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Ces enfants qui vivent dans la pauvreté dans nos quartiers

Un peu plus d’un enfant néo-brunswickois sur cinq (22%) vivait dans une famille à faible revenu en 2019, contre 18% au Canada. Un organisme pense qu’une solution est de mieux redistribuer les revenus grâce aux impôts et aux politiques sociales.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a pris des mesures contre la pauvreté ces derniers mois. Il a par exemple annoncé récemment la hausse du salaire horaire minimum de 2$ en octobre 2022, le faisant ainsi passer de 11,75$ à 13,75$.

L’association St-John’s Human development council (SJHDC) recommande toutefois un salaire minimum de 15$ l’heure, comme le Front Commun pour la justice sociale et le Parti vert.

«Environ la moitié de la clientèle pauvre de l’assistance sociale de la plupart des provinces canadiennes est composée de gens qui ne peuvent pas travailler, relève en outre le professeur d’économie de l’Université Dalhousie à Halifax, Lars Osberg. Ça peut être à cause d’un handicap physique, émotionnel ou mental.»

Il en déduit que le salaire minimum ne peut pas être la seule solution contre la pauvreté.

Prestations sociales

Le gouvernement de Blaine Higgs a aussi assoupli ses critères donnant droit aux prestations d’aides sociales en septembre. Les bénéficiaires peuvent par exemple gagner un salaire de 500$ par mois et recevoir une pension alimentaire pour enfant sans pénalité. Les progressistes-conservateurs ont également indexé les taux d’aides sociales à l’inflation.

«Ce lot de réformes résout certains problèmes soulevés dans nos précédents rapports», commente le SJHDC.

L’organisme a toutefois noté que les aides sociales du Nouveau-Brunswick restent les plus basses au pays et que le gouvernement n’a pas augmenté leur taux.

«Elles sont terriblement inadéquates pour répondre aux besoins fondamentaux des bénéficiaires.»

Garderies

Le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy, continue enfin de négocier avec le gouvernement fédéral un programme qui permettrait de réduire le coût des garderies à 10$ par jour. Il a affirmé être en mesure de conclure une entente d’ici la fin de l’année.

En attendant, le prix médian par mois à Moncton d’un service de garderie est de 856$ pour un nourrisson et de 716$ pour les autres enfants, selon SJHDC.

La province compense seulement 80% des frais de garde de ceux placés en Centre désigné et dont les parents gagnent moins de 37 500$ par an.

Résultat, le dernier volet du plan de réduction de la pauvreté du Nouveau-Brunswick remarque que la diminution du taux de pauvreté monétaire dans la province – en baisse de 31,7% entre 2009 et 2020 – est en grande partie due à la hausse des transferts fédéraux aux familles comptant des enfants et aux personnes âgées.

Le SJHDC estime que l’Allocation canadienne pour enfants a réduit le taux d’enfants en situation de pauvreté de 11% au Nouveau-Brunswick.

L’association ajoute que les autres allocations fédérales (crédit pour la taxe sur les produits et services/taxe de vente harmonisée, allocation canadienne pour les travailleurs, assurance emploi…) ont aussi fait baisser ce taux de 6,2%.

Campbellton: «La pauvreté, on la voit!»

La ville de Campbellton figure parmi les endroits où la pauvreté auprès des jeunes est soulignée dans le rapport du St-John’s Human development council (SJHDC) et ce, depuis quelques années.

Il y a cinq ans, en 2016, le taux d’enfants vivants sous le seuil de la pauvreté atteignait 34% à l’intérieur de la ville restigouchoise. Ce même pourcentage est estimé aujourd’hui à 35,8%. Il était de 38,1% l’an dernier.

«C’est une situation vraiment préoccupante qui me touche particulièrement, surtout que ça concerne les enfants», admet le maire de Campbellton, Ian Comeau.

«On se doute bien que la situation n’a pas beaucoup changé dans la région, car la pauvreté on la voit, on se la fait raconter. On n’a d’ailleurs qu’à regarder l’initiative des petits déjeuners dans nos écoles pour aider cette clientèle à bien démarrer leur journée avec quelque chose dans le ventre. Ça n’a pas diminué, tout comme l’achalandage à la banque alimentaire.

