minuscule aquarium. Un traitement d’une véritable cruauté, sachant que les orques sont considérées comme l’une des espèces de mammifères les plus sociales au monde. La solitude représente donc une torture absolument ignoble posée à l’égard de ce magnifique animal.

Au cours des dernières années, des vidéos montrant Kiska en pleine détresse psychologique, se frappant la tête sur le mur de vitre de l’aquarium, ont fait le tour du monde. L’incident d’une extrême tristesse avait suscité à l’époque l’indignation du public et provoqué des mouvements pour le bien-être animal, demandant de bannir la captivité des baleines et des dauphins au pays.

Depuis 2019, il est interdit d’élever ou de garder en captivité des cétacés au Canada. La liste de pays ayant banni ou restreint l’utilisation des animaux non humains à des fins de divertissements est en constante croissance. Cette pratique est de plus en plus contestée et le bien-être animal joue à présent un rôle prépondérant dans les choix de consommation quotidiens d’une grande partie de la population.

S’il est désormais inacceptable de garder en captivité des cétacés; d’utiliser certains animaux sauvages dans les cirques; d’élever des animaux pour leur fourrure ou encore de tenir des rodéos; c’est que les animaux non humains sont, tout comme nous, conscients et biologiquement capables de souffrir, physiquement et psychologiquement.

Selon la théorie philosophique utilitariste, dont l’un des plus importants adhérant est le grand philosophe Peter Singer, le but ultime de la vie est de maximiser le bien-être et le bonheur. Ainsi, les actions que nous posons envers les autres animaux doivent être évaluées en fonction de leur capacité à atteindre cet objectif, c’est-à-dire à éviter de faire souffrir inutilement les êtres sentients qu’ils sont.

La capacité de souffrir représenterait donc le critère de base sur lequel nous devons nous pencher pour tenter de comprendre si le traitement que l’on réserve à un ou des animaux est moralement acceptable, puisque la souffrance enfreindrait gravement les intérêts les plus fondamentaux de l’animal, qui ne cherche qu’à maximiser son bien-être.

La question se pose donc inévitablement: si nous protégeons certains animaux de l’exploitation humaine et de certaines pratiques pouvant occasionner de la souffrance, pourquoi acceptons-nous alors, sans grande contestation, l’exploitation et la mort de trillions d’animaux d’élevages annuellement, dans des conditions qui violent les principes centraux du bien-être animal?

Si la réponse à cette question est d’une grande complexité, elle réside sans aucun doute dans le spécisme, soit cette idéologie selon laquelle il existe une hiérarchie au sein des espèces et que l’appartenance à une espèce quelconque est un critère pertinent pour établir les droits qu’on doit lui accorder. Pourtant, cette discrimination basée sur l’espèce ne résiste pas à une analyse rigoureuse des faits.

Il est simple de constater la cruauté des activités auxquelles nous ne participons pas. Il est plus commode de lutter pour les droits des orques en captivité ou des éléphants dans les cirques que des animaux d’élevages que nous ne considérons comme rien d’autre qu’un futur burger. On peut rejeter la faute sur quelqu’un d’autre sans avoir besoin de s’interroger sur soi-même. Ainsi, cela permet d’éviter l’inconfort engendré par la dissonance cognitive qui nous obligerait à admettre que les êtres vivants qui se retrouvent dans notre assiette méritent aussi notre considération morale.

Mais la sombre histoire de Kiska nous donne maintenant l’opportunité de réfléchir profondément à notre relation avec les animaux non humains, indépendamment de leurs espèces, pour que plus aucune orque ne vive l’enfer de la captivité et pour qu’enfin, des milliards d’animaux soient libérés.

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