Danny Boudreau: un amour de la langue française sans compromis

En 1994, Danny Boudreau lançait son album, Sans Détour, la même année que se tenait le premier Congrès mondial acadien dans le sud-est du Nouveau-Brunswick. Le chanteur de Petit-Rocher, alors âgé dans la vingtaine, qui en était à ses débuts, estime que ces retrouvailles ont donné un grand souffle à la musique acadienne.«À partir de 1994, il y a une effervescence qui s’est installée et les gens ont commencé à

vouloir entendre des chansons acadiennes. Il a commencé à y avoir des productions d’albums faits chez nous et on n’avait pas vu ça depuis 20 ans. On est plusieurs à avoir sorti des albums ces années-là. Il y a moi, Ronald Bourgeois, Michel Thériault, Denis Richard, Lina Boudreau et d’autres. Entre le premier et le deuxième congrès, il y a eu énormément de productions acadiennes qui se sont faites.»

Un regain de l’identité culturelle acadienne a été ressenti partout et les gens avaient une soif pour les productions de l’Acadie.

«Je ne sais pas si ç’a changé quelque chose à ma carrière, mais je pense que ç’a définitivement ouvert les yeux de beaucoup de gens, donc par la bande, je suis sûr que ç’a aidé à ma carrière», a confié celui qui a neuf albums à son actif et qui a écrit des chansons pour plusieurs grands noms de la musique.

Danny Boudreau, qui était parmi les spectateurs du premier CMA, se souvient du cri du coeur de Zachary Richard qui a résonné très fort en lui. Par la suite, on l’a invité comme artiste à participer aux spectacles de clôture des congrès mondiaux acadiens de 2009 et de 2014. Il sera aussi de la clôture de ce congrès, à Shediac, le 24 août.

Un de ses plus beaux souvenirs remonte au concert de clôture à Tracadie où il a proposé de créer une nouvelle chanson pour le congrès avec Roger Tabra, Jean-François Breau et Wilfred LeBouthillier au lieu de tenter une réinterprétation de Réveille de Zachary Richard.
«On a écrit L’Odyssée et c’est devenu un beau moment dans le spectacle de clôture. La chanson a été enregistrée sur l’album Droit devant de Wilfred LeBouthillier.»

Une démarche soutenue

Depuis plus de 25 ans, l’auteur-compositeur-interprète poursuit sa carrière sans attendre qu’on lui ouvre la porte. Multipliant les projets, il est à la fois auteur-compositeur, choriste, metteur en scène et pédagogue. En plus de composer pour ses propres projets musicaux, Danny Boudreau écrit aussi pour d’autres artistes. Il se dit d’ailleurs très inspiré depuis quelques années.

«Depuis trois ou quatre ans, j’écris plus que j’ai écrit dans les derniers 20 ans. J’ai quelques chansons qui vont paraître sur des disques cette année avec différents artistes.»

Celui qui maîtrise l’art de la mélodie estime qu’il lui est tout à fait naturel d’écrire en français. Il aurait pu poursuivre une carrière en anglais parce qu’il a joué de la musique américaine avec sa famille, dans les bars, mais dès l’âge de 12 ou 13 ans, il a découvert la musique acadienne, québécoise et française. Cela lui a donné envie d’écrire.

«Quand j’ai entendu Francis Cabrel, j’ai compris qu’on pouvait écrire des chansons folk américaines, mais en français. Je chantais déjà du 1755 quand j’avais 13 ou 14 ans, et tout ça ensemble mélangé avec Beau Dommage, Harmonium, Garolou, ça fait que j’avais vraiment un amour pour la langue française et je voulais chanter en français. Ça c’est très clair.»

Des collaborations

Toujours aussi amoureux de son métier, les nombreux projets qu’il mène de front le nourrissent. Parallèlement à sa carrière solo, Danny Party et Danny Folk, à son travail de choriste à la télévision et aux Gars du Nord, il a fondé le groupe Beauséjour avec la chanteuse Jocelyne Baribeau du Manitoba.

La formation country, folk, pop lancera un premier album en octobre. Il a aussi monté un projet avec Ronald Bourgeois.

«On a beaucoup de plaisir à écrire des chansons ensemble et à tourner cette année. On a eu tellement de plaisir qu’on remet ça. On est même entré en studio pour enregistrer deux nouvelles chansons qui vont paraître à l’automne.»

Et comme si ce n’était pas déjà assez, il collabore de temps en temps avec le chanteur Paul Hébert.

«J’aime de plus en plus collaborer et transmettre aux autres parce que je fais deux ou trois réalisations de mise en scène artistique par année. Je fais CCNB sur scène et le Sommet de la chanson.»

À son avis, l’Acadie rayonne de plus en plus avec des artistes comme Pierre Guitard, Les Hay Babies, Les Hôtesses d’Hilaire et Cédric Vienneau.

«Moi je dis toujours que c’est Pascal Lejeune qui a fait des petits. Il est arrivé dans les années 2000 et ç’a résonné tellement fort que ç’a fait des petits. Son apport à la nouvelle chanson acadienne a été vraiment grand. Je pense que les gens ne savent pas à quel point.»

Une belle visibilité pour les artistes

À son avis, les Congrès mondiaux acadiens ont encore leur raison d’être. La programmation offre une grande place à beaucoup d’artistes.

«Ça nous donne l’occasion de véhiculer notre musique encore chez nous. Il faut continuer d’être fier de qui on est et d’être authentique et de ne pas essayer de copier des modes et de laisser de la place encore à la belle parole dans nos chansons et à la mélodie.»

Après avoir ouvert le CMA, très tôt samedi matin, le chanteur sera en concert avec Ronald Bourgeois à la maison Tait, à Shediac, le 19 août, à la réunion des Boudreau, à Shediac, le 20 août, et au spectacle de clôture, le 24 août.