Jeanne Dugas, une vraie héroïne de la Déportation

Pendant 30 ans, Jeanne Dugas et sa famille ont vécu sous la menace d’être déportées, capturées et emprisonnées par les militaires britanniques. L’auteure Cassie Deveaux Cohoon qui retrace le parcours de son ancêtre livre, dans son roman, le point de vue des femmes sur l’histoire acadienne.

La romancière a appris qu’elle était une descendante directe de Jeanne Dugas en visitant la forteresse de Louisbourg au Cap-Breton. L’Acadie Nouvelle a rencontré Cassie Deveaux Cohoon et sa traductrice Bernardette Landry de Moncton, au Congrès mondial acadien. L’auteure montre le visage humain et surtout féminin des déportations dans son livre Jeanne Dugas d’Acadie, dont la version française vient de paraître. Celle-ci confie que ce n’est pas facile d’écrire un roman historique sur les femmes.

«C’est très difficile d’écrire l’histoire d’une femme au 17e et au 18e siècle parce que les livres d’histoire sont à propos des hommes, des militaires et des batailles», a confié l’auteure.

Or elle a été chanceuse puisqu’elle a découvert le journal de Monseigneur Plessis dans lequel il parle de Jeanne Dugas. Cet archevêque de Québec faisait régulièrement sa tournée des Maritimes en bateau pour visiter les paroisses. Dans son journal de bord, il parle à un moment de sa rencontre avec une vieille dame Jeanne Dugas qui lui a raconté sa vie et qui lui a mentionné tous les endroits où elle et sa famille sont allées pour éviter d’être déportées. C’est ainsi que l’auteure a pu entreprendre sa recherche et l’écriture de son roman. Elle a mené des recherches pendant près de trois ans.

Jeanne Dugas et son mari Pierre, leurs quatre enfants ainsi que la plupart des personnages du roman ont réellement existé. Dans ce récit palpitant qui s’étend des années 1730 à la fin du 18e siècle, on suit leur parcours à travers les régions de l’Acadie, de Louisbourg jusqu’au nord du Nouveau-Brunswick et sur les côtes américaines. L’histoire se déroule de l’époque précédant les déportations jusqu’à leur arrivée à Chéticamp.

Pendant trois décennies, Jeanne Dugas et ses enfants ont dû se déplacer sans cesse pour s’enfuir soit des militaires britanniques ou des pirates, afin de tenter de trouver une terre d’accueil où se réfugier. Le récit raconte, entre autres, son emprisonnement avec ses enfants à l’île George dans le port de Halifax.

La famille de Jeanne Dugas est l’une des familles fondatrices de Chéticamp. Comme elle était bien nantie, elle avait les moyens de se déplacer, mais ils ont tout perdu pendant ces années de déportation et de fuite. L’auteure arrive à nous faire ressentir ce qu’ils ont vécu, leur terreur, leur force et leur désir de survie à travers les épreuves.

«En écrivant le roman, je me sentais comme si je l’avais (Jeanne Dugas) en moi et je lui ai donné des traits que je ressentais. Je parle beaucoup qu’elle aime la mer et moi j’aime la mer.»

L’ensemble du roman est basé sur des faits réels, la fiction résidant plus dans la vie au quotidien. Bernadette Landry qui en a fait la traduction a été très touchée par cette histoire.

«Pour une fois qu’on a le point de vue des femmes par rapport à la Déportation. Je trouve que ça donne un côté beaucoup plus humain. On voit ce qu’ils ont vécu. Elles s’occupaient de survivre à travers toutes ces misères. C’était de vraies héroïnes. On peut dire ça de beaucoup d’Acadiennes qui restent inconnues. Je pense qu’on peut être très fier de Jeanne Dugas. Pour moi, elle a beaucoup plus d’importance qu’Évangéline, qui elle c’est un mythe alors que Jeanne Dugas, c’est du vécu.»

Le roman est paru en anglais en 2013. En entendant une entrevue de l’auteure à la radio, la traductrice de Moncton l’a contacté pour traduire son livre. La version française vient d’être publiée aux Éditions La Grande Marée. Il s’agit du deuxième roman historique de cette auteure qui a publié aussi Severine. Si elle maîtrise bien le français, il reste que l’anglais a été sa principalement langue d’éducation. L’auteure et sa traductrice sont au stand des Éditions La Grande Marée à l’espace Extrême frontière du CMA toute la fin de semaine.