Dire au revoir à son entreprise avec le sentiment du devoir accompli (VIDÉO)

«C’est ma fille qui devrait être la vedette. Moi je ne fais que débarquer de la scène.»

Après près de quatre décennies à la barre du Groupe Savoie de Saint-Quentin, son fondateur, Jean-Claude Savoie, a annoncé cette semaine qu’il cédait sa place à sa fille, Nathalie. Ironie du sort ou destinée? Cette dernière est née l’année même de la fondation de l’entreprise qu’elle dirige désormais.

C’est un homme rempli de fierté qui a rencontré l’Acadie Nouvelle. D’abord de sa réussite entrepreneuriale, Groupe Savoie, entreprise phare du Restigouche-Ouest qui compte environ 600 employés. Mais surtout, c’est un père fier de voir sa fille prendre sa relève et, du coup, conserver l’entreprise «dans la famille». Le rêve de bien des entrepreneurs…

Pressentant que le moment risquait d’être émotif, M. Savoie a tenu à ne pas avoir de médias présents au moment de la passation officielle des pouvoirs. Et comme de nombreuses fois dans sa carrière, il a bien fait d’écouter son instinct. «C’était très émouvant», a confié l’homme d’affaires. «Même si l’entreprise revient à ma fille, ça fait un pincement au cœur de donner sa place, de laisser aller ce que tu as bâti pendant tant d’années. J’aurais aimé ne pas avoir à partir, mais un moment donné on s’essouffle», dit-il entre deux séquences d’embouteillage de sirop d’érable, son passe-temps printanier.

Bien que la passation des pouvoirs n’ait eu lieu que cette semaine, cela fait un moment que celui-ci avait ralenti le rythme de travail.

«Mon père disait toujours: lorsque je serai à la retraite, je vais aller ici et là, faire ci et ça… Il avait beaucoup de projets. Mais il est décédé avant de les réaliser. Je m’étais alors juré de ne pas attendre d’être à la retraite pour faire ce que j’aime», explique-t-il.

«Graduellement, je me suis donc bâti une équipe qui pouvait très bien se passer de moi. Et c’est le cas aujourd’hui. Ils peuvent très bien se passer de moi, mais j’aime toujours aller voir ce qui se passe.»

Bien que tout semblait se diriger vers un scénario de reprise familiale, M. Savoie avoue qu’il n’a pas toujours été certain que sa fille prendrait un jour les rênes de l’entreprise. «C’est un scénario qui était possible et toutes les options ont été examinées, y compris la vente. Mais j’espérais pouvoir remettre mon entreprise à ma fille. Et puis elle a éventuellement démontré un intérêt envers la compagnie et suivi une formation à cet égard. Si bien qu’aujourd’hui, je suis content de lui remettre le volant», souligne-t-il.

S’il n’est plus assis dans le siège du capitaine, M. Savoie n’entend pas abandonner le navire pour autant.

«C’est mon projet. Jusqu’à mon dernier souffle, j’aurai un pied dans la place et l’œil sur le volant même si je ne l’ai pas entre les mains. Ça fait du bien, par contre, de prendre un peu de recul et de laisser la place aux jeunes. Ils apportent de nouvelles idées, une nouvelle énergie», exprime l’homme d’affaires.

Reconnu pour avoir fait de l’innovation le fer de lance de son entreprise, Jean-Claude Savoie souhaite que celle-ci continue dans cette voie.

«J’ai toujours eu comme principe qu’un arbre doit être utilisé à 125%», dit-il à la blague.

«Avant, on ne faisait que du sciage. Puis un jour, on s’est lancé dans la valeur ajoutée en faisant des palettes, du bois franc séché (pour des meubles et armoires), des granules et des bûches énergétiques. On vend même sur le marché asiatique des pièces de bois pour faire des manches de guitares. Et il faut toujours continuer de chercher de nouvelles avenues. D’ailleurs, la semaine prochaine, deux membres de l’équipe prendront le chemin de l’Asie pour identifier de nouvelles possibilités. C’est ça la clé, ne pas rester ici à attendre, sortir et aller voir les besoins des acheteurs. Si on se renferme toujours sur nous même à vouloir toujours faire la même chose, et bien on va finir par toujours faire la même chose», lance-t-il comme conseil.

Le Groupe Savoie est considéré par plusieurs comme le fleuron de l’économie de Saint-Quentin. S’il se dit touché et privilégié d’être reconnu comme un des grands bâtisseurs du Restigouche-Ouest, M. Savoie préfère ne pas trop s’attarder sur les éloges.

«Mon but n’a jamais été de devenir le plus gros employeur de la région, mais plutôt de toujours faire plus avec ce que l’on avait. La compagnie a gravi les échelons. J’espère que ça va continuer et que nous ne sommes pas rendus au sommet de l’échelle», dit-il.