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Y a-t-il un avenir dans le Nord pour les étudiants en éducation?

Alors que le gouvernement provincial et les districts scolaires font souvent allusion à une pénurie de main-d’œuvre dans le milieu et déploient des mesures pour y trouver une solution, quels débouchés attendent les diplômés en éducation, particulièrement ceux qui veulent travailler dans le Nord?

La croissance démographique dans le Sud est bien documentée. Avec cette augmentation s’ajoutent des besoins dans le milieu scolaire – constructions de nouvelles écoles, rénovation des installations existantes et recrutement de personnel.

Ils sont plus de 15 500 à fréquenter une école du District scolaire francophone Sud. Ils étaient 13 730 il y a cinq ans.

Dans le Nord-Est, le nombre d’élèves a chuté d’environ 1000 élèves entre 2013 et 2020 pour maintenant s’établir à 8766.

Les besoins en matière de ressources humaines sont moins prononcés dans le Nord-Est par rapport au Sud, mais le District scolaire francophone Nord-Est (DSFNE) a tout de même embauché un responsable du recrutement en début d’année.

«On ne parle pas d’une pénurie majeure, mais il y a en a une dans certains domaines plus spécialisés et dans certaines régions particulières. Dans une région comme la Péninsule acadienne, on a suffisamment de gens sur nos listes de suppléants, mais la situation n’est pas la même dans le Restigouche. On a ouvert des postes pour des contrats D (temporaires), mais il n’y a pas eu de demande, même de l’externe», explique Carole Raymond, directrice des ressources humaines au DSFNE.

Un jeune diplômé en éducation du nord de la province peut donc gagner sa vie dans sa région d’origine, à condition de faire preuve de flexibilité.

«Si les gens sont flexibles, les possibilités sont plus nombreuses, mais les gens ne le sont pas toujours. Dans la région Chaleur par exemple, il nous faut quelqu’un pour enseigner les sciences à long terme, mais souvent les gens cherchent quelque chose de temporaire. Il y a un besoin d’analyse de notre part pour mieux comprendre les profils des diplômés, ce qu’ils cherchent et les incitatifs qui nous permettraient de les recruter.»

Selon des données obtenues par l’Acadie Nouvelle, un total de 85 nouveaux contrats ont été attribués de juin à août 2020 par le DSFNE, dont 80 contrats permanents et cinq contrats temporaires. Six postes ont été affichés publiquement et six à l’interne.

Ces nombreuses embauches sont reliées à l’instabilité dans le milieu de l’éducation causée par la pandémie de la COVID-19, fait savoir Mme Raymond. Même avant la pandémie, on prévoyait qu’environ 60% des membres du personnel enseignant du DSFNE prennent leur retraite au cours des prochaines années. Afin de retenir des jeunes enseignants dans la région, le district a opté pour un plus grand nombre de contrats permanents plutôt que temporaires.

Plusieurs facteurs sont considérés avant l’embauche, dont les compétences et l’expérience de la personne, son rendement basé sur les évaluations et son engagement, mais l’ancienneté n’est pas forcément un critère d’embauche.

Des sceptiques

Malgré le protocole en place, certaines personnes se sentent laissées pour compte. L’Acadie Nouvelle a récemment discuté avec deux enseignants à la recherche d’un emploi permanent dans leur domaine après avoir navigué dans le système pendant plusieurs années avec des contrats temporaires. Ces personnes ne veulent pas être nommées, mais elles estiment que le processus du DSFNE est incohérent.

«Nous faisons le choix de rester dans le Nord parce que nous avons à cœur notre région, mais la situation fait que plusieurs jeunes enseignants déménagent dans le Sud de la province puisque c’est beaucoup plus facile d’obtenir un contrat permanent ou même temporaire.»

 

«Il y aura toujours un emploi quelque part»

Selon l’Université de Moncton, 314 personnes sont actuellement inscrites dans un baccalauréat de la Faculté des sciences de l’éducation, tous campus confondus. Environ 60 étudiants en sont à leur première année d’études. Près de 50 d’entre eux devraient obtenir leur baccalauréat au printemps 2021.

À la vue des données les plus récentes de l’Université de Moncton qui concernent la cohorte de 2017-2018, les finissants ont raison d’être assez optimistes.

La totalité des 34 diplômés de premier cycle de la Faculté des sciences de l’éducation s’est trouvé un emploi après leurs études, tout comme les 26 étudiants au cycle supérieur.

Chez les diplômés de premier cycle, 88% des emplois étaient dans un domaine directement relié à leurs études, alors 5,9% des finissants se trouvaient dans un domaine partiellement relié et un autre 5,9% dans un domaine aucunement relié.

Finalement, 64,7% des diplômés avaient un emploi permanent contre 35,3% qui avaient un travail temporaire.

Mathieu Arsenault, président de l’Association des étudiants et étudiantes de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Moncton, voit aussi l’avenir avec confiance.

Selon lui, le message souvent partagé par des anciens diplômés de la dernière décennie est qu’il n’y avait pas beaucoup d’emplois pour les futurs enseignants.

«Selon ce qu’on entend, il y a plus d’emplois maintenant, parce qu’il y a plus de gens qui partent à la retraite et moins de finissants. De ce que je comprends, beaucoup sont des postes de un an, des contrats de suppléances à long terme.»

L’étudiant qui prévoit obtenir son diplôme en 2022 comprend qu’il ne sera pas nécessairement évident de se trouver un emploi dans une localité spécifique, mais les possibilités sont plus larges pour ceux qui souhaitent sortir de leur zone de confort.

«Après l’obtention de mon bac, si je dis que je veux absolument travailler à l’école L’Odyssée à Moncton, ce sera difficile, mais il y aura toujours un emploi quelque part ailleurs dans la province ou au pays. J’en connais une par exemple qui est partie au Yukon. On ne peut avoir le contrôle sur les emplois permanents. Ils s’ouvrent à mesure que les autres enseignants prennent leur retraite.»

Jusqu’à un certain point, le manque de permanence peut convenir à certains jeunes diplômés pendant quelque temps, ajoute Mathieu Arsenault.

«Dans la vingtaine, ce n’est pas tout le monde qui veut un poste permanent. Plusieurs ont le goût du voyage et ils ne sont pas prêts à s’établir, mais ça prend une personnalité spécifique pour partir dans l’Ouest canadien par exemple. Je dirais qu’il y a quand même plus de gens qui veulent rester au N.-B. par rapport à ceux qui veulent s’en aller.»

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