Edmundston: CJEM/CKMV vendue à des intérêts locaux

La plus vieille radio privée en Atlantique change de propriétaires. Après avoir été propriétaire pendant plus de 70 ans, la famille Brillant de Rimouski vend ses intérêts dans la station CJEM/CKMV à des actionnaires de la région d’Edmundston.

Serge Parent, Hermel Michaud, Vicki Wallace et Marco Godbout sont les nouveaux propriétaires. La transaction a été complétée le 21 avril. Elle met fin à quatre ans de démarches de la part des nouveaux investisseurs pour en faire l’acquisition.

«Nous sommes le huitième groupe qui a tenté de faire son acquisition. Ça veut dire que sept tentatives ont achoppé avant nous. Il a fallu activer les démarches en fin de processus car les propriétaires avaient fixé une date butoir pour conclure une transaction», a expliqué le PDG de CJEM, Serge Parent, pour qui il s’agit d’un retour dans le monde radiophonique au Nord-Ouest.

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a donné son approbation à la transaction en décembre 2016. L’une des conditions pour les nouveaux investisseurs était d’en venir à une entente avec les employés syndiqués de la radio. Un nouveau contrat de quatre ans a été approuvé la semaine dernière.

«Les deux parties ont mis de l’eau dans leur vin pour qu’on réussisse à s’entendre afin de sauver la radio. Les deux groupes étaient dans la même position avec cette date butoir à respecter», a ajouté Serge Parent.

Le président du syndicat, Yvon Dubé soutient qu’il s’agit d’un contrat de travail acceptable, d’autant plus qu’il a été négocié en seulement quatre semaines devant l’urgence de la situation. Tous les employés demeurent en poste.

«Pour nous, il était impératif de participer au sauvetage en faisant des concessions. Il y a eu des modifications à la proposition originale des employeurs. Nous pourrons continuer à donner une voix locale aux gens de la région», a-t-il souligné.

Les employés ont notamment fait des concessions au chapitre des congés maladie et des vacances. L’employeur a de plus réduit sa contribution dans le fonds de pension.

REDRESSEMENT FINANCIER

En faisant l’acquisition de CJEM/CKMV, les nouveaux propriétaires héritent d’une radio qui a connu des difficultés financières au cours des dernières années.

«La radio n’est pas rentable. Elle est dans une situation précaire. Il faut se mettre en marche pour accroître ses revenus. Il y aura aussi du travail à faire au niveau du contenu. On réalise de plus en plus que ce n’est plus seulement la musique qui fait virer une radio. Les gens veulent savoir ce qui passe dans leur communauté. Il faut maximiser les façons de transmettre les informations. Nous serons plus actifs au chapitre des médias sociaux», a poursuivi M. Parent.

Des investissements seront nécessaires du point de vue technique, a-t-il précisé.

«Ils seront faits de manière à accroître la réception partout au Nord-Ouest. Le son sera modifié de façon à ce qu’il corresponde à ce qui se fait sur les autres radios FM», a-t-il expliqué.

Le PDG s’attardera à analyser le fonctionnement de la radio afin de préparer le format et le son de CJEM en prévision de la rentrée automnale.

«Nous avons amorcé une planification stratégique avec les employés cette semaine. On va continuer à miser sur les bonnes pratiques de CJEM et améliorer ses faiblesses», a signalé M. Parent.

Près de 75 ans d’histoire!

La Deuxième Guerre mondiale, l’assassinat de John F. Kennedy, le premier homme à avoir marché sur la lune, ce sont tous des événements qui ont marqué l’histoire et dont la radio CJEM/CKMV a fait état depuis son entrée en ondes en 1944. Et ça ne s’arrêtera pas là avec une nouvelle ère qui s’amorce pour elle.

La radio CJEM est entrée en ondes le 6 décembre 1944. Elle a été fondée à l’époque par des gens d’affaires d’Edmundston et de Rimouski. Après avoir été sur la bande AM durant quelques décennies, elle est passée au FM au tournant des années 2000. Elle diffuse sur la fréquence à Edmundston et 95,1 à Grand-Sault.

«CJEM/CKMV a été témoin de grands événements mondiaux, canadiens, néo-brunswickois et régionaux. Ce sont des choses dont ses animateurs ont parlé au fil des ans. On ne voulait pas que ça s’arrête là. Avec cette acquisition, nous pourrons continuer à desservir nos auditeurs du Nord-Ouest, du Maine et du Témiscouata», a dit l’un des co-propriétaires, Marco Godbout.

Homme d’affaires, il reconnaît que la radio aura besoin d’une saine gestion pour poursuivre son aventure.

«La publicité est la seule source de revenus d’une radio privée. C’est pas sorcier, il faut accroître ce potentiel», a-t-il indiqué.

Il a rappelé que la transaction a été un très long processus.

«Il y a eu de multiples échanges de documents entre les avocats et les comptables avec les propriétaires et le CRTC. Je ne connaissais pas grand chose au domaine de la radio, mais j’ai beaucoup appris en quatre ans», a ajouté M. Godbout.

Du point de vue commercial, la co-propriétaire Vicki Wallace soutient que le maintien de la radio permettra de continuer à promouvoir les produits et services du Nord-Ouest dans un secteur où la compétition est féroce avec l’arrivée des médias sociaux. «Tout cela dans une approche respectueuse et inclusive», a-t-elle mentionné.