Le Canada impose des tarifs douaniers aux exportations américaines

Le différend commercial entre le Canada et les États-Unis a monté d’un cran, vendredi, après le dévoilement par le gouvernement Trudeau de sa liste finale des produits américains qui seront visés par des tarifs douaniers à compter de dimanche.

Ottawa a également dévoilé les modalités de son plan d’aide destiné aux entreprises affectées, qui comprend jusqu’à 2 milliards $ en financement et prêts pour les joueurs du secteur de l’acier et de l’aluminium, ainsi que pour des entreprises manufacturières touchées.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a précisé vendredi matin les droits de rétorsion canadiens sur des importations de 16,6 milliards $ de produits américains.

Depuis le 1er juin, le Canada, le Mexique et l’Europe ne sont plus exemptés des droits d’importation de 25 pour cent sur l’acier et de 10 pour cent sur l’aluminium qui avaient été imposés pour la première fois en mars par l’administration américaine de Donald Trump.

En plus des tarifs réciproques qui seront maintenant imposés par le Canada à l’acier et l’aluminium américain, une taxe de 10 pour cent sera imposée sur un large éventail de produits importés des États-Unis – du ketchup aux tondeuses à gazon en passant par les cartes à jouer.

Si la décision d’Ottawa de répliquer à Washington a été appuyée par de nombreux acteurs au pays, certaines entreprises ont exprimé des craintes quant aux effets néfastes que pourrait avoir une escalade des tensions commerciales. De façon plus générale, on s’attend à ce qu’une escalade nuise aux deux économies, ce qui pourrait mettre en péril des emplois et pousser à la hausse les prix à la consommation des deux côtés de la frontière.

« Il est vraiment regrettable que nous devions appliquer de telles mesures », a déclaré la ministre Freeland, qui s’était déplacée à Hamilton, en Ontario, au coeur de l’industrie sidérurgique canadienne. « Toutefois, les tarifs douaniers imposés par les États-Unis ne laissent aucun autre choix au Canada que celui de défendre nos industries, défendre nos communautés et défendre nos travailleurs, et je peux vous assurer que nous sommes résolus à le faire.

« La solution à cette dispute sans précédent est simple: c’est que les États-Unis annulent leurs tarifs sur l’acier et l’aluminium canadien », a soutenu Mme Freeland.

Le ministre François-Philippe Champagne a plaidé de son côté que les droits de douane imposés par les États-Unis le 1er juin sont contraires aux règles de l’Organisation mondiale du commerce et de l’Accord de libre-échange nord-américain _ et qu’ils vont à l’encontre de la prospérité économique. Le ministre du Commerce international a par ailleurs rappelé que le moment ne pouvait être mieux choisi pour diversifier les exportations canadiennes.

Par ailleurs, le cabinet du premier ministre a fait savoir, en soirée vendredi, que Justin Trudeau s’est entretenu avec le président américian Donald Trump. Le premier ministre a transmis ses condoléances pour les victimes de la fusillade survenue au journal Capital Gazette et a profité de l’occcasion pour réitérer qu' »il n’avait pas d’autres choix que d’annoncer des mesures de réciprocité ».

Les deux leaders politiques « ont convenu de rester en étroite communication », précise le communiqué du gouvernement.

Comme le bois d’oeuvre

Le programme de soutien fédéral, de son côté, est semblable à celui qu’Ottawa avait offert l’année dernière en réponse aux droits américains sur les produits de bois d’oeuvre résineux en provenance du Canada.

Le gouvernement a l’intention d’aider les travailleurs touchés en prolongeant de 38 semaines la durée des ententes de travail partagé dans le cadre du programme d’assurance-emploi. Ottawa souhaite aider les entreprises à retenir les travailleurs qualifiés et à éviter les licenciements en cas de difficultés financières.

Ottawa promet également d’augmenter le financement pour les provinces et les territoires afin d’augmenter les programmes d’emploi et de formation, et d’offrir un soutien financier aux entreprises touchées.

Grâce à son Fonds stratégique pour l’innovation, Ottawa offre également un soutien pouvant atteindre 250 millions $ afin de renforcer la compétitivité des fabricants canadiens et l’intégration de la chaîne d’approvisionnement en acier et en aluminium du Canada.

Le gouvernement fédéral prévoit également investir 50 millions $ sur cinq ans pour aider les entreprises à profiter pleinement des récents accords commerciaux, y compris l’entente du Canada avec l’Union européenne et son adhésion au Partenariat transpacifique. Ce financement comprendra de nouvelles subventions.

Ottawa a aussi rappelé vendredi qu’il avait mis en place des mesures de protection pour répondre aux préoccupations _ américaines _ concernant le détournement et le dumping de produits sur le marché canadien.

La semaine dernière, le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, a exprimé ses préoccupations face à une surproduction et une surcapacité de l’acier dans le monde, affirmant que les tarifs américains imposés au Canada et à d’autres alliés étaient destinés à forcer ses partenaires à agir.

Mme Freeland a longtemps insisté sur le fait que le Canada a mis en place des garanties plus solides sur l’acier, bien avant que les États-Unis imposent des tarifs. Elle a soutenu que les mesures avaient été mises en place non seulement pour assurer que le Canada soit un bon partenaire commercial, mais surtout pour protéger les intérêts nationaux du Canada, en empêchant que l’acier et l’aluminium chinois soient déversés sur le marché canadien.