Énergie Est: les opposants conteste le dépôt unilingue du projet

Les environnementalistes opposés au projet d’oléoduc Énergie Est espèrent maintenant tirer profit de la Loi sur les langues officielles du Canada afin de faire obstruction au projet énergétique de la société albertaine TransCanada.

Le dépôt, mardi, par TransCanada de sa demande pour l’autorisation du pipeline Énergie Est à l’Office national de l’énergie en anglais seulement a fourni de nouvelles munitions aux opposants du controversé projet.
Malgré une demande formulée par l’Office national de l’énergie, TransCanada a remis à l’organisme gouvernemental 39 000 pages de documents en anglais expliquant son projet d’oléoduc qui doit acheminer 1,1 million de barils de pétrole brut de l’Alberta jusqu’au Québec et au Nouveau-Brunswick.
En février, l’organisme de réglementation avait pourtant demandé à TransCanada de reformuler sa demande pour ce projet majeur, jugeant qu’il était difficile même pour des experts de s’y retrouver. Il avait exigé le document dans les deux langues officielles.
L’entreprise promet toutefois de mettre en ligne la traduction complète et fidèle des documents déposés mardi d’ici un mois.
Cette annonce de TransCanada semble vouloir rassurer Donald Arseneault, qui est le ministre de l’Énergie et des Mines et le ministre responsable des Langues officielles de surcroît.
«J’ai déjà fait part de mes préoccupations à TransCanada et fait savoir que j’espérais voir les documents être disponibles pour la population du Nouveau-Brunswick dans les deux langues officielles», a indiqué le ministre.
«Je ne veux pas prendre parti pour TransCanada, mais on parle quand même de 39 000 pages à traduire et d’une entreprise qui a déjà investi plus de 44 millions $ dans notre province en frais de présentation et de traduction, il y a un certain vouloir», a ajouté Donald Arseneault.
Jeudi, le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, a indiqué s’attendre à ce que les plaintes affluent avec le dépôt du projet d’oléoduc Énergie Est uniquement en anglais à l’Office national de l’énergie.
«Je crois fortement que les citoyens ont besoin d’avoir accès aux informations critiques qui affectent où ils vivent dans la langue officielle de leur choix», a-t-il tranché en conférence de presse, sans toutefois vouloir davantage commenter cet enjeu.
L’organisme environnemental Greenpeace a pour sa part indiqué que le fait que les documents ne soient pas publiés en français en même temps qu’en anglais constitue un manque de respect, puisque que les francophones auront un mois de moins pour consulter ces milliers pages.
«Il ne faut pas créer un système à deux vitesses avec deux catégories de citoyens et où les anglophones obtiennent immédiatement de l’information au sujet d’Énergie Est alors que les francophones doivent patienter et faire face à des délais», a affirmé à l’Acadie Nouvelle Patrick Bonin, le responsable de la campagne Climat-Énergie de l’organisme Greenpeace.

La contestation se poursuit

Le mouvement de contestation envers le projet d’oléoduc Énergie Est semble vouloir se poursuivre de plus belle au Nouveau-Brunswick.
Le Conseil des Canadiens, le plus important organisme de promotion de la justice sociale au pays, a annoncé jeudi à Fredericton la tenue prochaine de plusieurs assemblées publiques visant à souligner les risques d’Énergie Est pour le Nouveau‑Brunswick.
Ces assemblées se tiendront du 24 au 27 mai à Chipman, à Belleisle Bay, à Hampton et à Saint‑Jean.
Les organisateurs prévoient y présenter de nouvelles informations sur le bilan de sécurité de TransCanada en matière d’oléoducs ainsi que des témoignages de propriétaires terriens ayant remporté leur combat contre le projet d’oléoduc Keystone XL de TransCanada.
Ben Gotschall, qui est directeur de l’agriculture et de l’alimentation de l’organisme américain Bold Nebraska, Alma Brooks, de l’Alliance pour la paix et l’amitié, et Mark D’Arcy, du Conseil des Canadiens, figurent parmi les orateurs invités.
Samedi, des opposants au projet d’oléoduc avaient réalisé un coup d’éclat en prenant d’assaut le site historique de Fort Howe à Saint-Jean et en apposant une banderole avec le slogan «No pipeline» à l’avant de la gigantesque enseigne emblématique de la municipalité.