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La pandémie fait la vie dure aux boîtes de nuit

Restera-t-il des lieux pour faire la fête et écouter des artistes locaux après la pandémie? Tour d’horizon dans la province.

À Moncton, la boîte de nuit LGBTQ+ Pink Flamingos (dans les anciens locaux du club Triangles) fait partie des lieux de vie nocturne qui essayent de rester ouverts. Son propriétaire, Joel David Fowler, fait toutefois part de difficultés.

«L’activité a été considérablement basse dernièrement, à cause de la peur infligée par le gouvernement due à la pandémie», a-t-il déploré dans une entrevue effectuée avant que Moncton retourne en phase orange, le 19 novembre.

Il estime que sa boîte de nuit accueille cinq à dix clients lors d’une soirée sans événement. Même dans ce cas, il soutient que les règles sanitaires le rendent incapable de mettre la moitié de ses employés au repos. Impossible d’être rentable ainsi, selon lui.

«Nous avons essayé de faire plus de spectacles auxquels on peut assister assis (drag queens, humour, poésie, etc.), expose M. Fowler. Mais avec la capacité limitée [à cause des règles de distanciation physique], ça rend les objectifs de ventes au bar très difficiles à atteindre.»

Appel aux dons

L’entrepreneur soutient par ailleurs que les aides gouvernementales l’aident moins que prévu. Il a donc fait un appel aux dons sur Facebook le 13 octobre. Il se réjouit de l’aide qu’il a reçue jusqu’à présent, mais se montre prudent quant à l’avenir.

«Ça dépend vraiment du soutien de la communauté, qui a été imprévisible dernièrement parce que tout le monde n’aime pas les événements auxquels nous avons recours, explique M. Fowler. J’ai de grands espoirs chaque fois que nous ouvrons, mais parfois c’est décevant.»

À Edmundston, l’établissement Le Deck a cessé de présenter des concerts depuis la pandémie.

«La musique est souvent un truc à perte pour le bar, souligne son coordonnateur des événements, Michael Plourde. Les artistes exigent parfois un cachet fixe que les entrées ne justifient pas, à cause du coût de l’ingénieur du son. Quand l’achat d’alcool et le restaurant compensaient ces pertes, c’était OK, mais ce n’est plus le cas.»

M. Plourde a quand même accueilli un spectacle d’humour le 7 novembre. Il raconte que les 45 spectateurs ont dû s’asseoir à deux mètres les uns des autres, mais qu’ils ont pu s’installer près de la scène grâce à une vitre de plexiglas.

Le coordonnateur remarque que le public était toutefois beaucoup moins nombreux que les 175 personnes qui pouvaient se tenir debout avant la COVID-19. Il reste donc ouvert à accueillir des artistes, mais à condition qu’ils acceptent des cachets plus bas.

«Il faut être patient, préconise-t-il. Nous allons revenir à ce que nous étions, mais pour l’instant nous essayons de faire survivre Le Deck avant les artistes.»

Fermeture

À Petit-Rocher, l’établissement Cœur d’Artishow est fermé depuis la pandémie.

«Nous étions le seul endroit au village où les gens socialisaient tard et, là, ils ne peuvent plus s’asseoir au bar», décrit le serveur et responsable culturel, Michel Carpentier.

Il indique que le lieu pourrait proposer de la nourriture à emporter à partir de décembre ou de janvier. Il refuse cependant de recommencer les concerts et d’ouvrir sa salle pour l’instant.

«Les gens me verraient masqué tout le temps et vice versa, alors que je leur faisais des becs et des câlins et qu’ils venaient pour ça, explique M. Carpentier. Et si je ne peux pas faire des spectacles avec un public et des frais raisonnables, ça ne vaut pas la peine. J’aime mieux attendre.»

Le responsable culturel refuse toutefois la mélancolie. Il se félicite au contraire des onze ans pendant lesquels il a fait rayonner les artistes du Nouveau-Brunswick et d’ailleurs. Il se réjouit aussi de l’offre de musique sur internet.

«Il faut que les gens se réinventent, s’exclame-t-il. Il faut arrêter de vouloir les choses comme elles étaient.»

