Nord-Ouest: beaucoup d’emplois, pas assez de travailleurs

Des employeurs du Nord-Ouest recrutent de la main-d’oeuvre à l’étranger pour pourvoir des postes disponibles depuis trop longtemps dans leurs entreprises.

Près de 500 postes étaient disponibles lors du récent Salon de l’emploi et de la formation à Edmundston. Si des entreprises étaient sur les lieux pour garnir leur banque de CV, d’autres faisaient des pieds et des mains pour recruter des travailleurs, sans résultat.

Certains de ces emplois sont affichés depuis plusieurs mois. Il va sans dire que les postes vacants constituent un frein au développement de ces entreprises.

C’est notamment le cas chez Groupe Westco. Au moins 25 postes sont disponibles dans l’espoir de créer un nouveau quart de travail à son abattoir Sunnymel (en partenariat avec la compagnie québécoise Olymel) à Clair dans le Haut-Madawaska.

Des représentants de la compagnie seront d’ailleurs en Europe au cours des prochains jours pour rencontrer des employés potentiels.

«Nous avons entrepris nos démarches à l’automne 2016. Nous avons ciblé des régions francophones en Europe pour éviter que la langue ne soit une barrière. La première approche a été faite. Nous avons convoqué des candidats à des entrevues. Ils ont eu de l’information sur notre industrie et savent à quoi s’attendre», a indiqué le PDG du Groupe Westco, Thomas Soucy.

Ce recrutement à l’étranger fait partie d’un programme d’Immigration Canada.

«Nous serons sur un programme de trois ans. Durant cette période, nous serons responsables des travailleurs qui s’amèneront ici. On souhaite qu’ils s’intègrent et décident de demeurer en permanence par la suite. Mais si certains décident de quitter leur emploi, nous devrons les retourner dans leur pays pour éviter qu’ils ne viennent ici avec l’intention de vivre aux crochets des contribuables», a ajouté M. Soucy.

Un camion de la compagnie Donald Rossignol Transport. – Gracieuseté

Même son de cloche auprès de l’entreprise Donald Rossignol Transport. La compagnie compte environ 80 camionneurs dont près d’une vingtaine proviennent de l’Ukraine, de la Roumanie, de l’Inde et de la France.

L’entreprise a besoin d’une dizaine d’autres camionneurs pour répondre aux demandes de ses clients. Ses efforts de recrutement sont à nouveau dirigés vers ces mêmes pays, a laissé savoir le directeur général, Jérôme Bossé. La compagnie est à la recherche de chauffeurs avec des familles, pour favoriser leur rétention, et qui n’ont pas de casier judiciaire.

«Le fait qu’il manque de chauffeurs a un impact sur notre compagnie. Les entreprises régionales exportent beaucoup vers les États-Unis. Nous avons besoin de chauffeurs additionnels pour ces livraisons. Les tests de dépistage de stupéfiants, ça énerve pas mal de monde par ici», a souligné M. Bossé.

Ces emplois sont surtout affichés sur des sites spécialisés. Mais le bouche-à-oreille y est pour beaucoup, selon lui.

«Des camionneurs qui sont maintenant avec nous en parlent à des connaissances dans leur pays d’origine pour les faire venir ici. Il faut les encadrer à leur arrivée pour faciliter leur intégration», a poursuivi M. Bossé.

ENCADREMENT, RÉTENTION ET INTÉGRATION

Certains camionneurs de l’étranger chez Donald Rossignol Transport sont à Edmundston depuis près de 10 ans. Le fait de venir travailler au Canada leur a notamment permis d’améliorer leur qualité de vie.

«Ces gens-là étaient déjà des camionneurs dans leur pays. Ils sont fiables. Ils sont maintenant établis dans la région avec leurs familles. Ils ont acheté des maisons et leurs enfants fréquentent nos écoles. En fin de compte, c’est bon pour toute la région», a fait remarquer M. Bossé.

Sans avoir une statistique précise, le directeur général de l’entreprise de transport, Jérôme Bossé, soutient que le taux de rétention est relativement bon même si certains ont quitté pour s’établir dans une autre région du Canada où il y a, par exemple, une communauté établie de citoyens de leur nationalité.

Le Groupe Westco entend justement recruter le plus de travailleurs d’une même nationalité pour éviter qu’ils ne se sentent trop dépaysés en arrivant dans le Nord-Ouest.

Thomas Soucy, PDG de Groupe Westco Sunnymel. – Archives

Ce recrutement à l’étranger engendre des coûts importants pour les entreprises. Dans le cas de Groupe Westco, il faut payer les frais de déplacement pour les entrevues en Europe et de transport pour amener les futurs travailleurs au Nouveau-Brunswick.

«C’est certain qu’on préférerait pouvoir identifier de la main-d’oeuvre par chez nous, au Nouveau-Brunswick. Mais nous n’avons pas été en mesure de le faire. Même avec ces travailleurs additionnels, ça ne répondra pas à tous nos besoins pour notre abattoir», a commenté son PDG, Thomas Soucy.

En décembre 2016, la compagnie a dû abandonner un projet d’expansion qui aurait pu créer 40 postes. Il a été réalisé ailleurs, dans une autre usine de son partenaire québécois en affaires, Olymel.

RÉALITÉ INCONTOURNABLE?

Devant une pénurie de main-d’oeuvre qui semble incontournable, le recrutement à l’étranger demeure une solution pour les entreprises du Nord-Ouest.

Des emplois disponibles, il y en a et dans toutes les sphères d’activités dans le Nord-Ouest.

La compagnie J.D. Irving dit avoir une quarantaine de postes à pourvoir dans ses usines du Nord-Ouest; à Clair, Baker-Brook, Saint-Léonard, Veneer et Kedgwick.

Dans le secteur de la transformation du bois, l’entreprise Boise AllJoist, établie à Saint-Jacques, est aussi à la recherche de journaliers.

Dans le secteur de la volaille, les Fermes avicoles Nadeau pourraient ajouter une vingtaine d’employés.

Le Réseau Vitalité avait une trentaine de postes à pourvoir dans ses hôpitaux de Saint-Quentin, Grand-Sault et Edmundston lors du récent Salon de l’emploi et de la formation. Certains emplois sont disponibles depuis décembre 2016.

La Chambre de commerce de la région d’Edmundston reconnaît que cette pénurie de main-d’oeuvre nuit à la croissance des entreprises.

«On a vu venir cette problématique. C’est une drôle de réalité quand on dit qu’il a de nombreux emplois disponibles, mais pas assez de gens pour les occuper. Pourtant, le message est diffusé par différents moyens de communication. Mais les entreprises ne semblent plus avoir le choix de se tourner vers l’immigration», a mentionné sa directrice générale, Marie-Ève Castonguay.

Le taux de chômage dans le Nord-Ouest (6,1 % en janvier, 7,7 % en février et 8,4 % en mars) est plus bas que la moyenne provinciale (8,8 % en janvier, 9,5 % en février et 9,8 % en mars).

Selon les dernières statistiques, le nombre de personnes sans emploi a augmenté de 2300 à 3200 entre janvier et mars 2017 dans le Nord-Ouest alors qu’il avait grimpé de 3300 à 3700 durant la même période l’an dernier.

Chaque fois qu’un nouvel employeur recrute, cela cause aussi un mouvement de personnel.

«Quand une nouvelle entreprise ouvre ses portes, ça engendre un roulement au sein des travailleurs existants. Le problème se déplace. Tout le monde fait partie de la solution pour identifier des travailleurs pour notre région», a convenu Mme Castonguay.