Vieillissement et péréquation: nouvelle douche froide de Richard Saillant

L’auteur du livre événement Au bord du gouffre?, Richard Saillant, revient à la charge. Il lance ces jours-ci un essai sur le fossé qui risque de se creuser entre l’ouest et l’est du Canada si le déséquilibre démographique n’est pas pris au sérieux.

Paru en 2014, à quelques mois des élections provinciales, Au bord du gouffre? était une invitation aux Néo-Brunswickois à réfléchir aux finances publiques. L’ouvrage avait fait grand bruit et avait été repris à toutes les sauces par les politiciens.

Deux ans plus tard, le directeur de l’Institut Donald J. Savoie de l’Université de Moncton, Richard Saillant, récidive avec Deux pays: Le Canada à l’ère du Grand Déséquilibre démographique, un regard sur le vieillissement de la population et sur la péréquation.

«Ce que je cherche à faire dans ce livre-là, c’est premièrement d’informer les gens à l’extérieur de notre région. Nous, on commence déjà à être très sensibles au vieillissement de notre population. Au Canada, pour l’instant ils savent que le pays vieillit, mais je pense qu’il n’y a pas suffisamment de prise de conscience que c’est un vieillissement hautement inégal.»

Dans son livre, il explique que les après-coups du baby-boom des années suivant la Seconde Guerre mondiale se font davantage sentir dans les provinces à l’est de l’Ontario. Dans les Maritimes, dont au Nouveau-Brunswick, la faible rétention des migrants et le faible taux de natalité n’ont fait qu’empirer les choses.

Et le vieillissement, ça coûte cher. C’est un défi financier qui va peser de plus en plus lourd sur nos gouvernements, déjà affaiblis par des économies tournant au ralenti.

Comme l’avait fait dans Au bord du gouffre?, Richard Saillant invite les politiciens à augmenter les impôts, à favoriser la croissance de l’économie, à ne pas cracher sur le développement des ressources naturelles et à dépenser judicieusement.

Mais cela ne suffira pas, met-il en garde. Il faudra aussi que le Canada mette l’épaule à la roue en accordant davantage de soutien financier aux provinces dont la population vieillit plus rapidement, grâce à la péréquation.

Si la redistribution de la richesse à l’échelle nationale n’est pas mieux orchestrée, on se retrouvera un de ces jours avec deux pays, du moins en ce qui a trait au filet social. Les provinces de l’Ouest seront dans une classe, celles de l’Est dans une autre.

«Ce que je cherche à faire comprendre aux Canadiens, c’est qu’on a nous-mêmes du travail à faire pour améliorer notre position. On doit s’aider nous-mêmes. Mais que même une fois qu’on aura fait ça, il va devoir y avoir une réponse fédérale si on veut maintenir le système de santé canadien tel qu’on le connaît, qui est encore systématiquement le principal symbole de l’identité nationale au pays.»

Tout cela, c’est bien beau. Du moins, de notre point de vue, dans l’Est. On voit notre population vieillir rapidement. Ce n’est pas un secret que les premiers baby-boomers viennent à peine d’avoir 65 ans et que les gouvernements sont dans des positions financières précaires.

Mais pourquoi les gens des provinces à l’ouest du Québec devraient-ils s’en faire? Pourquoi devraient-ils accepter de sortir de leur zone de confort et de dire oui à des changements à la péréquation?

Richard Saillant répond que dans le fond, cela revient à notre vision du Canada, à ce qu’est ce pays, à quoi il sert.

«À ce jour, moi selon ma thèse, être le Canada veut dire en grande partie avoir des services sensiblement comparables à travers le pays. Est-ce que ce pacte-là, ce deal-là, va rester en place? Est-ce qu’on va avoir la volonté en tant que Canadiens, dans les moments où ça va trimer dur à cause du vieillissement démographique, de garder cette solidarité-là. Fondamentalement, ça va être aux Canadiens de répondre à cette question-là.»

Le livre Deux pays: Le Canada à l’ère du Grand Déséquilibre démographique sera en vente au cours des prochains jours. Il est publié en anglais et en français aux éditions Nimbus Publishing.