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cannabis Nouveau-Brunswick

Pot: prêt pas prêt, on y va!

Le Canada est le premier pays occidental à permettre la consommation de pot sur tout son territoire. Une véritable révolution sociale.

Depuis l’annonce de ce nouveau projet de loi par le gouvernement Trudeau, de nombreuses craintes ont surgi dans la population. Que ce soit concernant la conduite avec les facultés affaiblies par le cannabis, l’âge légal ou les troubles de santé mentale pouvant être associés.

La marijuana est une drogue qui peut créer une dépendance, au même titre que l’alcool et la nicotine. À cet égard, plusieurs s’inquiètent des effets qu’aura cette nouvelle loi sur les jeunes, entre autres. Mais il faut faire face à la réalité: au Nouveau-Brunswick et au Canada, de nombreux adolescents choisissent déjà de consommer de la marijuana, et ce, en dépit des politiques répressives actuelles.

Le gouvernement fédéral insiste pour dire qu’il légalise le cannabis pour mieux encadrer la production et décourager les activités criminelles. Bien sûr, il pourra désormais empocher des millions de dollars provenant de sa vente, ce qui a probablement pesé lourd dans la balance. D’ailleurs, le gouvernement du Nouveau-Brunswick espère que la légalisation du cannabis contribuera à relancer l’économie de la province, avec des ventes anticipées de 45 millions $ au cours de la première année et la création de 3000 emplois d’ici 2022.

CONSOMMER

Le Nouveau-Brunswick s’est alignée avec le cadre fédéral en fixant à 19 ans l’âge légal pour consommer et acheter du cannabis.

Au Nouveau-Brunswick, la consommation de cannabis, sous toutes ses formes, est interdite dans tous les lieux publics et à l’intérieur d’un véhicule, qu’il soit en marche ou à l’arrêt.

Si vous voulez fumer votre joint en toute légalité, vous pouvez le faire dans l’intimité de votre domicile ou sur votre terrain. La loi provinciale donne également la possibilité de consommer sur la propriété d’autrui, si l’accord du propriétaire a été obtenu. Dans un immeuble en copropriété (condominium), la réglementation est moins claire.

Il est possible de transporter avec soi jusqu’à 30 grammes de cannabis, y compris dans ses bagages, à main ou en soute, à bord des avions sur les vols intérieurs. À noter qu’il est toujours illégal de voyager avec la substance au-delà des frontières du pays.

ACHETER

La loi fait des magasins de Cannabis NB les seuls points de vente autorisés et maintient les dispensaires privés dans l’illégalité. Les clients peuvent y acheter jusqu’à 30 grammes de cannabis.

La filiale d’Alcool NB a mis sur pied un réseau de 20 boutiques séparées de ceux d’Alcool NB, ce qui est plus qu’à l’Île-du-Prince-Édouard (4) et en Nouvelle-Écosse (12). Il sera possible de faire ses emplettes à Edmundston, Campbellton, Tracadie, Bathurst, Miramichi, Richibucto, Shediac. Moncton (2), Dieppe, Sackville, Sussex, Fredericton (2), Oromocto, Rothesay, Saint-Jean (2), Perth-Andover et Saint Stephen.

La société de la Couronne a recruté près de 350 employés.

L’âge de chaque client est contrôlé à l’entrée: les personnes âgées de moins de 19 ans ne pourront pas y pénétrer. Les dégustations n’y sont pas permises et les clients ne pourront pas non plus manipuler les produits avant l’achat.

Il est possible de faire une commande en ligne via le site internet de la société de la Couronne, laquelle est ensuite livrée directement au domicile du consommateur. L’âge est vérifié lors de la commande en ligne, puis une deuxième fois lors de la livraison.

Cannabis NB propose un joint d’un demi-gramme de la variété Trail Blazer pour 6,50$, taxes incluses.

CULTIVER

Au Nouveau-Brunswick, la loi permet de cultiver un maximum de 4 plantes de cannabis par ménage (et non par personne). Il n’y a aucune restriction sur la quantité pouvant être conservée à la maison.

