Faire le choix de travailler à la maison

De plus en plus de personnes travaillent depuis leur maison. Manon Chiasson, de Bas-Caraquet, est l’une d’entre elles. Elle nous en explique les avantages et les inconvénients.

Elle s’appelle Manon Chiasson. Mais sa marque de fabrique a pris le dessus sur son patronyme. Pour beaucoup, elle est connue sous la dénomination de Manon Gâteau.

Dans le sous-sol de sa maison située en bordure de la rue Saint-Paul à Bas-Caraquet, cette mère de famille confectionne des desserts qui font le régal de ses clients. Leur particularité réside dans le glaçage qu’elle modèle au gré de son inspiration et qui rend l’ensemble aussi beau qu’appétissant.

Au point que planter un couteau dans ces gourmandises est un crève-cœur pour la personne qui doit les découper en parts. Manon Chiasson fait et vend des gâteaux fantaisie depuis chez elle.

Contrairement à ces pâtissières et pâtissiers qui nourrissent leur passion dès leur plus jeune âge, elle a mis la main dans la pâte sur le tard.

«Il y a huit ans, j’étais en congé maternité. Ma belle-mère voulait suivre des cours auprès d’une spécialiste, à Tracadie. Je l’ai accompagnée.»

La formation lui plaît, elle s’entraîne en l’appliquant dans sa cuisine.

«Au début, je faisais des gâteaux pour le plaisir, avec mes enfants. J’ai mis les photos sur Facebook. Les gens les ont aimées et m’ont demandé de leur en faire.»

Les premières commandes sont passées. Au cours des années qui suivent, Manon Chiasson partage son temps entre son travail de responsable gestion des prix dans une grande surface à Caraquet, sa vie de famille et la commercialisation de ses desserts.

Il y a deux ans, croulant sous les ventes, elle saute le pas. Oublier l’emploi de bureau, son quotidien professionnel sera uniquement derrière les fourneaux.

«Ça me permettait de faire ce que j’aime tout en étant plus disponible pour mes enfants. Les aider pour leurs devoirs quand ils rentrent de l’école, c’est un moment avec eux que je veux préserver.»

Mais travailler de chez soi a aussi des contraintes. La maman d’une fille et de deux garçons s’en rend compte. Oui, elle gère son agenda comme elle l’entend, mais pour s’en sortir, elle doit redoubler d’efforts. Plus qu’une salariée payée toutes les deux semaines.

«J’ai une bonne clientèle de Tracadie et de Shippagan. Mes gâteaux sont livrés jusqu’à Petit-Rocher et Saint-Quentin, mais beaucoup de monde ne me connaissent pas encore», s’aperçoit-elle.

Pour y remédier, elle envisage de participer à deux prochains marchés de Noël organisés dans la Péninsule acadienne (à Anse-Bleue et Caraquet).

Manon Chiasson avoue avoir du mal à décrocher. C’est d’autant plus difficile que son emploi est chez elle. Les semaines de 35h ne la concernent plus.

«Je ne compte pas mes heures. Je pense tout le temps à mes gâteaux, à comment je vais les faire. Même la nuit parfois. Et puis, je peux recevoir des commandes à tout moment. Heureusement, j’ai la chance d’avoir un mari compréhensif et qui me soutient.»

Ce n’est pas parce que Manon Chiasson travaille de chez elle qu’elle n’est pas soumise aux règles d’hygiène et d’insalubrité. Sa cuisine est inspectée deux fois par an par des agents de Services NB. – Acadie Nouvelle: Vincent Pichard

La pâtissière n’a pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin. Elle aimerait se lancer dans la préparation de gâteaux sur structure. Encore plus impressionnants qu’une pièce montée, ces desserts défient les lois de la gravité.

«Je me verrais bien aussi faire des compétitions et peut-être, dans quatre ou cinq ans, ouvrir un commerce.»

Un choix à la mode

L’exemple de Manon Chiasson, à Bas-Caraquet, illustre une tendance qui se développe: celle des personnes qui font le choix de travailler depuis leur domicile.

«On en voit de plus en plus, surtout depuis ces cinq dernières années», constate Johanne Lévesque, directrice du RDÉE NB (le Réseau de développement économique et d’employabilité).

Selon Statistique Canada, les travailleurs autonomes représentent un peu moins de 10% de la population active au Nouveau-Brunswick.

Ils sont nombreux dans les offres de services et dans les nouvelles technologies. Internet a dématérialisé le travail et ouvert de nouveaux horizons. Le président-directeur général du conseil économique de la province, le CÉNB, applaudit cet esprit d’initiative.

«Celles et ceux qui se lancent n’ont pas peur. Ils se montrent entreprenants et contribuent à la diversification de notre économie. C’est positif», déclare Thomas Raffy.

Les raisons qui les poussent à tenter l’aventure sont multiples. Certains veulent être leur propre patron ou bien recherchent de la flexibilité pour s’épanouir autant dans leur vie privée que professionnelle; d’autres le font à défaut de décrocher un emploi rémunéré.

«Dans ce dernier cas, cela prouve que les gens n’ont pas une attitude défaitiste. Je salue ça», poursuit M. Raffy.

Celui-ci assure que les travailleurs autonomes ont les mêmes défis que n’importe quel chef d’entreprise.

«C’est dans de moindres proportions, mais il leur faut quand même trouver des sources de financement et parfois de la main d’œuvre pour maintenir et développer leur activité. Ils sont aussi en quête permanente de nouveaux clients et se demandent comment les fidéliser.»

Cette augmentation de personnes en poste chez elles est-elle une bonne chose? Johanne Lévesque souligne qu’elle est surtout le reflet d’une évolution des mentalités.

«Les jeunes n’ont pas le même rapport au marché du travail que leurs parents. Ils ne s’attendent plus à faire carrière au même endroit.»