Carbone: Frank McKenna prône une taxe à revenu neutre

La meilleure façon de lutter contre les changements climatiques sans nuire à l’économie est de rendre la tarification du carbone neutre sur le plan des revenus pour le gouvernement, selon l’ancien premier ministre Frank McKenna.

Le Nouveau-Brunswick s’apprête à adopter un mécanisme de tarification du carbone afin de réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

La province n’a cependant pas encore annoncé comment elle allait collecter cet argent. Fredericton pourrait notamment imposer une taxe sur le carbone, créer un marché de plafonnement et d’échange des droits d’émission ou adopter un modèle hybride inspiré des deux solutions.

On sait cependant déjà que l’argent amassé ira dans un fonds pour financer des projets verts comme l’électrification des transports ou l’efficacité énergétique des résidences.

L’ancien chef du Parti libéral et homme d’affaires Frank McKenna estime cependant que la meilleure façon de lutter contre les gaz à effet de serre sans perturber la croissance économique est de retourner cet argent directement dans les poches des contribuables.

À ce chapitre, la Colombie-Britannique est l’exemple à suivre, selon celui qui a été premier ministre du Nouveau-Brunswick de 1987 à 1997.

«Je crois que les changements climatiques sont réels et qu’ils sont causés par l’activité humaine. Nous devons faire notre possible pour les combattre», a confié M. McKenna lors d’une entrevue exclusive avec l’Acadie Nouvelle cette semaine.

«Si l’on observe tous les mécanismes (de tarification du carbone) à travers le monde, celui qui est le plus viable et le plus respecté est celui de la Colombie-Britannique.»

La Colombie-Britannique a adopté une taxe sur le carbone neutre sur le plan des revenus du gouvernement en 2008. La taxe s’applique aux combustibles fossiles comme l’essence, le diesel et le gaz naturel. Chaque dollar amassé est retourné aux contribuables via des réductions d’autres taxes comme l’impôt sur le revenu des particuliers et des entreprises ou grâce à des crédits d’impôts.

«La Colombie-Britannique profite d’une croissance élevée, souvent la meilleure au pays. Elle a des budgets équilibrés avec d’importants surplus depuis cinq années consécutives», a rappelé Frank McKenna.

«Ils ont vraiment démontré qu’une taxe sur le carbone ne nuit pas à l’économie et peut même contribuer à la croissance économique si elle est proprement élaborée et neutre sur le plan des revenus.»

Fredericton a déjà indiqué que l’argent de la tarification du carbone ne restera pas dans les coffres de l’État ou ne servira pas à réduire le déficit ou à payer la dette.

Le gouvernement veut plutôt s’en servir pour faire des «investissements ciblés pour lutter contre les effets des changements climatiques.»

«Le but ultime, c’est de protéger l’environnement dans le respect de notre économie. Compte tenu de la situation économique du Nouveau-Brunswick, nous croyons qu’une des façons de s’assurer d’atteindre nos objectifs, c’est d’utiliser cette façon de faire», a indiqué le ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux.

Dans son discours du Trône présenté mardi, le gouvernement libéral du premier ministre Brian Gallant dit vouloir «réduire au minimum les incidences» de la tarification du carbone «sur les consommateurs».

Les grandes industries devront réduire leurs émissions ou payer «leur juste part», ont prévu les libéraux.

Frank McKenna est le vice-président du conseil d’administration de la Banque TD.