La Distillerie Fils du Roy est l’Entreprise de l’année du CÉNB

L’ambiance dans la suite du dernier étage de l’Hôtel Delta Beauséjour, à Moncton est euphorique, samedi soir. Sébastien Roy, président et cofondateur de la Distillerie Fils du Roy, tient dans ses mains le trophée de l’Entreprise de l’année 2019 du Conseil économique du Nouveau-Brunswick (CÉNB).

La Distillerie du Roy a fait des bonds de géants en quelques années. Depuis la toute première fabrique établie dans un garage étroit de Petit-Paquetville en 2012, la distillerie a su se tailler une place dans le marché des spiritueux de la province et même du pays.

C’est cette croissance exceptionnelle qui lui vaut le prix de l’Entreprise de l’année 2019.

En entrevue avec l’Acadie Nouvelle, Sébastien Roy est fébrile.

«C’est un prix très symbolique. C’est comme un rêve qui devient réalité. C’est pas juste un prix. Pour moi, il y a vraiment une valeur.»

Lors d’une soirée autour d’un feu de camp en 2011, Sébastien Roy et sa mère Diane Roy lancent l’idée de concevoir leurs propres spiritueux.

À l’époque, Sébastien Roy est gestionnaire dans la fonction publique, tandis que Diane Roy travaille chez Acadie Presse, qui assurait autrefois le service d’impression de l’Acadie Nouvelle.

«On s’était dit que si l’on commençait, ça allait être tout petit. Ça allait grossir lentement.»

C’est exactement ce qu’ils ont fait. Un an plus tard, mère et fils concrétisent leur vision et fondent leur distillerie dans un garage de Petit-Paquetville, au coeur de la Péninsule acadienne.

Une des raisons qui explique le succès de l’entreprise est que la famille n’a pas contracté de trop grosses dettes.

Lorsque les Roy se sont lancés en affaires, ils n’avaient que 36 000 $ dollars en poche. Un maigre montant avec lequel ils ont pu s’acheter un terrain, construire un petit bâtiment et acheter un alambic.

«On a jamais été plus gros ce qu’on pouvait se payer. Si on faisait un peu de profit, on l’investissait. On a pu grossir comme ça.»

Ils ont même gardé leurs emplois réguliers pendant les quatre premières années d’activités.

«On s’est seulement payé un salaire, plus tard, en 2016. On était des bénévoles.»

«On a débuté avec moins que le minimum. Il y avait bien des outils dont on avait besoin, mais on n’avait pas les moyens de se les acheter. Par exemple, on avait besoin de brûleurs à 1500$, mais on s’est contenté d’un brûleur à 150$. Ça faisait la job, mais ça prenait beaucoup plus de temps!»

Avant d’offrir ses produits dans les succursales d’Alcool NB, la famille dispose d’une boutique adjacente au garage. On y vend les fruits de leur labeur: liqueur d’absinthe, gin, pastis et vodka.

Aujourd’hui, cette première distillerie acadienne produit en outre des alcools cités, de la liqueur de canneberges et de bleuets, de la bière, du whisky, du rhum du miel.

La distillerie s’est implantée en sol québécois, à Sainte-Arsène, près de Rivière-du-Loup, en 2015. Leurs produits phares sont maintenant vendus dans la Belle Province.

Plusieurs projets d’agrandissement ont eu lieu à Petit-Paquetville pour répondre à la demande en constante augmentation. «Nous avons maintenant de beaux locaux. Ceux qui riaient de nous – ou avec nous – au début, ne rient plus maintenant!», lance à la blague M. Roy.

En 2017, Sébastien et Diane Roy décident de faire une incursion dans l’industrie touristique. Ils font construire une salle multifonctionnelle pour accueillir des centaines de visiteurs et y faire déguster leur eau de vie.

La recette du succès en affaires

M. Roy affirme que l’engouement du public envers les produits du terroir est l’une des raisons qui expliquent le succès de l’entreprise.

«Tout ça, c’est possible à cause des gens qui achètent des produits locaux.»

Aussi, le secteur des bières de microbrasserie a connu une effervescence au cours des dernières années.

«Les consommateurs voient qu’il y a des grosses compagnies qui dominent. Pour contre-balancer ça, il y a les petits artisans. Il y a ce mouvement-là d’acheter local.»

Il est d’avis que ce mouvement lui permet d’investir dans des projets et d’embaucher des gens.

La distillerie construit d’ailleurs une malterie qui sera fonctionnelle d’ici le début 2020. Une malterie transforme les céréales locales en malt, un élément essentiel à la production de bières et de whiskys.

Les Roy ont aussi dans leur ligne de mire l’implantation d’un laboratoire afin que la distillerie puisse produire ses propres levures.

Le processus de sélection de l’entreprise de l’année 

Un comité indépendant du Conseil économique du Nouveau-Brunswick choisit le gagnant selon les candidatures soumises volontairement.

Le CÉNB célèbre son 40e anniversaire cette année. Il s’agit d’une véritable «cerise sur le sundae», selon sa présidente, Marie Chamberland.

«Il [Sébastien Roy] a su mettre à profit ses idées. Il a été capable de faire un produit qui est reconnu partout. C’est une grande fierté», remarque-t-elle.

Mme Chamberland souligne le talent de Sébastien Roy à apporter une grande signification à ses accomplissements.

«C’est un mordu d’histoire. Il relie toujours de grandes histoires acadiennes à ses produits, ce qui fait qu’on embarque dans son rêve, avec lui.»

Autres gagnants

Les quatre gagnants des Prix Coups de coeur des membres du CÉNB sont:

· Région Nord-Ouest: Edmundston Truck Stop

· Région Nord-Est: La Maison BeauSoleil

· Région Sud-Est: Croisière Shediac Bay Cruises

· Région Sud-Ouest: Chopin Coastal Health Solutions