CMA 2014: des retombées non négligeables dans le Madawaska

Cinq années plus tard, l’Acadie des terres et forêts continue de profiter des retombées du 5e Congrès mondial acadien. La tenue en 2014 de cet événement majeur a notamment permis de resserrer les liens entre les trois régions hôtesses, soit le nord de l’État du Maine, le nord-ouest du Nouveau-Brunswick et le comté du Témiscouata au Québec.

Le 6e Congrès mondial acadien arrive à grands pas dans le sud-est du Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard.

Il y a déjà cinq années, le maire d’Edmundston, Cyrille Simard, vivait la frénésie du CMA. L’un des objectifs principaux des organisateurs était de poursuivre les efforts envers le développement économique.

Durant le congrès, une déclaration a été adoptée pour créer l’organisme de L’Équipe des chefs de file de l’Acadie des terres et forêts, aussi connu sous le nom Réussir Ici. Le mandat de cette équipe est de travailler sur des dossiers économiques communs et de renforcer les liens transfrontaliers.

«Ça donne quand même des résultats intéressants. Il y a eu toutes sortes de rencontres avec des industriels et des projets à caractère économique, mais il y a aussi un projet qui vise à assurer la pérennité de nos lacs, donc il y a des éléments environnemental et touristique qui sont intégrés là-dedans», dit Cyrille Simard.

Le CMA a également permis aux artistes de l’Acadie des terres et forêts de créer plus de liens avec ceux des autres régions de l’Acadie. Par exemple, en 2018, Edmundston a été la ville hôtesse du gala Les Éloizes, une cérémonie de remise de prix pour les artistes francophones.

«Ça aussi a été un grand succès pour nous. Dans le développement de l’Acadie, les arts et la culture ont toujours joué un rôle fédérateur. Quand on examine ça cinq ans plus tard, je constate que plus de liens ont été développés.»

À l’échelle locale, les artistes du nord-ouest voyagent davantage et les artistes d’ailleurs arrêtent plus souvent dans cette région.

«Le nord-ouest du Nouveau-Brunswick a toujours été un peu isolé des autres régions pour toutes sortes de raisons historiques et culturelles, mais le CMA a renforcé les liens. Nos artistes sont maintenant plus présents ailleurs dans la province et l’inverse est vrai aussi. Que quelqu’un comme Jacobus (de la Nouvelle-Écosse) soit présent à la Foire brayonne, c’est un signe que les liens se resserrent.»

Brayons et Acadiens

L’Acadie des terres et forêts, particulièrement le nord-ouest du Nouveau-Brunswick, a toujours été une région avec une indépendance d’esprit unique. Plusieurs s’identifient à la culture brayonne avant tout.

«C’est un aspect dont on a parlé souvent. À mon avis, c’est une question purement théorique. À bien des égards, c’est utile pour certains qu’on en parle pendant des siècles, comme quoi les Brayons ne sont pas des Acadiens. Je pense qu’on a dépassé cette phase. Le CMA a permis de voir qu’on peut être à la fois Brayon et Acadien. On a toujours des identités multiples. Lorsqu’on ne met pas en opposition les deux concepts, ça ouvre les perspectives sur ce qu’on peut accomplir avec les autres communautés francophones du Nouveau-Brunswick», estime le maire Simard.

Depuis quelques années, plus de résidents du Nord-Ouest n’hésitent plus à faire flotter le drapeau acadien. Il suffit de faire un tour dans la région pour le constater.

«C’est quelque chose de tangible. C’est moins exacerbé que l’on pourrait voir dans d’autres régions typiquement associées au drapeau de l’Acadie, mais il n’en demeure pas moins qu’il y a eu une plus grande ouverture à manifester l’Acadie pendant le CMA. Ça s’est poursuivi. C’est certainement moins évident que dans d’autres régions, mais certainement beaucoup plus que l’on pouvait voir traditionnellement.»

La tenue du CMA a donc permis de trouver des points communs avec les autres régions acadiennes.

