Mini-réacteurs nucléaires au N.-B.: premier feu vert pour ACR Nuclear

ACR Nuclear a franchi cette semaine une étape clef dans le développement de petits réacteurs modulaires, entrepris dans ses bureaux de Saint-Jean au Nouveau-Brunswick.

La Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) a approuvé la phase 1 de l’examen de la conception de l’ARC-100. Ce projet de réacteur de 100 mégawatts à combustible en métal refroidi au sodium pourrait se réaliser d’ici quelques années et s’intégrer à la centrale nucléaire de Point-Lepreau.

L’an dernier, le gouvernement provincial avait annoncé en grandes pompes un investissement de 10 millions $ dans le groupe de recherche nucléaire sur les petits réacteurs modulaires. Deux entreprises, Advanced Reactor Concepts Nuclear et Moltex, se sont engagées à verser chacune 5 millions de dollars pour mener des activités de recherche et de développement de cette technologie au Nouveau-Brunswick.

Depuis, les deux concepteurs ont ouvert leurs bureaux à Saint-Jean.

Le PDG d’ACR Nuclear Canada, Norman Sawyer, indique que son entreprise a embauché une douzaine d’employés dans la ville portuaire pour poursuivre le travail de conception. «L’évaluation de la CCSN conclut que nos travaux se conforment aux exigences réglementaires», se félicite-t-il.

La Commission canadienne de sûreté nucléaire s’apprête désormais à mener un second examen plus approfondi qui pourrait durer entre 18 et 24 mois.

ACR Nuclear s’y prépare et affirme avoir déjà récolté 20 millions d’investissements privés. Elle a aussi déboursé 500 000 $ pour l’établissement d’un partenariat avec l’Université du Nouveau-Brunswick.

Cependant, il reste encore plusieurs obstacles majeurs à surmonter. La technologie n’a pas encore atteint le stade du développement commercial. Plusieurs dizaines de millions supplémentaires seront nécessaires et d’autres permis devront être accordés pour la construction et la mise en service d’un premier réacteur opérationnel.

Du côté d’Énergie Nouveau-Brunswick, on se réjouit des progrès réalisés jusqu’à présent. La société de la Couronne estime que la construction du premier réacteur pourrait commencer en 2025, pour être terminée en 2030.

«Pour passer à la phase de démonstration commerciale, ces technologies doivent mener à bien la phase 2 de l’examen de conception de fournisseurs préalables à l’autorisation de la CCSN, et les prévisions en matière de finances et de planification de projet doivent continuer à être prometteuses. Si ces conditions sont remplies, Énergie NB envisage des démonstrations commerciales des deux types de réacteurs sur le site de Point Lepreau», précise un porte-parole.

En revanche, la province n’a pas encore confirmé son intention de financer davantage la recherche, ou même d’ajouter un second réacteur à la centrale de Point Lepreau.

Le PDG d’ARC évalue à 500 millions les coûts de construction de son petit réacteur modulaire. «À un certain point, il faudra que le gouvernement du Nouveau-Brunswick prenne une décision, mentionne M. Sawyer. Est-ce qu’on a un chez nous dans la province? La patience des investisseurs est limitée, pour assurer l’argent du secteur privé, il faut un soutien en continu.»

Selon lui, le développement d’une filière permettrait la création de 6 000 emplois dans la province, et pourrait servir à remplacer les centrales à charbons de plusieurs provinces canadiennes. «Nous ne sommes pas ici pour construire juste un réacteur», lance-t-il.

Les petits réacteurs modulaires n’existent encore nulle part en Occident, mais Ottawa les considère comme prometteurs. Le gouvernement fédéral a souligné l’automne dernier son intention de miser sur ce qu’il qualifie de «prochaine vague d’innovations technologiques dans le secteur de l’énergie nucléaire».

D’une taille équivalente à celle d’un gymnase, ils sont conçus pour être construits à plus petite échelle réacteurs nucléaires conventionnels et impliquent des coûts d’investissement plus bas. Les unités peuvent être construites et expédiées par camion pour être ensuite assemblées sur place. Ils pourraient également être en mesure d’utiliser du combustible épuisé provenant des réacteurs Candu existants.

Actuellement, une douzaine d’entreprises au Canada travaillent sur la conception de divers modèles et ont entamé des démarches auprès de la CCSN en vue d’obtenir une licence.