C’est malheureusement une réalité qui nous touche et qui touche plusieurs autres municipalités de la province», ajoute le maire.

Celui-ci a raison. À Bathurst par exemple, le taux de pauvreté auprès des enfants est passé en cinq ans de 28,1% à 32,6%.

Pour M. Comeau par contre, cette statistique pointe vers une problématique, à savoir si la province en fait assez pour renverser cette tendance.

«Si notre taux n’a pas baissé en cinq ans, qu’il a stagné, c’est peut-être un signe qu’on ne s’est pas attaqué au problème avec autant de vigueur qu’on aurait dû. Peut-être que plus de ressources étaient nécessaires», indique le maire qui souhaite ne plus voir sa ville figurer parmi les taux les plus élevés de ce palmarès.

Ce dernier se dit maintenant curieux de voir quel sera l’impact de la hausse du salaire minimum annoncée jeudi par le gouvernement de Blaine Higgs.

«Est-ce que ça va aider à réduire la pauvreté chez nos familles? Est-ce qu’on va voir des améliorations d’ici deux ou trois ans? Je ne sais pas, mais j’espère sincèrement que oui», dit-il.

«À l’école, il y a des enfants qui ne dînent pas»

«À l’école, il y a des enfants qui ne dînent pas, et c’est parce qu’ils n’ont pas les moyens», affirme Maria Daigle, une intervenante communautaire dans la région de Saint-Louis-de-Kent.

Maria Daigle est en pastorale jeunesse depuis 21 ans pour l’unité Marie étoile de la mer qui regroupe les paroisses de Saint-Louis, Saint-Ignace, Pointe-Sapin et Baie-Sainte-Anne. Elle constate que beaucoup plus de jeunes qu’on croit vivent en situation de pauvreté.

Elle parle aussi de la distanciation sociale qui accompagne certains de ces jeunes. «Ils ne vont pas s’asseoir à la cafétéria, et ils n’ont pas d’argent non plus.»

Elle cite en exemple le cas d’une jeune fille qui avait apporté des ananas pour dîner. «C’était ça son repas.»

Maria Daigle a offert à la jeune fille de faire des arrangements pour qu’elle puisse manger convenablement. Toutefois, la jeune fille ne se sentait pas à l’aise d’aller manger à la cafétéria. «Le problème est présent», atteste Maria Daigle.

«C’est sûr que lorsque les parents sont dans une situation de pauvreté, les enfants vivent eux aussi dans la pauvreté. C’est conséquent. Je ne sais pas quand l’étude a été faite, mais la COVID-19 n’a certainement pas aidé», explique l’ex-directeur de l’École Soleil-Levant et ex-maire de Richibucto, Roger Doiron.

Même à l’époque où il était dans le milieu scolaire, M. Doiron se rappelle d’avoir vu des enfants vivant en situation précaire.

«Ils n’avaient pas toujours déjeuné le matin. Avec les conditions économiques dans lesquelles on vit, c’est sûr que ça engendre de la pauvreté, mais on ne la voit pas toujours. Il faut vraiment que tu sois impliqué avec des regroupements qui s’occupent de ces personnes.»

À l’époque, celui qui a pris sa retraite en 1998 a vu que des enseignants offraient de l’argent à des élèves pour qu’ils puissent se nourrir sur l’heure du midi. «J’ai vu ça plus d’une fois. Moi aussi, j’allais à la cafétéria et sans que ça paraisse, je payais.»

L’ancien maire fait remarquer que ce ne sont pourtant pas les emplois qui manquent à Richibucto.

Il croit néanmoins que le gouvernement a lui aussi sa part à faire.

«Je ne sais pas jusqu’à quel point il y a une volonté politique de sortir le monde de la pauvreté, ajoute M. Doiron. Quand on regarde les décisions du gouvernement Higgs à l’heure actuelle, quand ils ont reçu de l’argent du fédéral pour aider les communautés, les industries, et qu’on a mis ça sur la dette, moi j’ai un problème avec ça.»

– Avec la collaboration de Jean-François Boisvert et Mario Tardif

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