«Il y a peut-être des aspects de l’Acadie traditionnelle auxquels les gens d’ici étaient moins attachés. Le discours sur la déportation, l’aspect historique ou généalogique… Ces aspects n’ont jamais été très populaires ici, mais l’attachement à la langue française, la culture, le partage, le dialogue font partie de nous. Nous avions vraiment cet objectif de raffermir les liens entre nos trois régions et de montrer à l’Acadie du monde qui nous sommes.»

Fierté au Maine

Nous avons parfois tendance à l’oublier, mais le nord du comté d’Aroostook, au Maine, est l’une des régions les plus francophones aux États-Unis. Dans plusieurs communautés longeant le fleuve Saint-Jean, le français est toujours parlé par une proportion très élevée de la population.

«Ce n’est pas impossible de rentrer dans un commerce et de se faire servir en français. Cependant, la majorité des gens qui parlent le français souffrent de l’insécurité linguistique. Depuis qu’ils sont tout petits, on leur dit que leur français n’est pas valable ni à la hauteur du français standard et qu’on ne devrait pas le parler», explique Lise Pelletier, directrice des archives acadiennes à l’Université du Maine – Fort Kent.

Mme Pelletier était fortement impliquée dans l’organisation du CMA 2014. Elle était non seulement dans le comité régional du Maine, mais aussi membre du bureau de la direction du Congrès mondial acadien.

Pour elle, cet événement relevait d’une grande importance pour la région.

«C’était très important, parce que lorsqu’on parle de la francophonie du Maine, il faut remonter un peu plus loin dans le passé pour reconnaître que les gens de notre région, du Nouveau-Brunswick et du comté du Témiscouata formaient un peuple homogène jusqu’à ce qu’il y ait un traité délimitant les frontières internationales. Au départ, nous étions un seul peuple, donc c’était important pour moi de sensibiliser les gens de notre région à leur passé et de nous donner une occasion de resserrer les liens entre nous.»

Vivre sa francophonie aux États-Unis n’est pas toujours évident, mais Mme Pelletier constate un renouvellement de la fierté acadienne. Plusieurs résidents du comté d’Aroostook connaissent les grandes lignes de l’histoire de l’arrivée des premiers Acadiens dans la région. Malheureusement, signale Mme Pelletier, cette partie de l’histoire ne fait pas du curriculum de l’État du Maine.

Malgré tout, les Acadiens du Maine demeurent fiers de leurs racines.

«Individuellement, des enseignants mettent plus d’effort pour enseigner l’histoire des Acadiens. On voit des enseignes devant certains commerces pour dire qu’ils parlent le français. On voit plus de drapeaux acadiens. Il y a une fierté visible.»

Bien que la langue soit assez répandue, elle s’effrite auprès des jeunes générations. La langue française est à peine enseignée à l’école.

«J’ai une amie de Van Buren. Elle enseigne en français toute la journée, mais c’est à peu près la seule. Partout ailleurs, l’enseignement du français commence souvent en 9e année seulement. C’est beaucoup trop peu et trop tard.»

Des efforts ont été entrepris pour raffermir les liens avec d’autres francophones et rapprocher les jeunes de leurs racines.

«Un enseignant ici à Fort Kent a lancé un projet intéressant. Depuis quelques années, il donne la possibilité aux étudiants de tracer leur généalogie en France, souvent en passant par la Nouvelle-France. Ensuite, les étudiants visitent le village où leurs ancêtres habitaient avant de se rendre dans le Nouveau Monde. Ç’a créé des liens formidables et chez l’étudiant, ça crée quelque chose de très profond dans son identité.»

Lise Pelletier a lancé un programme d’enseignement d’arts traditionnels pour initier les jeunes générations à leur culture.

«Ce sont surtout les jeunes qu’on veut attirer. Ils apprennent à tisser et à faire toutes sortes d’autres choses. Ça se passe seulement en français. Il y a aussi une session de cuisine traditionnelle acadienne. Les gens apprennent à préparer des repas. C’est une façon d’initier les enfants, mais il y a aussi un désir de préserver des traditions. Les gens qui tissent, il y en a de moins en moins. On veut que ça continue. Une femme est venue montrer aux jeunes des danses traditionnelles du Québec et de l’Acadie. Ç’a été un franc succès.»