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Obésité morbide: l’opération qui peut tout changer

De plus en plus de Néo-Brunswickois en situation d’obésité morbide effectuent une opération de chirurgie bariatrique pour réduire leur poids. Loin d’être une solution facile, cette opération demande aux patients de nombreux sacrifices.

Une file d’attente immense. Le docteur Sylvain Beausoleil, exerçant au Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont de Moncton, a plus de 2000 patients en attente d’une opération de chirurgie bariatrique. Ses patients devront patienter près de quatre ou cinq ans avant de subir la procédure.

Alors qu’une personne sur trois au Nouveau-Brunswick est en situation d’obésité, seuls deux chirurgiens s’occupent de chirurgie bariatrique dans le Grand Moncton. «On s’occupe aussi des patients de l’Île-du-Prince-Édouard» mentionne le docteur.

Le principe de la chirurgie bariatrique peut sembler simple. En restreignant l’absorption d’aliments, elle serait un remède à l’obésité. Mais la réalité est plus complexe.

«L’obésité morbide est une maladie chronique. C’est-à-dire que ce n’est pas un état causé par le patient et que pour s’en sortir, la chirurgie seule ne suffit pas. Il faut un suivi et un changement complet des habitudes de vie», explique le docteur.

Une personne est déclarée en situation d’obésité morbide lorsque son indice de masse corporelle est de 35 (par exemple, une personne de 5 pieds 6 pouces pesant plus de 225 livres) et que ce surpoids est associé à d’autres problèmes médicaux comme un diabète de type 2 ou une hypertension artérielle.

Cette opération a aussi un coût: «L’accès à la chirurgie bariatrique, au physiothépateute et au diététiste est couvert par l’État. Mais les suppléments de vitamines et les médicaments nécessaires au patient sont payants et cela peut coûter jusqu’à 300 dollars par mois», souligne Sylvain Beausoleil.

L’obésité morbide est compliquée à traiter parce qu’une fois ce stade atteint, un cercle vicieux s’installe: «Avec l’obésité, de nouvelles cellules de graisse sont apparues et ne vont plus disparaître», détaille Dr Beausoleil. Ces nouvelles cellules n’ont qu’un désir, stocker de la graisse. Donc une personne atteinte d’obésité morbide va avoir de grandes difficultés à perdre seule du poids. «Le corps va vouloir se défendre, parce que pour lui, la situation normale, c’est de peser 150 kg. S’il n’a pas cela, il va t’imposer une situation de faim permanente qui t’empêche de travailler et de dormir», expose le professionnel de la santé.

«Ils m’ont enlevé 80% de mon estomac»

Une situation douloureuse qu’a vécue Geneviève Allain avant son opération en juin 2019: «Je ne pouvais pas suivre mes enfants dans les activités qu’ils faisaient. Je n’avais pas de souffle, j’avais mal partout.» Geneviève pesait 140 kg (310 livres) avant son opération, elle en fait désormais 114 (252 livres). Elle se rappelle son expérience à l’hôpital: «C’est une opération très dure, mentalement comme physiquement. Ils m’ont enlevé 80% de mon estomac».

Les premiers jours après son opération n’ont pas été faciles: «Juste après la chirurgie, j’avais mal à l’estomac, mais ça s’est amélioré après. Le corps n’envoie pas des signaux comme avant. À la fin d’un repas, il ne me restait que deux petites bouchées et je me suis forcée à les finir. Mais une demi-heure après, j’avais très mal. Il faut être plus attentif à ce que ton corps te dit.»

Elle affiche désormais ses progrès sur une page Facebook (“Gaining life with Genevieve”), comme cette photo où elle montre qu’elle peut de nouveau croiser les jambes lorsqu’elle s’assoit. Avec l’aide de sa diététicienne, Geneviève Allain doit composer avec de nouvelles contraintes. À ce stade, elle ne mange que des aliments bien cuits et faciles à digérer et doit changer ses habitudes: «Je ne peux plus boire pendant mes repas, je dois faire ça 30 minutes avant ou après les repas, sinon le liquide va pousser la nourriture trop rapidement dans mon estomac.»