Lorsqu’ils sont cultivés à l’intérieur, les plants doivent être placés dans un endroit séparé et verrouillé. Lorsqu’ils sont cultivés à l’extérieur, ils doivent être placés dans un endroit verrouillé ayant une hauteur de 1,52 mètre.

La loi oblige les consommateurs à entreposer leur cannabis dans un contenant verrouillé ou dans une salle fermée à clef, hors de portée des mineurs.

Quels recours pour les propriétaires de logements? Les propriétaires peuvent s’opposer à ce que leurs locataires fument ou cultivent du cannabis sur leurs propriétés, mais ne peuvent pas interdire la consommation dans son ensemble.

Cependant, si le bail n’indique pas explicitement qu’il est proscrit de fumer ou de cultiver la plante dans le logement, ces pratiques sont permises.

Les propriétaires ont la possibilité de modifier les baux en vigueur s’il y a consensus avec le locataire.

FOURNISSEURS

Quatre producteurs fournissent du cannabis récréatif à Cannabis NB. Trois d’entre eux se sont établis dans la province.

Le producteur de Moncton Organigram s’est engagé à produire cinq millions de grammes de cannabis par année. Zenabis, située à Atholville, a conclu une entente d’approvisionnement de quatre millions de grammes.

Nuuvera Inc. s’est quant à elle engagée à fournir 2,5 millions de grammes.

L’entreprise basée en Ontario a ouvert cette année un laboratoire à Saint-Jean destiné à l’extraction de l’huile de cannabis. Le Nouveau-Brunswick a également signé un protocole d’entente avec le plus gros joueur de l’industrie, Canopy Growth. La société ontarienne fournira 4 millions de grammes de cannabis lors de la première année.

Cela porte l’approvisionnement total à 15 500 kg par an.

LE POT AU TRAVAIL

De nombreuses entreprises ont déjà planifié et implanté de nouvelles politiques. Les employeurs qui oeuvrent dans des milieux de travail dangereux, comme les chantiers de construction, ont adopté une politique de zéro tolérance.

Cependant, plusieurs d’entre elles ne l’ont pas encore fait et devront s’y atteler sans plus tarder. Parmi de telles politiques, il y a la possibilité d’examens médicaux, des mesures de dépistage, les responsabilités relatives à la santé et sécurité en milieu de travail en cas d’accidents, et la consommation possible de leurs employés pendant les heures de travail.

Ce qui complique la tâche des gestionnaires, c’est que contrairement à l’alcool, où l’on dispose de tests de dépistage clairs et d’une limite précise pour la conduite, ce n’est pas le cas du cannabis.

Les experts ne s’entendent pas sur l’effet et la durée de l’influence du THC, la molécule qui entraîne un effet psychotrope.

La tâche des employeurs ne s’annonce pas simple face à un employé que l’on soupçonne d’être sous influence du cannabis. Pour procéder à une fouille de ses effets personnels ou de son casier, par exemple, il faut disposer de «motifs raisonnables». Il peut s’agir d’un témoin ou de signaux comme une difficulté d’élocution, des yeux rougis ou une démarche vacillante.

Dans les cas où l’employé n’occupe pas un poste à risque, dans un bureau par exemple, on ne peut pas imposer de test de dépistage, ce qui constitue une intrusion dans la vie privée.

LES JEUNES ET LE POT

Depuis que le processus de la légalisation a été entamé au pays, il y a trois ans, la principale inquiétude est à savoir quel impact elle aura sur les jeunes.

De 9 à 11% des adultes seraient à risque de développer une dépendance au cannabis et chez les adolescents cette statistique double, ou presque, avec 17%.

La consommation de cannabis chez les adolescents – qu’elle soit occasionnelle ou fréquente – pourrait affecter des habiletés nécessaires à leur réussite à l’école, selon une étude menée par des chercheurs du CHU Sainte-Justine.

