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La COVID-19 et le vaccin

La possibilité que le vaccin contre la COVID-19 devienne obligatoire enflamme les débats. L’hygiéniste en chef de la province, Dre Jennifer Russell, écarte toutefois d’ores et déjà cette éventualité.

Alors que les pays sont engagés dans une course contre la montre pour entreprendre des campagnes d’immunisation contre la COVID-19, la question de la vaccination obligatoire refait naturellement surface.

Selon un sondage de la firme Ipsos réalisé pour Global News à la fin novembre, l’appui des Canadiens pour les vaccins obligatoires se situait à 59%, une baisse par rapport à juillet (72%).

Si certains pensent que la vaccination obligatoire serait utile pour assurer qu’un nombre suffisant de personnes soient immunisées, la plupart des experts de santé publique ne partagent pas cette opinion.

En entrevue téléphonique, Dre Jennifer Russell balaie presque l’idée du revers de la main. Elle préfère que le Nouveau-Brunswick mise sur l’éducation et la sensibilisation.

«Non, ce ne sera pas obligatoire. Mais il faut certainement informer les gens et être certains qu’ils sont confortables avec les vaccins qui vont être distribués, qu’ils comprennent les risques et les bénéfices.»

Selon elle, il est important de vacciner au moins 75% de la population de la province pour se rapprocher le plus possible d’une immunité collective et ainsi protéger indirectement les personnes qui ne peuvent pas se faire vacciner pour des raisons médicales.

Mais la méfiance envers les vaccins risque de ralentir le processus.

Dre Russell croit toutefois que les résultats des campagnes d’immunisation au Royaume-Uni et aux États-Unis, qui seront entamées avant celle du Canada, permettront d’en apprendre beaucoup plus sur les effets des vaccins et d’informer la population sur leur fiabilité et leur sécurité.

«Je crois que ça va prendre du temps pour que les premières doses arrivent au Nouveau-Brunswick et au Canada. Mais à mesure qu’on a plus d’information, on peut informer le public, et je crois que ça va changer la perception des gens qui ne sont pas certains à ce moment-ci.»

Même si le concept de la vaccination obligatoire ne rallie pas les experts, il y en a d’autres qui y croient dur comme fer.

Il y a quelques mois, le projet de loi 11, qui visait à éliminer les exemptions non-médicales pour la vaccination des élèves néo-brunswickois, a été défait en chambre.

Le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy, affirme par contre que les raisons pour lesquelles il a déposé ce projet de loi sont toujours présentes – entre autres, un «système d’exemptions beaucoup trop permissif».

«Ma perspective est assez claire et j’ai poussé pour la vaccination obligatoire pendant des mois malgré les attaques des gens anti-vaccins (…) J’espère que quand on regarde le problème créé par la COVID-19, même les gens qui ont des craintes non fondées par rapport aux vaccins vont se dire que rien n’est pire que de passer des mois et des mois en confinement», dit le ministre.

Conscientisation

Shannon Turner, directrice de l’Association de santé publique de la Colombie-Britannique (un organisme non gouvernemental), croit que la notion d’un vaccin obligatoire est souvent «basée sur la peur» – soit celle des gens qui se méfient de la possibilité qu’on leur impose un vaccin, soit celle de ceux qui veulent absolument que toute la population soit vaccinée.

Dans les deux cas, elle estime qu’il vaut mieux miser sur la conscientisation que sur l’obligation.

«De façon générale, légiférer (pour obliger la vaccination) est moins désirable que de créer un environnement qui guide les gens à prendre la décision pour leur santé.»

Shannon Turner est aussi présidente du Vaccine Safety Net, un réseau de sites d’information créé par l’OMS qui vise à présenter de l’information fiable sur les vaccins dans différents pays.

«(Au Canada), on a un système basé sur le consentement éclairé, un système qui informe les gens. Il y a certains pays qui pourraient choisir d’obliger les gens à prendre le vaccin, mais je ne pense pas que ça se fera au Canada», dit-elle.

 

Qui seront les premiers à recevoir le vaccin?

Alors que plusieurs pays se préparent à entamer des campagnes massives d’immunisation contre la COVID-19, à quoi ressemblera le déploiement des vaccins au Nouveau-Brunswick?

Le Canada a commandé plusieurs millions des vaccins les plus prometteurs avant qu’ils ne soient approuvés par Santé Canada, y compris ceux de Pfizer et de Moderna, qui seraient efficaces à 95% et 94,1% respectivement selon les essais cliniques.

Si Ottawa décide de distribuer les premiers vaccins aux provinces en fonction de leur population, cela devrait permettre d’immuniser entre 60 000 et 70 000 personnes au N.-B. pendant les premiers mois de la nouvelle année, et d’immuniser une majorité des Canadiens d’ici la fin de 2021.

Selon Dominic LeBlanc, ministre des Affaires intergouvernementales, le gouvernement fédéral distribuera aux provinces des congélateurs permettant collectivement de contenir 33 millions de doses de ces vaccins à des températures très froides.

