PTP: les pêcheurs heureux, les agriculteurs inquiets

Si le Partenariat Transpacifique (PTP) est chaudement accueilli par l’industrie de la pêche, il fait craindre le pire aux agriculteurs de la province. Les producteurs laitiers appréhendent une diminution de leur chiffre d’affaires en raison de l’accord de libre-échange en devenir.

L’accord conclu lundi matin entre le Canada et 11 autres pays permettra l’élimination des droits de douane et les tarifs sur plusieurs produits, dont les produits agricoles et de la pêche. Les exportateurs auront droit à un nouvel accès au marché canadien, donc à 3,25 % de la production laitière totale du pays.

Pour Paul Gaunce, président de l’Association des producteurs laitiers du Nouveau-Brunswick, cela équivaut à une diminution de 3,25 % de la production laitière domestique.

«Les produits laitiers qui seront exportés vers le Canada sont des produits qui ne pourront être fournis par nos membres. Ils vont perdre de l’argent. Ce n’est pas une bonne nouvelle. Nous sommes mécontents de cet accord.»

Le gouvernement du Canada a tenté d’apaiser les craintes lundi, alors que le premier ministre Stephen Harper a annoncé en point de presse la mise en place de différents programmes de compensation totalisant 4,3 milliards $. Les producteurs pourront jouir de ces revenus fixes pendant une période 10 ans, après quoi ils seront progressivement éliminés sur une période de 5 ans.

Paul Gaunce se résout à s’adapter à cette nouvelle réalité. Amer, il explique que les producteurs laitiers membres de l’association n’entendent pas manifester.

«C’est chose faite. Beaucoup de gens intelligents on mis énormément d’effort dans cet accord. Toutes les manifestations du monde, et même un changement de gouvernement, ne permettront pas de changer quoi que ce soit là dedans. Il faut faire avec.»

La réaction est tout autre en ce qui concerne l’industrie de la pêche. Pour Nathan Richard, directeur des affaires de l’entreprise Westmorland Fisheries de Cap-Pelé, le PTP est une belle victoire pour l’industrie du homard en Atlantique.

«Ça va nous permettre d’augmenter la demande pour notre produit et enfin nous permettre d’être sur un pied d’égalité face à notre plus gros compétiteur, l’État du Maine aux États-Unis.»

Comme le homarus americanus est unique à la côte Est de l’Amérique du Nord, les producteurs n’ont pas à craindre l’invasion de leur marché domestique. Ils pourront se concentrer à développer de nouveaux marchés, comme en Nouvelle-Zélande ou au Japon.

«Dans le contexte où la ressource augmente très rapidement depuis une dizaine d’années, je ne vois vraiment aucune pénalité dans cet accord pour l’industrie de la pêche en Atlantique.»

Le président du groupe Premium Seafoods en Nouvelle-Écosse, Edgar Samson, a également vanté les mérites du PTP par voie de communiqué, mardi.

«Cela nous permettra d’ouvrir de nouvelles portes pour les fruits de mer canadiens. Cela permet de solidifier l’industrie de la pêche, la première source d’emplois dans plusieurs communautés rurales du Canada Atlantique.»

Selon le Globe and Mail, les 12 pays impliqués, formant entre eux près de 40 % du produit intérieur brut mondial, doivent encore ratifier le texte légal de l’accord. La possibilité qu’un gouvernement fédéral minoritaire ressorte vainqueur des élections du 19 octobre pourrait également nuire à la finalisation de l’accord.

Un bémol

Le président de l’Association des transformateurs de homard du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse se dit heureux du dénouement du Partenariat Trans Pacifique, mais émet un bémol.

Jerry Amirault aimerait voir le gouvernement assurer aux usines la main d’œuvre nécessaire pour satisfaire la demande qui sera bientôt décuplée en raison de l’élimination des tarifs et droits de douane entre les pays membres. Il estime qu’il est temps d’avoir une discussion sérieuse au sujet de la mobilité de la main-d’œuvre au Canada.

«C’est un partenariat alléchant, mais seulement si nous avons les employés nécessaires. De ces 12 pays, je suis convaincu qu’il y a des travailleurs étrangers qui aimeraient travailler dans nos usines. Nous devons étendre cet accord à la mobilité de la main-d’œuvre parce que nous en avons grand besoin.»

Il explique qu’en raison d’un manque de travailleurs au printemps, des usines ont opté pour une méthode de transformation moins lucrative pour vendre leur homard, sois en le faisant cuire à la marmite.

«On ne peut pas faire un accord de libre-échange sans s’assurer que les entreprises affectées sont équipées pour répondre à une plus grande demande. Il nous faut une stratégie et j’espère que le gouvernement se prononcera là-dessus le plus tôt possible.»