Le propriétaire du Blue Olive veut laisser sa trace à Moncton

Mohamed Ali M’halla a ouvert un second restaurant dans le Grand Moncton. L’entrepreneur d’origine tunisienne espère faire rayonner sa culture et inspirer les jeunes immigrants.

À 35 ans, un rêve se réalise pour le diplômé de l’Université de Moncton. L’idée d’un restaurant méditerranéen, lancée dans un cours de marketing, a fait du chemin depuis. Mohamed inaugure ce mois-ci un nouvel établissement sur la rue Main à Moncton, le Blue Olive «Les Mille & Une Nuits».

Dans la cuisine, la viande tourne lentement sur la broche. Sur les murs, tableaux et mosaïques rappellent les palais d’Orient. «C’est l’accomplissement de plusieurs années de travail, dit-il. On a donné tout ce qu’on a pu au niveau de l’art et du design. On a dépassé nos limites intellectuelles et financières pour essayer de créer un joyau au centre-ville.»

Depuis 2008, le Blue Olive de Dieppe fait découvrir des saveurs et spécialités du Maghreb jusqu’à l’Inde. Pour Mohamed, une deuxième enseigne signifie bien plus qu’une simple expansion. Il est déterminé à présenter la culture arabo-musulmane sous un nouveau jour.

«C’est une réponse à tout ce qui a terni et touché cette culture: la montée du terrorisme, de la violence et de la haine. Moi je réponds grâce à ce restaurant et je passe un message à la communauté ici pour leur dire que les musulmans et les Arabes ont autre chose à offrir pour cette humanité. La majorité de ces peuples sont tolérants, ouverts, ils ont un goût pour la culture, la danse, la gastronomie, l’art…»

L’enfant de Monastir, sur la côte tunisienne, s’est installé à Moncton à l’âge de 18 ans pour suivre des études en ingénierie. «Entre moi et Moncton c’est une relation spéciale, lance-t-il. On me dit que je devrais ouvrir dans une grande ville, moi je dis non. Je veux offrir quelque chose à cette ville. Ce n’est pas juste une question d’affaires. Je veux laisser ma trace, mon nom ici.»

En 2004, il devient représentant de l’Université en Tunisie et assure le recrutement d’étudiants internationaux. Par la suite Mohamed obtient une maîtrise en administration des affaires, espérant réussir à développer son idée.

«Ici je peux exister, être apprécié et reconnu pour ce que je fais. Dans une plus grande ville, je n’aurais peut-être pas eu ce succès. Ici on peut transformer un projet en une success-story, devenir un modèle, un exemple.»

Son «combat» comme il l’appelle, est d’ouvrir la voie aux nouvelles générations d’immigrants. Il estime qu’avec du travail et de la détermination, elles pourront apporter quelque chose de nouveau à la société canadienne. À ces jeunes arrivants, il adresse quelques précieux conseils.

«Il faut vivre sans complexe, se libérer de l’attachement au pays d’origine. Poussez pour réaliser vos rêves malgré tous les obstacles pour un jeune immigrant qui arrive sans aide, sans réseau. Il faut se comporter comme quelqu’un qui vit ici depuis longtemps tout en restant fier de sa langue et sa culture ou de sa vision particulière.»

S’adapter aux habitudes occidentales sans perdre son identité, c’est tout le défi auquel est confronté le restaurateur. «La population, même si elle n’est pas connaisseuse de la gastronomie d’ailleurs, est prête à goûter de nouvelles choses. À condition que ce ne soit pas trop dépaysant! Il faut y aller petit à petit.»

Et pour l’instant, l’approche fonctionne: l’équipe peine même à répondre à toutes les demandes de réservation. «J’ai reçu beaucoup de reconnaissance des gens d’ici. Ils m’ont encouragé à continuer et ont bien compris le sens de ce nouveau restaurant.»