Il s’attend à ce que les candidats-vaccins les plus prometteurs soient approuvés par Santé Canada dans les semaines à venir.

Du côté du Nouveau-Brunswick, la médecin-hygiéniste en chef, Dre Jennifer Russell, rappelle que la trouvaille d’un vaccin efficace ne signifiera pas automatiquement la fin de la pandémie.

Mais elle espère que tout se déroulera comme sur des roulettes et qu’il sera éventuellement possible d’immuniser les trois quarts de la population à mesure que de plus grandes quantités de vaccins deviendront disponibles.

«Si on peut avoir 75% de la population du Nouveau-Brunswick qui reçoit deux doses du vaccin, ça nous donnerait beaucoup de sécurité pour protéger la population», dit-elle.

Il reste cependant à déterminer quelles personnes pourront recevoir les premières doses.

Heather MacDougall, professeure à l’Université de Waterloo spécialisée dans l’histoire de la santé et de la vaccination au Canada, explique que ce choix a habituellement été confié aux provinces lors d’éclosions de maladies telles que la polio et la rougeole.

«Par exemple, vers la fin des années 1950 lorsque le vaccin pour la polio commençait à être distribué, les gouvernements ont décidé qu’ils devaient commencer avec les enfants qui y étaient le plus vulnérables.»

Elle rappelle qu’en 2009, lors de la pandémie de la grippe H1N1, certains groupes vulnérables ont été identifiés par des provinces comme étant prioritaires, comme les femmes enceintes et les personnes âgées.

Au Nouveau-Brunswick, le gouvernement provincial avait aussi priorisé les membres des Premières Nations.

La Dre Jennifer Russell affirme que d’après ses discussions avec ses homologues des autres provinces, les groupes à prioriser seront probablement semblables dans l’ensemble du pays.

«Ce seront les gens (à risque), donc les travailleurs de santé, les résidents des foyers de soins et les communautés autochtones», dit la Dre Russell.

Dominic Cardy, ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, aimerait aussi que les élèves et les enseignants soient parmi les premiers vaccinés.

«Clairement, les gens qui travaillent dans le système de santé, les personnes âgées et les personnes avec des problèmes de santé qui les rendent encore plus vulnérables seront les premiers en ligne, mais j’espère que même les gens en bonne santé dans le système d’éducation pourront être pas trop loin derrière», explique le ministre.

 

Convaincre les récalcitrants: une tâche herculéenne

Pour réussir à convaincre suffisamment de gens de se faire vacciner, les gouvernements devront prendre le taureau par les cornes afin de contrer les fausses informations qui circulent, surtout sur les médias sociaux.

Au Nouveau-Brunswick, la médecin-hygiéniste en chef, Dre Jennifer Russell, vise à ce que 75% de la population soit éventuellement immunisée contre la COVID-19 avec deux doses du vaccin par individu.

La partie est toutefois loin d’être gagnée d’avance. Selon un sondage mené par la firme Léger pour le compte de l’Acadie Nouvelle en novembre, plusieurs Néo-Brunswickois ne sont pas encore convaincus de se faire vacciner contre la COVID-19. Quelque 58% des répondants ont dit oui, 22% non et 20% ont refusé de se prononcer.

À l’échelle de l’Atlantique, selon des données du 1er décembre recueillies par Léger pour l’Association d’études canadiennes, 65% ont répondu oui, 17% ont répondu non et 18% ont répondu «ne sait pas» à la même question.

Selon Heather MacDougall, historienne spécialisée dans la santé et les vaccins au Canada, cette hésitation provient parfois de craintes légitimes face aux effets secondaires des vaccins, qui sont tout de même rares et temporaires.

Certains participants aux essais cliniques, dont ceux de Moderna, ont ressenti des effets secondaires tels qu’une douleur près de la piqûre, de la fatigue, des frissons et des maux de tête, mais les effets secondaires plus graves demeurent rares, selon des résultats d’essais cliniques de phase 1 publiés dans le New England Journal of Medicine.

Il peut être difficile de relayer des informations à jour sur les effets du vaccin puisque Santé Canada ne les a pas encore approuvés. Pour l’instant, les gouvernements manquent toujours de données.

«Ce qu’on attend de voir, ce sont les données complètes – qui a eu le vaccin, qui a eu le placebo, les effets du vaccin et leur degré d’exposition au virus -, toutes les choses dont les scientifiques et les experts en santé publique ont besoin pour avoir une idée de la sûreté et de l’efficacité des vaccins», dit l’historienne.

Désinformation

Mais l’hésitation, chez plusieurs gens, origine plutôt de fausses informations diffusées sur les réseaux sociaux, dont le nombre a explosé pendant la pandémie.

Ces infos mensongères proviennent souvent de groupes qui créent volontairement et activement de la désinformation. Mme MacDougall cite l’exemple de Vaccine Choice Canada, un groupe qui nie l’efficacité des vaccins – et qui tente encore et toujours d’établir un lien nébuleux entre les vaccins et l’autisme chez les enfants.