Trois victimes de la COVID-19

D’autres établissements animaient la communauté et faisaient rayonner ses talents, mais ont dû fermer à cause de la COVID-19. En voici trois:

  • Taco Pica à Saint-Jean: son propriétaire, Ruyan Santos a fait découvrir la cuisine d’Amérique latine et a accueilli des artistes locaux pendant 30 ans. Le Guatémaltèque a cependant échoué à rendre rentable son offre de plats à emporter après la pandémie, selon le Telegraph-Journal. Zein Alabdin a lancé le restaurant Mashawi à la place. Il propose de la cuisine syrienne. Il ignore encore toutefois s’il organisera des concerts.
  • Thunder & Lightning à Sackville: le pub a fermé à cause d’un manque de rentabilité malgré les aides gouvernementales, selon sa publication Facebook du 14 mai. Il permettait à des musiciens, à des poètes et à des artistes graphiques de se produire chez lui.
  • Boom! à Fredericton: la seule boîte de nuit LGBTQ+ de la capitale a fermé à cause de pertes économiques attribuées à la COVID-19, selon Radio-Canada. Elle devrait être remplacée par le Monarch, grâce à Diane Wilson, également connue sous le nom de Queer Mama.

La vie nocturne est importante

Faire la fête est important pour le moral. La chercheuse au département de psychologie de l’Université du Nouveau-Brunswick (UNB), Moira Law, en fait l’hypothèse en se fondant sur une étude à laquelle elle a participé.

«Les fortes limitations de la vie sociale ont eu des conséquences sur le bien-être des gens, indique la professeure. Les concerts, les rassemblements sociaux, c’est ce qui donne un sens à la vie. La vie nocturne soude aussi la société, car c’est la possibilité de sortir avec ses voisins ou de les rencontrer.»

Son étude montre toutefois des moyennes de perception d’érosion de la cohésion sociale relativement faibles parmi les 1381 Canadiens interrogés du 31 mars au 15 avril. Les résultats établissent toutefois une corrélation entre la cohésion sociale et le bien-être psychologique.

Le psychologue à l’Université de Coimbra (Portugal), Mauro Paulino, s’attend aussi à voir émerger des pathologies associées à l’isolement qu’entraîne l’interdiction de «l’espace nuit», selon le Courrier international.

 

Des permis hors de prix

Le responsable des spectacles du bar-restaurant Cœur d’Artishow, Michel Carpentier n’a pas envie de faire des efforts en faveur de la culture pour l’instant.

«Les prix ne sont pas abordables quand on est un petit endroit localisé dans un lieu où il y a moins de 8000 personnes», explique le serveur de Petit-Rocher, un village de 1900 habitants de la région Chaleur.

Il fait référence aux frais que doivent payer les établissements comme le sien pour organiser des spectacles.

Le gouvernement provincial exige d’une part le paiement annuel de permis.

M. Carpentier prétend avoir appris lors d’un appel téléphonique que le coût de ces autorisations était passé de 1000$ à 7000$.

Le gouvernement n’a pas répondu aux questions de l’Acadie Nouvelle à ce propos.

Le porte-parole pour l’Atlantique de Restaurant Canada, Luc Erjavec a cependant nié l’existence d’augmentations récentes des coûts des permis de vente d’alcool et de divertissement au Nouveau-Brunswick.

Voici des exemples de prix indiqués dans les documents mis en ligne par la province: 100$ de frais administratifs, 350$ pour une licence de salle à manger, 850$ pour une licence de salon-bar et 75$ pour une licence de divertissement.

La société de gestion de droits d’auteur canadienne (SOCAN) impose d’autre part le paiement d’une licence annuelle pour organiser des concerts. Son prix est au minimum de 89,76$ plus taxes. Il équivaut au-delà à 3% des cachets et des avantages en nature donnés aux artistes.

Or, M. Carpentier déclare qu’il peut accueillir seulement douze personnes à l’intérieur du Cœur d’Artishow depuis le début de la pandémie. Auparavant, entre 35 et 60 spectateurs pouvaient y entrer, selon lui.

«Les assureurs [privés] nous ont envoyé une lettre pour nous annoncer qu’il n’y aura pas d’augmentations à cause de la 2e vague de COVID-19 et parce que nous sommes des clients fidèles», s’est seulement réjoui le responsable culturel, à propos de ses frais fixes.

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