Des risques psychologiques à prendre en compte

Hormis ces difficultés physiques liées à la chirurgie, les risques psychologiques ne sont pas à négliger. «On va demander à la personne de changer totalement la façon dont elle vit, dont elle mange, dont elle bouge. Tout changement majeur peut provoquer des dépressions ou des troubles d’adaptation», explique le docteur Sylvain Beausoleil.

Une personne perdant du poids ne va pas instantanément se sentir mieux. «Un patient peut savoir qu’il a perdu beaucoup de poids. Il se voit dans ses vêtements, et remarque qu’il fait la moitié de la taille qu’il avait avant. Mais il se voit encore obèse comme avant. Et ça le perturbe. Ça prend du temps de s’adapter», affirme l’expert. Un suivi psychologique est proposé pour tous les patients et Geneviève confirme: «Je peux appeler la psychologue quand je le souhaite».

Cette opération ne réussit pas à tous. «30 à 40% des patients ayant été opérés ne perdent pas de poids», d’après le docteur. Mais d’après lui,  le succès n’est pas qu’une donnée brute de perte de poids: «Une personne de 600 livres ne va pas en peser 180. On va voir si c’est un succès d’après la qualité de vie. Une personne qui devait marcher avant avec une canne et qui peut de nouveau suivre ses enfants, c’est un succès.»

Comme avec tous types de chirurgies, l’opération bariatrique est associée à certains risques et complications. Selon l’organisme Obésité Canada, les résultats scientifiques évaluent qu’entre 10% et 17% les risques de complication, qu’environ 7% des patients devront être opérés à nouveau et que le risque de mortalité est estimé à moins de 1%.

Selon l’Institut canadien d’information sur la santé, il y a trois grandes sortes de chirurgies bariatriques:

  • Le cerclage gastrique ajustable – Cette procédure réversible utilise une bande ajustable (qu’on appelle aussi un anneau gastrique) que le chirurgien place autour du haut de l’estomac, l’encerclant comme un bracelet; ceci crée une petite «poche» capable de contenir environ une demi-tasse (125 ml) d’aliments.
  • La gastrectomie pariétale — Ici, le chirurgien enlève la majorité de l’estomac (soit les 2/3) ne laissant à la place qu’une petite «manche» qui ressemble une banane.
  • La dérivation biliopancréatique – Dans cette procédure, le chirurgien crée une petite poche au moyen d’agrafes chirurgicales, permettant ainsi à l’aliment de court-circuiter une bonne partie du petit intestin.

Attention aux arnaques et aux remèdes miracles. 

Face au très long délai d’attente, «les gens peuvent se décourager et se tourner vers le magasinage international», affirme Sylvain Beausoleil. Certains patients vont se faire opérer au Mexique «pour une somme d’environ 15 000 dollars». L’avantage pour ces personnes pressées de perdre du poids, c’est qu’en général elles sont opérées dans l’année, «mais sans suivi médical régulier après, c’est voué à l’échec», souffle le docteur.

Il souhaite également mettre en garde contre certains dispositifs proposés par des cliniques privées au Canada, qu’il juge «inefficaces».

«Certains établissements proposent de mettre un tube dans l’estomac pour que les personnes puissent vider ce qu’ils ont mangé. L’argument de ces cliniques est que c’est une technique moins invasive et que les patients devront moins changer leurs habitudes», affirme-t-il.

Mais il dénonce une technique qui ne fonctionne que sur le court-terme: «Aller vidanger ton estomac après avoir mangé ton burger et ton milkshake, ça ne marche pas du tout avec le principe de base d’une maladie chronique, qui nécessite un suivi, un traitement chirurgical et comportemental pour une réussite à long terme. Sur quelques mois, cette technique fonctionne, mais même une diète simple ferait effet. Pas besoin d’un trou dans l’estomac pour ça.»

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