Distillerie Fils du Roy: investir beaucoup, tout en restant petit

Trop gros, trop vite. Combien d’entreprises sont tombées dans ce piège alléchant que leur tendait le succès? C’est justement ce piège que cherche à éviter à tout prix Sébastien Roy. Sa philosophie? Investir beaucoup, tout en restant petit.

«On ne deviendra jamais riche avec ça», annonce, sans un petit sourire en coin, le propriétaire et cofondateur de la Distillerie Fils du Roy, à Petit-Paquetville, en reprenant les propos de sa mère Diane.

Car, précise-t-il, chaque sou est dirigé dans le développement de ce qui a commencé par une toute petite distillerie de gin en 2011.

Cet argent vient évidemment des profits tirés d’un chiffre d’affaires toujours grandissant, mais aussi de la part des gouvernements de Fredericton et d’Ottawa. Comme preuve des contributions en partie remboursables de plus de 600 000$ annoncées conjointement mercredi par les députés d’Acadie-Bathurst Serge Cormier (415 000$) et de Lamèque-Shippagan-Miscou Robert Gauvin (208 000$).

«Tout seul, c’est impossible de réussir. Ça prend parfois de bons conseils, qui valent davantage que des subventions. Mais ça prend aussi des élus et leurs équipes qui croient en ce que nous faisons. Grâce à l’aide du fédéral et du provincial, nous avons pu réduire les risques», a admis M. Roy.

Au gin aujourd’hui multi médaillé sur la scène mondiale s’est amalgamé les spiritueux et la bière. Sans oublier le miel et des visites touristiques des installations de Petit-Paquetville. Bientôt, la malterie sera terminée. À l’intérieur, deux alambics écossais d’une capacité de 3500 litres seront installés.

Mais ce n’est pas tout. Un laboratoire sera érigé, dans lequel les chercheurs tenteront de créer des levures à partir de céréales locales.
Ça ne s’arrête pas là. Sébastien Roy voit bientôt une cheminée dans laquelle l’orge cueillie à Shippagan, à Pokeshaw ou à Paquetville serait séchée.

«On travaille là-dessus en collaboration avec le CCNB. On pourrait y sécher nos grains locaux avec de la tourbe locale. Ça donnerait un goût à notre whisky qui serait aussi bon que celui produit en Écosse», croit le président et cofondateur de la Distillerie Fils du Roy.

À entendre parler Sébastien Roy, il est facile de penser que, pour lui, «sky is the limit». Il ne s’en cache pas. Cependant, il se dit pleinement conscient qu’il faut être très prudent quand on jongle avec le succès. Par exemple, il a terminé son expansion du côté de la bière. Une décision d’affaires difficile à prendre, compte tenu de la popularité de ses breuvages. Mais nécessaire, précise-t-il.

«Les seules limites sont celles qu’on s’impose. Tout est possible quand on croit que c’est possible. J’y crois vraiment. Et ça ne s’applique pas seulement à moi. Mais en restant petit, les risques sont beaucoup plus faibles. Quand on s’épanouit trop vite, c’est le produit qui en souffre et notre clientèle chute. Je pourrais faire de la bière 12 mois par année, mais on préfère maximiser ce que nous produisons en six mois. Le plus difficile est d’accepter de rester petit quand tout te laisse croire que tu peux aller plus gros. Il n’y a pas de milieu. C’est vrai que nous ajoutons de l’équipement automatisé, mais jamais nous ne voulons sacrifier la qualité de nos alcools», juge-t-il.

Uniquement en visiteurs, les entrées ont bondi de 35% cet été par rapport à 2018, selon ses propos. Cet été, ce n’était pas rare de franchir la barre des 400 personnes en une seule journée, ajoute-t-il. «On avait atteint un maximum de 375 en 2018», compare Sébastien Roy.

En gros, la Distillerie Fils du Roy veut devenir gros tout en restant petit. Pour le moment, cette formule fonctionne plutôt bien.