Acheter local pourrait créer 9000 emplois

Si chaque Néo-Brunswickois achetait un peu plus de produits faits ici, 9000 nouveaux emplois pourraient être créés en cinq ans.

Plus précisément, si chaque Néo-Brunswickois remplaçait, dans ses achats, 5% de produits provenant d’ailleurs par des produits d’ici, cela contribuerait à la création de milliers d’emplois, en plus d’engendrer des dizaines de millions de dollars en retombées économiques.

C’est le constat d’une étude réalisée par l’économiste Pierre-Marcel Desjardins pour le compte de Jon et Leslie Manship.

Jon Manship est l’un des fondateurs de Spielo, une entreprise spécialisée dans l’industrie du jeu de hasard. En 2003, il a vendu l’entreprise pour la faramineuse somme de 200 millions $. Depuis, la famille multiplie les dons et initiatives. Récemment, elle a offert la somme de 1,1 million $ pour la construction de l’esplanade du complexe du centre-ville.

Lundi matin, à Moncton, les Manship ont lancé une campagne de sensibilisation pour inciter les gens d’ici à acheter des produits, des services et des expériences d’ici. Pour l’amour du Nouveau-Brunswick est le nom de l’initiative et Excellence NB est le nouveau groupe formé d’entrepreneurs du secteur privé qui l’appuie.

L’idée de créer un organisme pour mousser l’intérêt envers les produits locaux est venue aux Manship il y a quelques années lors d’un voyage à l’île Fogo où un concept similaire existe. Pour l’instant, la famille millionnaire est la seule à investir dans l’initiative. Pourquoi?

«J’aime le Nouveau-Brunswick et c’est chez moi. Je voulais lancer cette initiative pour aider le Nouveau-Brunswick. Je vois le potentiel que nous avons. Nous pouvons créer des milliers d’emplois. Alors, pourquoi ne pas investir? C’est quelque chose que nous pouvons tous faire maintenant. On a juste besoin de faire un petit changement dans notre façon de consommer», a avancé M. Manship à l’Acadie Nouvelle.

Ce petit changement dont il parle, c’est de remplacer des produits ou services qu’on achète provenant d’ailleurs par des produits d’ici. On ne peut pas acheter de voitures fabriquées au Nouveau-Brunswick ni d’avion. On peut par contre se procurer des vins, des biscuits, des bouteilles d’eau et du pain d’ici.

«Au lieu d’acheter de la Heineken ou de la Bud, on achète de la Moosehead ou de la bière des microbrasseries locales. C’est ça l’idée. Ce n’est pas de dire aux gens d’acheter exclusivement Nouveau-Brunswick. Si vous en achetez 20 caisses par année, il y en aura peut-être une qui sera d’ici. Vous allez peut-être y prendre goût et ce sera deux ou trois pas la suite», a expliqué l’économiste Pierre-Marcel Desjardins.

Une campagne de promotion aidera à identifier les produits de la province. Alcool NB est entre autres un partenaire. Prochainement, on pourra voir des logos d’Excellence NB sur des produits faits ici ou des affiches les identifiants. Le but est de prendre en main notre économie.

«Souvent on se sent impuissant face à nos défis économiques. On dit qu’on aimerait que des entreprises viennent s’installer ici. On pense que ce sont seulement les autres qui peuvent changer la donne. Ici, c’est un exemple où individuellement, ça peut faire de petits changements, mais si tout le monde le fait, ça peut faire une grande différence», a confié M. Desjardins.

La ministre des Finances, Cathy Rogers, applaudit l’initiative, mais pourquoi l’idée ne vient-elle pas du gouvernement?

«Nous devons faire très attention en tant que gouvernement afin de ne pas être perçu comme protectionniste. Ceci est très proactif et vraiment, nous avons besoin que ce genre d’initiatives soient menées par le secteur privé», a insisté Mme Rogers soulignant qu’elle a tout de même été consultée dès le début.

Le Conseil économique du Nouveau-Brunswick croit fortement au succès du projet. Le président-directeur général de l’organisme qui représente les entrepreneurs francophones de la province affirme que les retombées seront très intéressantes pour ses membres.

«Une initiative comme ça qui est menée par le secteur privé pour le secteur privé, c’est exceptionnel. C’est intéressant pour nos membres. Ça aura un impact économique et la création d’emplois. Qu’est-ce que ça veut dire pour la communauté francophone? Ça veut dire qu’il y aura de la vitalité et que nos entreprises vont continuer de grandir et que les jeunes resteront dans les communautés», a déclaré Thomas Raffy.

Les débuts de Spielo, aujourd’hui IGT, ont été modestes avec quelques employés qui ont étudié à l’Université de Moncton, à l’Université du Nouveau-Brunswick et aux collèges communautaires. L’entreprise a connu un succès international. Jon Manship croit que l’histoire peut se répéter.

«On l’a appris par nous-mêmes. De cette expérience, je crois qu’on peut arriver à faire ce qu’on veut au Nouveau-Brunswick», a conclu l’homme d’affaires.