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Les coûts d’assurance des municipalités explosent

Plusieurs municipalités subissent un coûteux retour du balancier dans leurs primes d’assurance. Le pouvoir du nombre leur a permis d’économiser des milliers de dollars depuis une dizaine d’années. Mais le rattrapage est en cours depuis deux ans et, comme l’image bien le maire de Balmoral, Charles Bernard, «le balancier leur revient en plein front».

Depuis 2007, l’Association francophone des municipalités du N.-B. a utilisé le poids du nombre dans une stratégie de négociations dans la réduction des coûts des primes. Cette méthode s’est avérée efficace pour une quarantaine de leurs membres.

Dans un groupe comprenant 23 villages, les primes ont varié de 533 000$ en 2010 à 674 000$ en 2017 avant de baisser à 497 000$ en 2019. Mais attention: ils ont dû payer conjointement 1,043 million $ en 2020 et devront réserver 1,072 million $ pour la prochaine année.

Pour un autre groupe de 11 municipalités (Beresford, Bouctouche, Dalhousie, Caraquet, Lamèque, Petit-Rocher, Richi­bouctou, Saint-Léonard, Saint-Quentin, Shippagan et la Municipalité régionale de Tracadie), la facture est passée de 445 000$ en 2010 à 596 000$ quatre ans plus tard, avant de chuter à 406 000$ l’année suivante.

Mais depuis deux budgets, leur contribution est considérable: 506 000$ en 2019, 778 000$ en 2020 et 1,21 million $ en 2021.

Deux cités font aussi partie de ce pouvoir de masse. En 2010, Edmundston et Bathurst ont payé ensemble 547 000$ en assurances, contre 670 000$ en 2013. Un répit à 473 000$ en 2019 a été suivi de deux hausses, dont une majeure en 2021 (759 000$ au total, +286 000$).

Le marché des assurances vit une crise importante depuis 2019. Et les municipalités en font désormais les frais.

La variation des coûts additionnels en assurance du bloc des 11 municipalités a été de 17 à 80%, avec une moyenne de 56%, uniquement pour cette année.

Pour les villages membres de la l’AFMNB, le gros coup à donner a été dans la planification du budget de 2020.

Certains d’entre eux ont dû subir un choc dépassant même 100%, laisse entendre Frédérick Dion. Cette année, ils ont donc travaillé avec des hausses assez minimes en moyenne de 3%, avec un maximum de 9%.

«Au fil des années, notre stratégie a été un succès. On a vu une baisse des primes et le marché s’est stabilisé. On parvenait même à obtenir des assureurs des couvertures améliorées sans payer plus cher», soumet Frédérick Dion, directeur général de l’AFMNB.

Cependant, les choses ont changé du tout au tout. Les assureurs se retirent un à un du dossier des municipalités. C’est risqué et pas payant pour eux. Les communautés le remarquent aussi dans le milieu des assurances résidentielles et des entreprises.

Un rendement peu élevé sur les marchés boursiers fait aussi en sorte que les assureurs ont perdu beaucoup d’argent en revenus d’intérêt.
Cette fois, le rattrapage est bel et bien entamé.

«Nous avons payé trop peu pendant trop d’années et les municipalités doivent absorber un ajustement parfois salé. La force du nombre que nous proposons a encore sa raison d’être, mais on a vu des municipalités voir leurs factures d’assurance grimper de plus de 100%. C’est énorme», s’inquiète M. Dion.

Cette année, les villes et villages de la province devaient planifier leur budget pour 2021 en novembre. L’exercice s’est révélé un véritable casse-tête dans lequel ils sont parvenus à s’en tirer pour la plupart en réduisant certaines dépenses afin de combler les nouvelles exigences financières des assureurs.

Comme les nouveaux contrats de couverture débuteront le 1er janvier 2021, il reste encore six semaines à l’AFMNB à trouver une solution qui permettrait de réduire un peu le coût des primes.

 

Quand faire un budget devient une boîte à surprises

À Lamèque, la Ville a dû défrayer 44% de plus pour assurer son parc de véhicules et 76% de plus pour ses biens matériels. Plusieurs centaines de dollars sont ainsi déplacés d’une division d’investissement en une de dépenses.

