Inefficace, dangereuse, liberticide. Ces arguments sont répétés par les opposants à la vaccination contre la COVID-19. Ils ont toutefois été utilisés tels quels dans d’autres circonstances, constate le Détecteur de rumeurs.

Kathleen Couillard – Le Détecteur de rumeurs
Agence Science-Presse

Pour mieux comprendre le discours des militants antivaccins, des chercheurs de Varsovie ont étudié les arguments qu’ils utilisent dans leurs commentaires sur les pages Facebook des plus grands médias polonais. Selon eux, les arguments peuvent être divisés en 12 catégories, dont les plus connus sont :

  • le manque de confiance envers le gouvernement; ces militants remettent ainsi en doute l’information de sources officielles, incluant celle sur l’efficacité du vaccin;
  • la croyance voulant que les vaccins seraient dangereux pour la santé, la crainte d’effets secondaires;
  • la liberté de choix, c’est-à-dire que de refuser le vaccin est un choix personnel qui ne devrait d’aucune façon être limité.

Or, ces arguments ont un air de déjà-vu. Plusieurs études menées au cours des dernières décennies ont montré que ces mêmes arguments étaient évoqués lorsqu’ont été votées des lois rendant obligatoire le port de la ceinture de sécurité, interdisant le tabagisme dans les endroits publics ou encadrant le marketing des produits du tabac.

L’argument de l’inefficacité

Des chercheurs américains se sont intéressés en 1985 à l’attitude de la population de la Nouvelle-Angleterre face à une nouvelle loi qui visait à rendre obligatoire, avant 1989, le port de la ceinture de sécurité pour tous les passagers d’un véhicule.

Selon leur analyse, les gens qui croyaient qu’une personne sans ceinture ne courait pas plus de risques d’être blessée dans un accident étaient quatre fois plus susceptibles de s’opposer à la nouvelle loi.

En 2014, des scientifiques britanniques ont réalisé une revue des études sur les stratégies qui avaient été utilisées par l’industrie du tabac dans les années 1990 et 2000 pour influencer les lois alors à l’étude sur le marketing de leurs produits. Ils ont remarqué que les lobbyistes mentionnaient fréquemment que ces lois n’étaient pas nécessaires puisque, disaient-ils entre autres, le marketing avait peu d’impacts sur les habitudes de consommation des gens.

Une chercheuse américaine a également noté qu’au début des années 2010, les opposants à une taxation des boissons sucrées ont repris l’argumentaire des compagnies de tabac, selon lequel taxer la cigarette serait une mesure inefficace pour réduire la consommation (l’Organisation mondiale de la santé a émis l’avis contraire en 2016).

L’argument des effets secondaires

En 1987, en plein débat aux États-Unis sur le port obligatoire de la ceinture de sécurité, un des chefs de file des opposants, William J. Holdorf, affirmait dans le Chicago Tribune que la ceinture de sécurité pouvait tuer dans certains types d’accidents. Il avançait aussi que des automobilistes avaient échappé à une mort certaine parce qu’ils ne portaient pas leur ceinture de sécurité. Il faisait référence au risque d’être blessé à l’abdomen lors d’une collision, ou de se retrouver prisonnier de la voiture alors qu’elle était projetée dans l’eau ou qu’elle prenait feu.

Deux décennies plus tard, en 2004, le Bureau de recherche sur les transports des États-Unis publiait un rapport visant à augmenter la proportion d’automobilistes portant la ceinture de sécurité. On pouvait y lire que la raison la plus souvent invoquée par les «résistants» était «l’inconfort». On notait toutefois que ces arguments évitaient systématiquement de comparer l’inconfort associé au port de la ceinture de sécurité avec les «inconforts» évités par la ceinture en cas d’accident.

Même l’industrie du tabac a utilisé l’argument des impacts négatifs pour s’opposer à la régulation du marketing de ses produits.

Par exemple, selon l’étude britannique de 2014 citée plus haut, l’industrie prétendait que les emballages neutres qu’on cherchait alors à imposer pourraient avoir pour conséquence de faire baisser le prix des cigarettes, ce qui les rendrait plus accessibles aux jeunes.

L’argument de la menace à la liberté individuelle

Dans la même lettre envoyée au Chicago Tribune, William J. Holdorf ajoutait que la loi rendant le port de la ceinture obligatoire était une «attaque contre la liberté». «Dans ce pays, écrivait-il, préserver la liberté est plus important que d’essayer de contrôler les vies par des lois.»

Les opposants à la fluoration de l’eau, à la taxation du sucre et au port du casque à moto, ont également invoqué la privation des libertés individuelles.

Le même argument a été utilisé par l’industrie du tabac, écrivait en septembre 2000 une équipe de chercheurs canadiens et américains: dans les années 1980, l’industrie se présentait comme un défenseur des libertés individuelles et certaines attaques comparaient le gouvernement à une institution, au mieux «paternaliste», au pire «fasciste».

Les fumeurs qui réutilisaient ce discours affirmaient que le tabac n’était qu’une excuse utilisée par le gouvernement pour s’immiscer dans la vie des gens.

Dans une publicité publiée dans les journaux américains par les compagnies de tabac, celles-ci accusaient directement Washington de mettre en danger les libertés personnelles.

Les chercheurs ajoutent que les gens qui étaient contre ces lois ne s’opposaient pas seulement au contrôle du tabac par l’État, mais au rôle de l’État dans la promotion de la santé.

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