Édith Butler, plus acadienne que jamais

Dans le cadre du 6e Congrès mondial acadien, l’Acadie Nouvelle publie une série de portraits sur des artistes de l’Acadie ayant marqué la scène musicale depuis 25 ans.

Sur sa terre de 125 acres dans les Cantons-de-l’Est au Québec, Édith Butler a recréé une petite Acadie. Depuis plus de 50 ans, la chanteuse originaire de Paquetville «charrie son pays» avec elle partout où elle va.

«Je suis plus acadienne que jamais parce que maintenant pour moi l’Acadie, c’est là où je suis. Je charrie mon pays avec moi. J’ai 125 acres de terre et j’ai mes drapeaux acadiens tout le tour de la terre. Quand le monde entre sur mon terrain, c’est l’Acadie. Ils ne peuvent pas l’oublier parce que mes drapeaux sont là», a déclaré en entrevue la chanteuse.

En plus de recevoir l’insigne de Chevalier des Arts et des Lettres de la France, Édith Butler sera admise au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens. L’organisme national a accueilli la chanson Paquetville en 2007, mais cette fois-ci, c’est la chanteuse elle-même qui en deviendra membre. Cette distinction lui sera remise le 23 août pendant le Congrès mondial acadien (CMA), lors d’un concert à l’espace Extrême frontière.

Peu d’artistes francophones ont été admis dans ce club sélect des auteurs-compositeurs. On y retrouve, entre autres, Jean-Pierre Ferland, Félix Leclerc et Beau Dommage.

«Ça me rend extrêmement heureuse parce que j’ai passé quand même 55 ans de ma vie à me battre pour la cause de la chanson francophone. Ce ne sont pas seulement mes oeuvres qui entrent, c’est moi-même. Je suis très contente parce que ça met un baume sur mes blessures. Il y a eu des hauts et des bas dans ce métier-là quand on travaille fort pour faire connaître un peuple. Là, je vis un très beau moment», a confié l’artiste qui a 27 albums à son actif et enregistré plus de 250 chansons. Elle a vendu au-delà de 2 millions d’albums en carrière.

Depuis le tout premier congrès…

Depuis 1994, Édith Butler a été de tous les CMA, à l’exception de celui de la Louisiane en 1999. Au premier congrès, la grande dame de la chanson acadienne a assuré l’animation du spectacle de la Fête nationale du 15 août à Shediac. On y retrouvait des artistes comme Zachary Richard, 1755 et Diane Dufresne.

«C’était vraiment impressionnant de voir la variété d’Acadiens qui étaient là. Ils étaient venus de partout. Il y avait même des gens du Texas qui étaient là aussi», a-t-elle exprimé.

Elle estime que ce premier congrès a eu un impact sur sa vie personnelle et d’artiste.

«Pour moi, animer ce premier congrès, c’était fascinant et très intéressant parce que j’ai pu parler de toute l’importance de notre culture, du fait qu’on soit encore là, de la résilience, de la générosité des Acadiens et de la joie qui a continué malgré toutes les difficultés qu’ils ont. Je le mets au présent parce que cette affaire-là n’est pas finie.»

Elle constate une réelle évolution dans les mentalités en 25 ans. Aujourd’hui, les artistes assument pleinement le fait d’être acadien partout où ils voyagent.

«Ils voyagent partout et ils s’affirment comme Acadiens, ce qui n’était pas nécessairement le cas avant (…). Moi je l’ai toujours dit à partir du premier album Avant d’être dépaysée. Il y a sept ou huit chansons où je parlais de l’Acadie. Comme Lise Aubut (auteure) le dit, je pourrais chanter ça aujourd’hui parce que c’est encore actuel.»

Une pionnière de la chanson

D’aussi loin qu’elle se souvient, elle s’est toujours présentée comme Acadienne. Celle qui a pavé la route pour de nombreux artistes qui l’ont suivie a tourné beaucoup en France à partir du milieu des années 1970. Sa seule déception a été que les nouvelles de ses spectacles en Europe ne se rendaient pas jusqu’en Acadie.

«Quand je revenais des tournées là-bas, ils n’en parlaient jamais. Ça passait au Québec, mais ça ne passait pas au Nouveau-Brunswick parce que l’information ne se rendait pas. Ma mère (qui demeure à Moncton) qui est venue me voir en France ne le croyait pas et elle marchait dans les rues et elle voyait des panneaux énormes de mes affiches et elle arrêtait les gens dans la rue pour leur dire: regardez c’est ma fille!»

Édith Butler a confiance dans l’avenir de la chanson francophone. Celle qui remet chaque année un prix de la SPACQ (Société professionnelle des auteurs et compositeurs du Québec) à des musiciens de la relève estime que la chanson acadienne est florissante parce qu’elle est exceptionnelle et très typique.

«Ils ne copient pas les autres. À partir de Marie-Jo Thério qui est une artiste originale au boutte, dans sa personne, sa musique et son écriture jusqu’à des groupes comme Radio Radio, Lisa LeBlanc qui nous arrive et qui dépasse tout ce qu’on a pu entendre.»

Si la dernière année a été un peu difficile sur le plan de la santé, tout va bien maintenant. Elle a d’ailleurs des projets en chantier, dont un disque qui devrait paraître aux alentours de Noël. Elle a également écrit la préface du livre de recettes à succès, Saveurs d’Acadie, d’Anne Godin et Amélie Poirier.

Aujourd’hui, la chanteuse a envie de dire au peuple acadien et aux artistes de ne jamais lâcher.

«Gardez votre enthousiasme, votre courage et tout ce qu’il y a dans la culture acadienne parce que c’est notre culture qui nous sauve.»

Elle sera à Moncton à compter du 12 août pour participer à plusieurs activités dans le cadre du CMA. Elle se produira notamment au grand spectacle du 15 août, donnera une conférence à Barachois le 17 août, pour enfin monter sur la scène de l’espace Extrême frontière aux côtés de P’tit Belliveau, Hubert Lenoir et DJ Bing, le 23 août.