Université de Moncton: une étude d’impact économique se fait attendre

Alors qu’une étude évalue l’impact économique de l’Université du Nouveau-Brunswick (UNB) à 1,2 milliard $ en un an, à l’Université de Moncton (U de M), les données les plus récentes à ce sujet remontent à près d’une quinzaine d’années.

Dans les derniers quatre ans, les chercheurs de l’université anglophone ont publié 9980 articles de recherche, reçu 54 demandes de divulgation d’inventions et déposé 91 nouvelles demandes de brevet. L’impact économique direct lié à la recherche effectuée à l’UNB est évalué à 32,2 millions $.

La plus grosse portion de son apport économique provient toutefois de ses diplômés, chiffrée à 949,9 millions $.

L’étude a été réalisée par la firme de recherche américaine Economic Modeling Specialists, dont le siège social est à Moscow, dans l’état de l’Idaho. C’est l’UNB qui l’a financée et qui a fourni les données financières de l’établissement pour 2013-2014.

Les analystes soulignent un retour sur investissement important pour le Nouveau-Brunswick.

Pour chaque dollar investi dans l’UNB, un diplômé obtiendra 2,80 $ de plus en gain à vie, et la province épargnera 2,80 $ en services de protection sociale, en plus de recevoir 2,10 $ en taxes et en économie dans le secteur public.

Les épargnes réalisées sont calculées selon les coûts liés au système de santé, au taux criminalité et à l’assistance sociale. Les chercheurs ont mis en évidence la corrélation entre le niveau d’éducation d’une personne et ces trois volets.

Offrant plus de 75 programmes d’étude, l’université anglophone employait 1991 personnes à temps plein en 2013-2014. À pareille date, elle a accueilli 10 618 étudiants, dont 8 933 au baccalauréat, sur ses deux campus, situés à Saint-Jean et à Fredericton.

Près de 53 % des diplômés de l’UNB sont demeurés au Nouveau-Brunswick après l’obtention de leur diplôme, pour la même année.

Une étude bénéfique, selon un économiste

Pierre-Marcel Desjardins est un spécialiste de l'économie et professeur à l'Université de Moncton. - Gracieuseté
Pierre-Marcel Desjardins est un spécialiste de l’économie et professeur à l’Université de Moncton. – Gracieuseté

L’économiste Pierre-Marcel Desjardins se souvient vaguement qu’une étude à plus petite échelle a déjà été effectuée sur l’U de M, il y a de cela près d’une quinzaine d’années.

Le professeur au département d’économie de l’établissement estime qu’une étude plus large et avec des données à jour serait bénéfique, dans un contexte où le gouvernement en place cherche à renflouer ses coffres en multipliant les compressions.

«Plus d’information on a, plus on est en mesure de prendre des décisions qui sont éclairées. Préparer une étude d’impact qui quantifie les retombées économiques de l’institution permettrait certainement d’illustrer aux décideurs de la valeur de l’investissement qu’ils y font.»

Il explique qu’une étude d’impact économique peut comporter différents degrés d’analyse.

«Ça peut être un exercice strictement comptable, où l’on calcule les dépenses, mais il y a aussi une expertise générée par l’UdeM pour la société acadienne. Nous avons un corps professoral, des employés, qui sont souvent des acteurs importants de la société civile. Il faut en tenir compte.»

Pierre-Marcel Desjardins s’abstient toutefois de recommander à l’établissement d’éducation postsecondaire d’effectuer ou non une telle étude, préférant laisser le soin aux décideurs en poste d’en évaluer les bienfaits.

«Si l’on me demande de participer, c’est sur et certain que je vais le faire, mais je laisse à la direction de l’UdeM décider quelle est la stratégie à prendre, l’approche qu’ils souhaitent prendre, auprès du gouvernement provincial.»

Selon le directeur des communications de l’U de M, Marc Angers, l’institution reconnaît que les données disponibles sont désuètes et que la réalisation d’une nouvelle étude est souhaitable. Il n’a toutefois pas indiqué quand elle sera effectuée.

La FÉÉCUM veut une étude d’impact économique

Le président de la Fédération des étudiantes et étudiants du campus universitaire de Moncton estime que l’institution acadienne doit effectuer une étude sur son impact économique, et ce, le plus tôt possible.

«Si l’U de M veut sincèrement faire valoir que l’éducation est un investissement et non une dépense, il faut réaliser cette étude. Je veux qu’elle soit faite», affirme Pascal Haché.

Il rappelle qu’en tenant compte de l’inflation, le gel du financement aux institutions postsecondaires, annoncées par le gouvernement libéral de Brian Gallant pour l’année 2015-2016, équivaut à une diminution de financement.

«Les coûts de fonctionnement augmentent et l’U de M est obligée de se serrer la ceinture. Finalement, ce sont les étudiants, puis la société qui finissent par en souffrir. En démontrant tous les avantages économiques, avec des données claires, on pourra démontrer que d’investir dans l’éducation est la solution.»