Libre-échange: le N.-B. mise gros sur l’Europe

CARAQUET – Même si la signature d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne prend plus de temps que le souhaite le premier ministre du Canada, Stephen Harper, le Nouveau-Brunswick continue de croire au potentiel du marché européen.

Lors d’un voyage en Europe au début du mois, Stephen Harper a rencontré le président de la Commission européenne, Jose Manuel Barroso, dans le but de relancer les négociations et éventuellement aboutir à la signature d’un texte final.

Peu après la signature de l’entente de principe en octobre 2013, le gouvernement du Nouveau-Brunswick n’a pas pris de temps à signaler les avantages de cet accord pour l’économie de la province.

Un communiqué de presse à ce sujet a même été publié le 22 octobre. L’élimination des droits de douane, qui s’élèvent en moyenne à 11 % sur les produits de la mer, représente pour Fredericton une occasion en or pour l’industrie de la pêche, qui exporte annuellement environ 36 millions $ en produits vers le Vieux Continent.

Le politologue de l’Université de Moncton, Jean-François Caron, conseille toutefois aux élus provinciaux de mettre la pédale douce, car la signature de l’accord n’est certainement pas pour demain.

Le processus de ratification risque de s’avérer un exercice difficile.

«Il faudra que le texte final soit approuvé par les 28 ministres du Commerce (appelé le Conseil) des 28 pays membres ainsi que par le Parlement européen. Dans le cas des décisions prises au Conseil, une majorité qualifiée est requise, mais dans les faits toutes les questions touchant au commerce exigent l’unanimité. La raison étant simple: on ne peut forcer un État membre d’entériner et d’appliquer un accord de la sorte sans son consentement. D’ailleurs, les décisions passées montrent que le Conseil a statué presque toujours à l’unanimité sur les questions commerciales», répond Jean-François Caron dans un courriel envoyé à l’Acadie Nouvelle.

«Il faudra aussi une majorité simple au niveau du Parlement… Toutefois, les eurodéputés conservateurs/libéraux ne possèdent pas une majorité au Parlement. Le texte pourrait donc être bloqué par les formations politiques de gauche/écologistes/extrême gauche/eurosceptiques. Rien n’est joué à ce niveau.»

Malgré tout, le vice-premier ministre du Nouveau-Brunswick, Paul Robichaud, demeure positif. Même si l’élimination des droits de douane n’aura pas lieu avant quelques années, le secteur privé et le gouvernement doivent être proactifs, croit-il.

«Nous devons préparer l’industrie. Ce n’est pas parce qu’une barrière tarifaire tombe demain matin que l’usine de transformation le sera aussi. Nous disons aux exportateurs, dont nous sommes les champions en Atlantique, de se préparer à de nouveaux clients et un nouveau marché de 500 millions d’habitants.»

«Dans l’industrie de la pêche, nous vendons très peu de nos produits en Europe. Ils sont surtout vendus aux États-Unis et en Asie. Pourquoi? Ce n’est pas parce que les Européens n’aiment pas nos produits, c’est en raison des barrières tarifaires qui peuvent atteindre 26 % et qui font en sorte que nous ne sommes plus compétitifs.»