«Plusieurs municipalités sont aux prises avec ça, admet Dave Brown, le directeur général de la ville de Lamèque. On a profité de bons taux pendant plusieurs années. Là, c’est le retour du balancier. Nous faisons face à un marché qui n’est pas stable.»

À La Municipalité régionale de Tracadie, on avait pris au sérieux les avertissements de 2019 et de 2020.

«On nous disait qu’on pourrait avoir des hausses allant jusqu’à 180%, relate le maire Denis Losier. Notre municipalité planifie normalement une augmentation de 50% dans chacun de nos budgets. On a su en juillet que notre prime allait monter de 136%. Ça nous coûte maintenant 218 000$. On a même essayé de négocier avec d’autres assureurs.»

À Bathurst, l’une des cités de la province, le porte-parole aux communications Luc Foulem a indiqué au journal que la Ville est toujours en pourparlers avec des assureurs.

«Nous sommes au point de consultation, de révision et de détermination des tarifs avec les assureurs. Dans ce contexte, il n’est pas possible pour nous de commenter publiquement à cet instant», a-t-il répondu.

Les villages

À Balmoral, le maire Charles Bernard a pu respirer un peu plus. Dans les calculs, le conseil municipal avait prévu une hausse de 30% des assurances en 2021. Elle aura été inférieure à 2%.

«Le gros coup a été en 2020. On a eu droit à 126% d’augmentation. Notre facture est passée de 18 000$ à plus de 40 000$. Cette année, on a été chanceux, avec seulement 3500$ de plus. Mais on ne sait plus trop quoi penser avec les assurances», lâche-t-il.

L’impact a été évidemment important pour les dépenses de la municipalité du Restigouche, qui gère un budget total d’un peu plus de 2 millions $. Ces sommes désormais déplacées en protection auraient pu servir à des projets de développement économique, culturel, sportif, social ou encore sur l’amélioration d’infrastructures.

«C’est préoccupant pour les municipalités. Et je ne crois pas non plus que les assureurs vont nous laisser tranquilles. Il n’y a pas de solution facile. Chez nous, on avait planifié cette année 30% d’augmentation. Cela n’a pas été ça et c’est tant mieux. Mais comment planifier à moyen terme? Impossible», constate le maire.

Autre cas: Paquetville. Le maire Luc Robichaud et ses conseillers avaient prévu le pire, avec une réserve équivalant à une hausse potentielle de 30%. Le Village a été chanceux, avec seulement 3%.

«Ce n’est jamais agréable de payer plus pour les assurances, mais on a pu le faire dans un bon moment pour la municipalité au niveau financier. Aussi, on a attendu à la dernière minute pour adopter notre budget, ce qui nous a permis de voir ce que les autres communautés avaient fait. Mais il a quand même fallu absorber cette somme en allant chercher ailleurs. On n’a pas eu le choix», mentionne-t-il.

 

Des solutions… à Fredericton?

Quelle serait la solution à la hausse des coûts d’assurance? Garder encore le même pouvoir du nombre? Ajouter d’autres associations municipales? Réglementer par une loi?

«C’est un défi et ce n’est pas uniquement aux associations municipales à le relever. Le gouvernement provincial a aussi un rôle à jouer», croit le maire de Balmoral, Charles Bernard, qui souhaite lire des pistes de solution dans les prochaines réformes de la gouvernance locale et de la fiscalité municipale.

«Ce sont des montants importants et les municipalités ne veulent pas aller chercher cet argent en augmentant le taux de la taxe foncière. Pourtant, elles ne font pas davantage de réclamations que lors des années précédentes. On cherche toujours des moyens de stimuler la compétition chez les assureurs. Mais avec les primes actuelles, les communautés doivent réfléchir à réduire la protection, à augmenter les franchises ou encore songer à de l’autoassurance à travers un fonds de franchise dans lequel elles pourraient aller piger en cas de hausse des primes. Les municipalités partageraient les risques, en quelque sorte», explique Frédérick Dion, DG de l’AFMNB.

Cette explosion des primes peut aussi inciter les municipalités à négocier elles-mêmes leurs prochaines couvertures. «Nous pensons toujours que le poids du nombre est encore la meilleure manière de convaincre les assureurs de réduire les primes. Ces regroupements nous assurent des économies d’échelle», indique-t-il.

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