Le Congrès mondial acadien a bousculé la vie de Zachary Richard

Il y a 25 ans, au Congrès mondial acadien, Zachary Richard lançait un appel au secours de la part des Acadiens de la Louisiane. «On a tombé de la falaise, mais on n’a pas encore touché la terre», avait-il déclaré devant la foule rassemblée au spectacle du 15 août, à Shediac. Ce premier congrès a rallumé la flamme du célèbre chanteur louisianais pour la chanson francophone et la cause acadienne. Deux ans plus tard, il lançait l’un des albums les plus marquants de sa carrière, Cap Enragé, un premier disque de langue française en 15 ans.

Zachary Richard qui avait 44 ans au premier Congrès mondial acadien a plein de souvenirs assez surprenants de ce premier rassemblement. Il se rappelle, entre autres, de Roch Voisine qui parlait sur un cellulaire «grand comme un carré de jambon» ou encore du poète Gérald Leblanc qui s’est éclipsé parce qu’il ne voulait rien savoir du CMA.

Des amitiés avec des artistes se sont renforcées, note-t-il. Il découvrait aussi Marie-Jo Thério, une artiste qui l’a frappé «entre l’oeil et la corde» comme on dit en Louisiane et la resplendissante Édith Butler dans son rôle de grande dame de l’Acadie. À son avis, le premier CMA constitue un événement marquant de l’histoire acadienne moderne.

«On peut parler d’avant le premier congrès et d’après le congrès. À partir de 1994, il y a eu une énorme différence à mon avis dans la mentalité identitaire, cette espèce de confiance et même une forme de ténacité qui s’est installée dans la mentalité acadienne. C’était fort différent qu’en 1975 par exemple, quand on fêtait à Moncton et qu’on s’est fait arrêter par la police.»

Le Congrès a bouleversé le parcours musical de Zachary Richard qui, à partir des années 1980, avait pris une tournure américaine et anglophone. Après sa période québécoise de 1975 à 1981, il a déménagé de nouveau en Louisiane. Il passait alors beaucoup plus de temps à Los Angeles qu’à Montréal.

«Quand je suis venu au Congrès mondial en 1994, je n’avais pas mis les pieds au Canada depuis huit ans. Ma carrière était anglo-américaine. Le congrès a bouleversé tout ça et c’était suite au congrès dans mon voyage de retour que j’ai composé Jean Batailleur dans l’Auberge des Gouverneurs à Montréal… Deux ans après le congrès, Action cadienne a été fondée.»

«Je suivais une piste qui m’éloignait de la francophonie et c’est le congrès qui a tout chamboulé… et boum!, l’impact sur ma vie a été gigantesque parce que tout ce qui suit après, c’est-à-dire mon engagement envers la francophonie, mes multiples albums de langue française, tout ça découle du congrès mondial en 1994.»

Que reste-t-il du congrès en Louisiane en 1999?

Selon le chanteur et poète, l’actualité quotidienne francophone en Louisiane est toujours aussi menacée, mais avec la nouvelle génération de jeunes francophones, la présence française sur la place publique n’est plus occultée comme ce l’était avant. Elle est même célébrée dans la communauté aujourd’hui, ce qui était inimaginable il y a 25 ans, soutient-il.

«Comme le dit si bien mon voisin, Barry Ancelet, chaque fois qu’on s’apprête à fermer le cercueil sur le cadavre de la culture acadienne française de la Louisiane et bien le corps se lève et demande une bière. Je suis constamment surpris par la vivacité et la ténacité de cette culture qui est un peu le sujet de ma recherche personnelle.»

Cette résistance qui a une vie en soi l’impressionne, le bouleverse et l’inspire. Zachary Richard a été de tous les congrès mondiaux acadiens depuis 1994.

«Le congrès mondial c’est une espèce d’hommage à la survie. On aurait dû disparaître les uns et les autres depuis longtemps, mais non seulement on est toujours là, mais on est de plus en plus confiant.»

Hymne émouvant à l’héritage acadien, sa chanson Y’a un vent qui me ramène, composée avec l’artiste visuelle louisianaise Mélissa Bonin, symbolise justement cette vitalité. Cette pièce accompagnée d’une vidéo est venue dans un souffle. Comme pour Réveille, il l’a composée en quelques minutes, contrairement à d’autres chansons qui peuvent lui prendre des mois, même des années à écrire.

Comme aux autres congrès, il chantera Réveille au spectacle du 15 août. Son défi est d’arriver à l’offrir dans une interprétation nouvelle qui se distingue des autres. Cette fois, il travaille surtout dans la simplicité.

«C’est une chanson qu’on me réclame souvent, mais que je ne chante qu’une fois tous les cinq ans quasiment. C’est une chanson qui est beaucoup trop bouleversante et qui a une histoire beaucoup trop importante pour que ça devienne une espèce de Travailler c’est trop dur de tous les jours.»

L’expérience humaine

Au-delà des grands spectacles du 15, 16 et 24 août, le chanteur cherche aussi à aller à la rencontre des gens. Pendant le congrès, il participera, entre autres, à la réunion de la famille Richard, le 19 août, à la Soirée louisianaise, le 20 août, et à un spectacle avec les Jeunes chanteurs d’Acadie à Cap-Pelé, le 23 août. Il sera aussi au Pavillon de la Louisiane, le 18 août. Pour l’artiste, ce sont des événements tout aussi importants parce qu’ils favorisent l’expérience humaine.

«La raison d’être de tout ça, c’est de pouvoir se retrouver et partager cette belle histoire de survie et de ténacité qu’est l’histoire acadienne et puis ça se fait mieux en se regardant dans les yeux qu’en regardant des milliers de spectateurs qui sont à 100 mètres.»

Historien de formation, le chanteur s’intéresse aux rencontres de famille plus d’un point de vue historique que généalogique.

«Le fait qu’on soit tous des fils et des filles de Michel Richard qui est mort il y a 400 ans, ça ne me parle pas autant que le phénomène de vouloir reconstruire et ça, c’est quelque chose que je trouve qui fait partie du caractère acadien. Dans l’expérience acadienne, il y a cette espèce de volonté de se retrouver parce qu’on était tous épaillés de tous les sens.»

Un recueil et deux disques

Avec plusieurs projets en chantier, dont un cinquième recueil de poésie Zuma qui paraîtra aux Écrits des Forges, à l’automne, et deux albums en gestation, le chanteur ne chôme pas.

Celui qui aura donné 90 spectacles d’ici la fin de l’année 2019 envisage de prendre une petite pause à la fin de l’année afin de passer un peu plus de temps avec sa mère qui célébrera ses 98 ans, le 15 août.

Il organise aussi une campagne de financement à l’automne pour appuyer les programmes d’immersion française en Louisiane qui manque de ressources.