Les employés municipaux au pays gagnent plus que les travailleurs du secteur privé

EDMUNDSTON – Les employés des municipalités canadiennes ont une rémunération plus élevée (salaires et avantages sociaux) que les travailleurs du secteur privé, selon un rapport dévoilé jeudi par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

Selon l’organisme, les employés municipaux gagnent en moyenne environ 6,43 $ l’heure de plus (salaires et avantages sociaux) que les travailleurs du secteur privé. La FCEI soutient que cet avantage de rémunération représente un écart de 22 % et coûte 3,4 milliards $ par année aux contribuables canadiens.

Le document dévoilé jeudi a été envoyé aux maires à l’aube de l’assemblée générale annuelle de la Fédération canadienne des municipalités (FCM) qui se déroule à Edmonton, en Alberta.

Selon le rapport, les écarts de rémunération les plus importants en faveur des employés municipaux ont été relevés au Québec (23 %), en Ontario (21 %) et au Nouveau-Brunswick (19 %).

Dans les principaux centres urbains, c’est à Toronto (26 %) et à Montréal (25 %) qu’ils sont les plus favorables. Les salaires sont même parfois supérieurs à ceux des fonctionnaires provinciaux et fédéraux.

Selon la Fédération, les municipalités semblent toujours à la recherche de financement pour boucler la boucle. Elles réclament toujours plus d’argent des gouvernements fédéral et provincial ou de pouvoirs de taxation. L’organisme croit qu’elles devraient regarder dans leur propre cour pour des solutions.

«Le problème n’est peut-être pas tant du côté des revenus comme de celui des dépenses. Lorsqu’on regarde la rémunération de leurs employés, on constate qu’elle est au-delà des normes en vigueur dans le secteur privé. Comme l’item budgétaire représente environ la moitié des dépenses municipales, on se dit qu’il y aurait peut-être quelque chose à analyser de ce côté avant de faire payer davantage les contribuables», a indiqué la vice-présidente principale et porte-parole nationale de la FCEI, Martine Hébert.

Le maire d’Edmundston, Cyrille Simard, soutient que les municipalités sont conscientes qu’elles offrent de bons salaires et avantages.

«Il faut s’assurer qu’on fait les bonnes comparaisons. Il peut y avoir un contexte qui explique cela. Parfois, il faut avoir les meilleures conditions possibles pour attirer les meilleurs candidats. Nous allons analyser comment Edmundston se situe à ce niveau», a-t-il indiqué.

Selon la FCEI, si les fonctionnaires municipaux étaient rémunérés selon les normes du secteur privé, les municipalités pourraient engendrer des économies importantes.

Les résultats du rapport sont basés principalement sur l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011. Ils ont été  obtenus à partir des renseignements recueillis auprès de 132 790 employés municipaux et 3,6 millions d’employés du secteur privé au Canada.

«Les municipalités canadiennes vivent trop souvent au-delà de leurs moyens. Leurs dépenses de fonctionnement ont augmenté à un rythme quatre fois supérieur à celui de la croissance de la population. Si on considère qu’environ la moitié d’entre elles est consacrée aux salaires et aux avantages sociaux des employés municipaux, il faut rééquilibrer les choses», a fait remarquer l’économiste principal à la FCEI, Simon Gaudreault.

L’AFMNB émet des réserves

Frédérick Dion – Archives
Frédérick Dion – Archives

Bien qu’elle estime qu’il comporte des éléments intéressants de réflexion, l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB) émet certaines réserves face au document rendu public par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

L’AFMNB se dit perplexe face à l’échantillonnage, la méthodologie, la compilation et la précision des données de l’étude.

L’organisme soutient que les salaires sont supérieurs d’environ 5 % mais que l’écart est accentué en raison des avantages sociaux.

«Il faut en prendre et en laisser d’une telle étude. Il faut la décortiquer et aller en profondeur. Ce n’est pas facile de faire des comparaisons mais il y a des éléments intéressants. L’important est de voir s’il y a des points qu’on peut améliorer. Le document dit que la productivité des employés municipaux doit être analysée et c’est effectivement une lacune à corriger», a indiqué le directeur général de l’AFMNB, Frédérick Dion.

Selon lui, il ne faut pas que l’étude soit analysée comme un cas de la «loi du marché».

«Il ne faut pas oublier que les avantages sociaux, l’équité salariale et les conventions collectives entrent en jeu. Un employé qui travaille au même endroit depuis longtemps gravit les échelons et cela se répercute sur sa rémunération. La FCEI veut-elle qu’on nivelle par le bas?», a continué M. Dion.