D’autres études ont démontré que le cerveau est encore en développement jusqu’à l’âge de 25 ans. Les effets de la consommation de marijuana sont donc plus importants chez les jeunes et selon le bagage génétique de la personne, ils peuvent déclencher des épisodes de psychose et même de schizophrénie. La substance peut aussi engendrer des symptômes de dépression.

GELER AU VOLANT

Les chercheurs ont démontré, en menant une étude clinique utilisant un simulateur, qu’un conducteur est plus à risque d’être impliqué dans un accident de la route, même cinq heures après avoir consommé du cannabis.

Le gouvernement fédéral a autorisé récemment un nouvel appareil permettant de détecter la présence de drogues dans l’organisme des conducteurs durant les contrôles routiers. Il s’agit du Dräger DrugTest 5000, premier appareil pouvant analyser des échantillons de salive que les corps policiers auront la possibilité d’utiliser pour dépister le THC, principal psychotrope du cannabis.

L’appareil sera maintenant disponible pour les services de police de partout à travers le pays, même si le gouvernement insiste pour dire que les corps policiers ont le droit de choisir l’équipement qui leur convient le mieux pour procéder aux tests de dépistage.

La grande question est à savoir si les policiers sauront s’en servir. Cet été, l’Association canadienne des chefs de police avait annoncé qu’elle ne pourra d’atteindre son objectif de former 2000 policiers pour repérer les conducteurs ayant consommé de la drogue.

Les libéraux ont promis de leur côté de fournir 161 millions $ aux services de police au cours des cinq prochaines années pour l’achat d’équipement de dépistage et la formation des agents, en plus d’une campagne de sensibilisation sur les dangers liés à la conduite sous l’influence de la drogue.

LE PARDON

Le premier ministre Justin Trudeau – qui a déjà avoué avoir fumé du pot alors que cela était illégal – soutient que le gouvernement fédéral s’emploie à rendre le système de traitement des demandes de pardon plus accessible pour les Canadiens qui ont été par le passé reconnus coupables de possession simple de marijuana – pour consommation personnelle, sans intention de trafic.

Le premier ministre a dû faire face à des pressions, y compris au sein de son propre caucus, pour se pencher sur cet enjeu de la suspension du casier judiciaire, en raison des conséquences de telles accusations de possession simple pour les Canadiens marginalisés.

LE POT À L’ÉCOLE

Les premiers programmes de culture de marijuana au pays sont offerts par le CCNB. Le campus de Campbellton offre une formation en français, tandis que celui de Dieppe en offre une en anglais en partenariat avec Organigram, le producteur de marijuana basé à Moncton.

L’Acadie Nouvelle a rendu visite aux premiers étudiants, à Dieppe, il y a quelques mois. Nous voulions connaître leurs motivations.

Penny Richard, de Cap-Pelé, était du nombre. Elle a expliqué comment elle a décidé de revenir aux études après avoir passé six ans à élever ses enfants à la maison. La possibilité de décrocher un emploi chez un producteur de cannabis médical – ou de pot récréatif lorsqu’il sera légalisé – l’a attiré.

«Chez nous, j’ai un jardin. J’ai beaucoup de fleurs. Je me suis décidée que c’est ici que va être l’argent. Puis c’était quelque chose qui m’intéressait de faire pousser des affaires», dit cette francophone de 35 ans.

Shawn Stewart, de Miramichi, a un tout autre parcours. Ces dernières années, ce jeune homme de 23 ans a travaillé dans le service à la clientèle, ce qui ne lui plaisait pas. Il a aussi suivi des cours de chimie à l’Université Dalhousie, à Halifax.

«Ça (la formation au CCNB) avait vraiment l’air d’une bonne occasion d’utiliser mon parcours en science dans une nouvelle industrie prometteuse.»

«PARLEZ-EN»

Au cours des derniers jours, Justin Trudeau a invité les parents a avoir une bonne discussion avec leurs enfants au sujet de cette drogue.

Le premier ministre a répété que la réglementation du marché de la marijuana – une des promesses de sa campagne électorale de 2015 – contribuera à garder le cannabis hors de la portée des enfants.

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