Économie: le grand réveil de Île-du-Prince-Édouard

Les touristes qui visitent l’Île-du-Prince-Édouard, un endroit bien rangé et bucolique, devraient garder l’œil ouvert cet été: la plus petite province est sur une lancée.

Le rythme régulier des marteaux et des scies n’est qu’un indicateur parmi tant d’autres d’un boom économique.

Les ventes au détail sur l’île ont augmenté de 7,4% l’année dernière, et l’emploi a augmenté de 3% et continue de croître à ce rythme.

Les salaires ont augmenté de 3,6% au cours de la dernière année, au troisième rang au pays derrière la Colombie-Britannique et l’Ontario. L’île vise à battre son record du nombre de touristes pour une cinquième année consécutive.

Chris Palmer, ministre du Développement économique, soutient que l’île a connu un changement fondamental d’attitude.

«Nous avons beaucoup de gens compétents qui sont d’ici et nous invitons les gens avec de nouvelles compétences à venir s’installer chez nous. Ils viennent ici et prospèrent. Ils créent de nouveaux emplois. Et ils dépensent de l’argent», a-t-il dit.

L’année dernière, le Conseil économique des provinces de l’Atlantique a déclaré que l’Île-du-Prince-Édouard était sur une lancée, et l’analyste principal des politiques, Fred Bergman, soutient que cette déclaration est vraie pour 2018 également.

M. Bergman a déclaré qu’il n’y avait pas une seule raison pour le boom, mais un certain nombre de secteurs, y compris la pêche et le tourisme se portent très bien.

«La valeur du homard au quai a augmenté de 50 % en deux ans», a déclaré le premier ministre Wade MacLauchlan, qui a présenté le premier budget équilibré de l’île en une décennie l’an dernier. «C’est l’argent que les gens dépensent pour leurs véhicules, leurs maisons, leurs restaurants et leurs collectivités.»

L’île compte seulement environ 150 000 habitants, soit à peine davantage que le Grand Moncton, mais elle connaît la plus forte croissance démographique de la région.

Une partie de ce crédit va à l’immigration. Le programme des candidats à l’immigration de la province a été sévèrement critiqué car il accorde la résidence permanente avant qu’il ne soit prouvé que les immigrants sont effectivement restés sur l’île, mais la diversité croissante de l’Île-du-Prince-Édouard ne peut être niée.

«Le nombre d’immigrants pour 1000 personnes sur l’île est le plus élevé au pays. Environ 2350 résidents permanents s’y sont installés l’année dernière», a précisé M. Bergman.

Les mises en chantier d’habitations ont augmenté de 64% l’an dernier, comparativement à une moyenne nationale de 11%.

«Cette année a encore l’air d’une année incroyable dans la construction, tant du côté commercial que résidentiel», a déclaré Sam Sanderson, directeur général de l’Association des constructeurs de l’Île-du-Prince-Édouard.

En fait, l’industrie fait face à une pénurie de travailleurs qualifiés, et M. Sanderson affirme que des efforts sont déployés pour former plus d’Insulaires dans les métiers et pour recruter davantage d’immigrants.

Chris Palmer mentionne qu’il y a des occasions dans la province qui n’étaient pas là quand il grandissait. De nombreux insulaires qui partaient à la recherche d’un emploi sont maintenant en train de déménager et d’apporter les emplois avec eux sur l’île.

«J’étais l’un de ceux-là. J’ai travaillé en informatique à Moncton pendant cinq ans et à Halifax pendant cinq ans. J’étais impatient de revenir. J’ai pu le faire tout en travaillant dans le même secteur. Je peux faire mon travail de l’Île-du-Prince-Édouard.»

Le Conference Board du Canada précise que c’est la «forte demande pour les produits de l’Île-du-Prince-Édouard» qui stimule son secteur manufacturier.

Parmi les exemples de réussite: Sekisui Diagnostics, une société internationale basée au Japon qui fabrique des réactifs pour les tests médicaux.

L’entreprise a acheté, en 2011, une entreprise de biosciences de Charlottetown et a connu une croissance constante depuis.

Chaque année, Sekisui produit 1,5 milliard de tests de chimie clinique à l’Île-du-Prince-Édouard, qui sont ensuite expédiés dans le monde entier.

«Depuis 2011, nos revenus ont augmenté d’environ 225 pour cent. Nous avons ajouté environ 50 employés à temps plein (123 au total). Nous venons de terminer une expansion de plusieurs millions de dollars et nous envisageons potentiellement une autre expansion», soutient le directeur de l’usine, Brian Stewart.

Les installations de Charlottetown sont plus rentables que leurs usines au Japon, dit-il, de sorte que plusieurs commandes sont transférées à l’Île-du-Prince-Édouard.

Les exportations de la petite province ont atteint un sommet historique de 1,38 milliard de dollars en 2017, avec une croissance annuelle de 4,6%.

«Nous pensons que cela peut continuer», a déclaré le premier ministre, soulignant que des efforts sont déployés pour développer les marchés en Europe et en Asie.

«Je suis sûr que notre économie peut continuer à croître. Le succès apporte le succès.»