«Ça transporte la personne dans un monde de demi-vérités, de cherry picking d’infos provenant de la littérature scientifique et d’histoires extrêmement chargées d’émotion à propos d’enfants et d’adultes qui ont eu des séquelles après avoir pris un vaccin.»

Des campagnes ciblées

Shannon Turner, directrice de l’Association de santé publique de la Colombie-Britannique (ASPCB, un organisme non gouvernemental), croit que le gouvernement aura intérêt à bien choisir le public cible pour la publicité.

«Ce qu’il faut faire, c’est reconnaître que les gens qui sont vraiment anti-vax sont rarement convaincus par des données scientifiques – tout est un complot, tout est suspect», dit-elle.

Il faut plutôt chercher à fournir des informations fiables à ceux qui sont hésitants à prendre le vaccin et qui réclament simplement plus d’informations, d’après elle.

Un programme développé par l’ASPCB, intitulé I boost immunity, cherche à «immuniser» les gens contre la désinformation en leur apprenant à reconnaître des sources fiables et à partager des histoires de gens qui abandonnent leurs convictions anti-vax.

De son côté, l’Agence de santé publique du Canada gère des campagnes de sensibilisation depuis des années.

En vue de l’immunisation à la COVID-19, l’organisme prépare aussi une campagne de publicité, notamment à la télévision et sur les plateformes numériques.

«La campagne comportera la diffusion de publicités et des initiatives de sensibilisation et de mobilisation communautaire pour veiller à ce que tous les Canadiens aient accès à de l’information crédible pour faire un choix éclairé quant à la réception du vaccin quand il sera disponible», indique André Gagnon, conseiller en communications.

La Dre Russell soutient que le gouvernement provincial contribuera aussi à cet effort de conscientisation dans les semaines à venir.

 

Une seule campagne de vaccination sera-t-elle suffisante?

Dre Jennifer Russell explique que les vaccins les plus prometteurs actuellement se donnent en deux doses. Un rapport préliminaire d’essais cliniques publié dans le New England Journal of Medicine décrit que les anticorps engendrés par le vaccin de Moderna demeurent élevés trois mois après la deuxième injection – ce qui est bon signe.

Mais comme il en reste toujours beaucoup à apprendre sur ce virus, on ignore toujours si la première campagne d’immunisation suffira.

Au Danemark, une mutation de la COVID-19 s’est transmise à des visons d’élevage (des petits mammifères de la même famille que les furets), puis à nouveau à des humains.

Parmi 214 cas reliés aux visons, 12 personnes étaient infectées d’un virus avec des caractéristiques uniques qui avaient «une sensibilité modérément réduite aux anticorps neutralisants», selon un communiqué de l’Organisation mondiale de la santé.

L’OMS précise qu’il faut plus de recherches pour savoir si ce genre de mutation risque de changer la donne en matière de production de vaccins. Mais cette éclosion-surprise rappelle que la découverte d’un vaccin efficace contre une souche de COVID-19 ne signifie pas immédiatement la fin de la pandémie. – AB

Certains croient aussi que la COVID-19 pourrait devenir endémique. Il serait alors peut-être nécessaire de se faire vacciner à intervalle régulier, un peu comme pour la grippe saisonnière.

Pourquoi le Canada ne produit-il pas plus de vaccins?

Le Canada va bientôt scruter attentivement le Royaume-Uni et les États-Unis alors que ces pays entament leur campagne d’immunisation d’ici quelques semaines. Contrairement à ces pays, le Canada n’a pas la capacité de produire des vaccins à grande échelle.

«La plus grosse différence entre cette pandémie-ci et la polio des années 1950, c’est qu’à l’époque, on avait deux centrales de production de vaccins», dit l’historienne Heather MacDougall.

Il s’agissait des laboratoires Connaught à Toronto et de l’Institut Armand Frappier à l’Université de Montréal.

«C’était particulièrement important, parce que quand les Américains ont entamé leur immunisation contre la polio à grande échelle, les laboratoires de la Californie n’avaient pas atténué leur vaccin correctement, et ça a créé une éclosion. C’est quelque chose que les gens anti-vax remettent constamment sur le tapis», dit-elle.

Ces laboratoires canadiens ont finalement été privatisés de façon progressive dans les décennies qui ont suivi. Pour l’instant, aucun autre laboratoire au Canada n’a la capacité nécessaire pour produire des vaccins à l’échelle requise pour immuniser contre la COVID-19.

Des tentatives de ramener la production de vaccins en terres canadiennes sont cependant en cours. La compagnie Medicago, à Québec, a entamé la construction d’une usine de fabrication commerciale de vaccins en 2018. Medicago a un contrat avec le gouvernement fédéral pour la production de 76 millions de doses de vaccins, et a développé un vaccin-candidat qui en est aux essais cliniques. Pour l’instant, elle partage toutefois la production avec son autre usine située à Durham, en Caroline du Nord.

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