À l’approche du CMA, la fébrilité est palpable dans la région Évangéline

L’Acadie Nouvelle vous embarque aujourd’hui dans une virée chez les petits villages gaulois de l’Île-du-Prince-Édouard, où les préparatifs vont bon train à quelques jours du grand rendez-vous des Acadiens. En voiture!

110 km – Première impression après la traversée du détroit de Northumberland, la venue du Congrès mondial acadien ne semble pas faire grand-bruit. Aucun affichage ne signale la venue de l’événement aux visiteurs aux abords du Pont de la Confédération.

142 km – Nous continuons la route jusqu’à Miscouche, l’une des huit communautés insulaires hôtesses du CMA. Pas besoin d’aller beaucoup plus loin pour tomber sur du bleu, du blanc, du rouge, avec un peu de jaune. Pas de doute, nous sommes bien en Acadie!

160 km – Première étape, Mont-Carmel. Si Shediac s’est autoproclamée capitale mondiale du homard, ce petit village de 1125 habitants mériterait amplement le titre de capitale des violoneux… Entre la vedette du groupe Barachois, Albert Arsenault, son frère Peter, le quatuor Vishten, le musicien Philippe LeBlanc ou la violoniste Anastasia Desroches, il y en a du talent au km2!

«C’est une région où le violon et la gigue ont toujours dominé, c’est une grosse partie de notre culture», nous confirme Anastasia de sa voix douce.

Née d’un père anglophone et d’une mère francophone, Anastasia parlait uniquement l’anglais à la maison. Faute d’école francophone dans la région, elle et ses deux sœurs ont suivi le programme d’immersion française à Summerside.

C’est par amour de la gigue et de la musique traditionnelle qu’Anastasia a fait le choix de renouer avec ses racines acadiennes en partant étudier à l’Université de Moncton. Elle est la seule enfant de la famille à encore parler français.

Aujourd’hui, l’artiste de 46 ans s’implique à pleine vapeur dans sa région. Pour le CMA, elle s’apprête à donner pas moins de six spectacles en quatre jours. «Tout le monde en parle, on voit que les gens commencent à décorer leurs maisons, observe-t-elle. C’est l’occasion de montrer au monde qu’il y a des francophones à l’Île-du-Prince-Édouard. On veut montrer que nous sommes petits mais vivants! Je m’attends à ce que ça soit inspirant.»

Nous décidons ensuite une visite improvisée chez Albert Arsenault, membre fondateur de Barachois. Nous le trouvons, deux rues plus loin, en pleine préparation de fromage en grains «Squeaky». Cela fait trois ans qu’il assure la production de la fromagerie artisanale de l’Isle, créée par son voisin Mathieu Gallant.

Le 10 août prochain, Albert troquera sa tenue de travail pour une de ses vieilles chemises de tournée et fera son grand retour sur scène. 16 ans après la dissolution du groupe, les quatre compères de Barachois ont accepté de se réunir pour une demi-heure de spectacle lors de l’ouverture officielle du CMA à Abram-Village.

«On a déjà refusé beaucoup d’invitations, mais cette fois on ne pouvait pas voir une meilleure occasion, on s’est dit qu’on ne pouvait pas vraiment manquer ça», raconte-t-il, tout en mélangeant le contenu d’une grande cuve métallique.

Avec Hélène Bergeron, Chuck Arsenault et Louise Arsenault, ils se rencontrent régulièrement pour répéter. Entre 1995 et 2003, le quatuor adoré de la région Évangéline a sillonné le monde et a exporté un peu partout le folklore musical acadien.

Les attentes sont grandes, reconnaît Albert. «C’est plaisant de pratiquer ensemble de nouveau, il y a un peu de nervosité et pas mal d’excitation!»

Le voilà maintenant occupé à découper de gros cubes de fromage qu’il envoie à sécher. Pense-t-il que la CMA va créer une dynamique dans la région? «Je ne sais pas trop, répond-il. Moi, j’espère que ça va nous donner un petit coup dans le derrière!»

Nous reprenons la route. Direction: Abram-Village. On s’arrête en chemin au restaurant La Lobster Shack pour y déguster la spécialité de la maison: la poutine au homard.

Le propriétaire, Gilles Alva, se frotte les mains à l’idée d’une arrivée massive de visiteurs. «C’est certain qu’il va y avoir de la circulation par ici, on s’attend à être très occupés!»

L’entrepreneur espère que le CMA participera à mettre son coin de pays sur la carte. «Ça fait plus d’un an qu’on fait la promotion de cet événement, ça devrait nous faire connaître à l’extérieur de la province», avance-t-il.

175 km – Au village Musical d’Abram-Village, l’activité ne faiblit pas entre les spectacles quotidiens et les vas-et-vient de touristes de tout l’est du pays. Nous y rencontrons Marcel Bernard, le président de l’Association touristique Évangéline, venu apprécier la performance de jeunes musiciens du village.

«On s’attend 8 000 personnes pour l’ouverture ici, c’est beaucoup de gens pour la région», annonce-t-il d’entrée. Un certain engouement commence à se faire sentir, assure Marcel Bernard.

Tous les chalets de la région sont réservés depuis des semaines, les résidents des environs ont été encouragés à faire flotter le drapeau acadien devant chez eux et à repeindre leurs boîtes aux lettres, leurs portes de garage et leurs décorations extérieures.

«On voulait que les gens réalisent qu’ils entrent dans une région acadienne. Et puis tout va être rempli, ça va être un boost pour l’économie du coin!»

Un peu plus loin, Théo Thériault nous propose une visite du projet d’embellissement du village dont il est à l’initiative. Bâtisseur de longue date, il a participé à la création de la SANB et de l’organisme Jeunesse acadienne et francophone de l’Île, il y a 42 ans.

Au cours des dernières semaines, les membres de la coopérative d’artistes La Palette ont créé 37 peintures qu’ils ont installées devant chaque maison de la rue principale. Des musiciens en bord de mer, une messe sur bateau de pêche, une rencontre entre Autochtones et Acadiens, chaque artiste a proposé sa vision de l’Acadie.

«On a présenté l’idée aux gens et personne n’a refusé, c’est impressionnant de voir le nombre de personnes qui ont collaboré de bon coeur», rapporte Théo Thériault.

Même la lieutenante-gouverneure de l’Île-du-Prince-Édouard, Antoinette Perry, a tenu à peindre sa toile. Une initiative similaire avait été lancée lors de la Semaine acadienne à Saint-Aubin-Sur-Mer, en France. L’événement annuel vient rendre hommage 200 soldats acadiens du régiment North Shore qui ont pris part au débarquement de Normandie.

L’an prochain Théo Thériault fera voyager l’exposition de l’autre côté de l’Atlantique.

«Ce n’est pas la première fois qu’une délégation de l’île se rend en Normandie. Mes voisins reçoivent des amis qu’ils se sont faits là-bas. C’est intéressant, une amitié est en train de se créer entre deux communautés sans qu’il ait de jumelage officiel.»

Avant de quitter les lieux, nous croisons Paul Cyr . Lui aussi a hâte d’accueillir l’Acadie du monde. «Moi je souhaite que ça se passe comme lorsque la région Évangéline a accueilli les Jeux de l’Acadie en 2001, je veux que ça ravive une certaine fierté!»