Des employés fidèles valent leur pesant d’or pour une entreprise

Le bonheur d’un salarié fait le bonheur de son employeur. Encore plus s’il lui reste fidèle. Les patrons du Nouveau-Brunswick se retrouvent néanmoins confrontés à plusieurs particularités en matière de recrutement et de rétention de leur personnel. Et cela dure depuis des années.

«Je ne pensais pas qu’un gars comme moi recevrait un tel honneur, car pour moi c’est un honneur. Je le prends comme tel.»

Johnny Arsenault est encore surpris d’avoir été sacré employé de l’année lors du gala de la chambre de commerce de Tracadie fin mai. Ce prix distingue ses 18 ans de service au magasin Intersport situé sur la rue Principale. Il y est présentement chef des départements ski et vélo.

Quand il était petit, il se rêvait camionneur ou architecte. Il a finalement fait carrière dans la vente et le service à la clientèle. Un domaine dans lequel il s’épanouit.

«J’aime ce que je fais. J’aime conseiller le client, cerner ce dont il a besoin et le lui proposer. Vendre pour vendre ne m’intéresse pas. Un client bien conseillé reviendra; un client insatisfait, non. C’est ce qui nous démarque des sites internet», considère-t-il.

Johnny Arsenault se souvient encore du jour où il a commencé à travailler chez Intersport. Le magasin où il était embauché auparavant venait de fermer ses portes. Ce qui l’avait contraint à chercher ailleurs.

«Je ne pensais pas que je resterais aussi longtemps. Je me sens bien ici. Je me vois aller jusqu’à la retraite ainsi», confie-t-il du haut de ses 47 ans.

Quand il fait le point sur sa situation, il reconnaît qu’il ne gagne pas les salaires auxquels il pourrait aspirer s’il était dans l’Ouest canadien. «Mais ici, j’ai une qualité de vie que je n’aurais pas si j’étais là-bas. Et puis ici, c’est chez moi.»

Johnny Arsenault n’est pas le seul employé dans ce magasin de sport à Tracadie à afficher plusieurs années d’ancienneté. Un de ses collègues a plus de 20 ans de maison. Lucie Lanteigne, l’actuelle chef du département vêtements, y est en poste depuis 12 ans.

«Je suis couturière de formation et j’aime la mode. C’est mon plus long emploi. J’ai toujours fait attention en choisissant un travail à ce que ce ne soit pas pénible. Je ne veux pas de chicanes. Ici, c’est simple et agréable.»

La fidélité de ces salariés fait le bonheur de leur employeur.

«Ils incarnent la culture de notre magasin qui entame sa 30e année d’existence. Ils ont à cœur la réussite de notre affaire. C’est un avantage.»

Jean-Marie Robichaud se sent d’autant plus «choyé» qu’il peine à recruter.

«J’ai un poste pour notre magasin à Grand-Sault que je n’arrive pas à pourvoir. Les questions de recrutement sont devenues plus problématiques qu’elles ne l’étaient dans le passé.»

Ce patron n’est pas le seul à le penser.

En 2014, l’antenne néo-brunswickoise de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a publié une étude menée auprès de ses 5000 membres. À la question: «avez-vous eu de la difficulté à embaucher de nouveaux employés au cours des trois dernières années?», 77 % des personnes interrogées ont répondu oui.

Ces difficultés ont des conséquences. En majorité, les patrons sondés disent que cela les amène à travailler plus (71 %) et entraîne une baisse de la productivité de leur entreprise (53 %). Ces répercussions sont d’autant plus grandes selon la taille de celle-ci.

«Ce n’est pas toujours facile pour les propriétaires de PME de concurrencer les grandes entreprises et le secteur public pour la main-d’œuvre qualifiée disponible. Le secteur public, en particulier, est en mesure d’offrir des salaires plus élevés, de généreux programmes d’avantages sociaux, et des semaines de travail souvent moins longues», décrit Denis Robichaud.

Le directeur des affaires provinciales pour le Nouveau-Brunswick à la FCEI ajoute que «bien souvent, les meilleures armes d’un propriétaire de PME seront la qualité de l’environnement de travail, ainsi que la possibilité de grimper les échelons au sein de la compagnie».

Selon lui, les employés qui travaillent au sein d’une PME aiment sentir qu’ils ne sont pas qu’un maillon de la chaîne et qu’ils ont la possibilité d’y jouer un plus grand rôle.

En 2011, le conseil économique de la province (le CÉNB) soulignait déjà ces problèmes de recrutement. Il l’expliquait par trois raisons: la pénurie de main-d’œuvre, le manque de qualification ou de formations et le manque d’intérêt pour les postes proposés.