COVID-19: peu de conséquences économiques prévues au N.-B.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick et deux experts prévoient de faibles conséquences économiques liées au COVID-19, à condition que l’épidémie se résorbe avant l’été. La maladie survient toutefois dans un contexte difficile pour la création de richesses.

La Chine s’enrhume et le reste du monde tousse. L’économie du Nouveau-Brunswick devrait toutefois s’en remettre vite. La prédiction se trouve notamment dans les perspectives économiques 2020–2021, que le gouvernement a publiées en même temps que son budget.

«L’émergence et la propagation du coronavirus ne devraient pas avoir une importante incidence sur la croissance du PIB dans la province. Néanmoins, il pourrait représenter un risque à court terme», y est-il écrit.

L’analyste du Conseil économique des provinces atlantiques, Fred Bergman partage cet avis. «La plupart des conséquences liées au COVID-19 se feront sentir dans les six prochains mois», prédit-il.

Il croit que la propagation du virus ralentira grâce au printemps, comme la grippe. L’économiste Richard Saillant a la même opinion. C’est pourquoi il pense que les effets de l’épidémie resteront bénins.

Récupération rapide

Il observe qu’elle a affecté en premier lieu les producteurs en provoquant des fermetures d’usines et en désorganisant les chaînes logistiques internationales.

«Nous assistons à une crise de l’offre, ce qui est rare, car d’habitude les récessions sont provoquées par une demande insuffisante, précise-t-il. Si elle ne dure pas longtemps, l’économie récupérera vite.»

Il prévient toutefois qu’en cas de prolongation estivale, le coronavirus pourrait provoquer une récession, des pertes d’emplois et un ralentissement des augmentations de salaire.

Dans tous les cas, l’épidémie perturbera l’économie, selon lui. Il rappelle que le Covid-19 est apparu tandis que la croissance économique mondiale ralentissait, freinée notamment par la Chine les États-Unis.

Les prix du pétrole ont par ailleurs chuté il y a quelques jours, alors que le Canada est le quatrième producteur et exportateur mondial de cette matière et qu’il en tire 11% de son PIB.

Inquiétudes légitimes

M. Saillant juge qu’il est trop tôt pour mesurer l’influence du COVID-19 parmi l’ensemble de ces facteurs.

Dans une étude des conséquences du nouveau virus, l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a quand même réduit les perspectives de croissances canadiennes de 0,3 point de pourcentage, les fixant à 1,3% du PIB en 2020.

Elle a négligé de s’attarder sur le cas particulier du Nouveau-Brunswick. La province a néanmoins des raisons de s’inquiéter si les augures de l’OCDE sont exacts. Elle connaît l’une des croissances les plus faibles du pays.

Le gouvernement et le secteur privé l’ont située entre 0,9 et 1,2% de son PIB en 2020, sans prendre en compte les effets du COVID-19.

M. Saillant note le Nouveau-Brunswick dispose de moyens limités pour stimuler son économie. Son gouvernement fait heureusement part de ses défis à son équivalent fédéral.

Une aide fédérale

Le cabinet de Justin Trudeau a déjà suspendu la période de carence d’une semaine avant la possibilité de demander l’assurance-emploi.

Il a aussi permis aux employeurs de lui réclamer des périodes deux fois plus longues de soutien à leurs salariés en cas de diminution de leur activité (soit jusqu’à 76 semaines), dans le cadre du programme Travail partagé.

La Banque du Canada a aussi abaissé son taux directeur d’un demi-point de pourcentage afin de provoquer une diminution des taux d’intérêt des banques et de favoriser ainsi l’accès au crédit des consommateurs et des entreprises.

«Le but est de fournir de l’argent immédiatement aux gens», explique Richard Saillant.

Quel impact sur les PME?

Alors que le nouveau coronavirus se propage dans le monde, les petites et moyennes entreprises du Nouveau-Brunswick devraient se tenir prêtes à faire face à plusieurs problèmes logistiques, selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

Louis-Philippe Gauthier, directeur des affaires provinciales du N.-B. et de l’Île-du-Prince-Édouard pour le FCEI, explique que l’organisme a déjà commencé à conseiller les PME sur la marche à suivre en cas de problème.

«Il y a l’inquiétude des entrepreneurs et les inquiétudes des employés. Les entrepreneurs veulent savoir quoi faire si un employé a voyagé à l’extérieur», dit-il.

Son organisme recommande de surveiller l’employé pendant 14 jours. En cas de toux ou de fièvre, l’employé devrait demeurer en isolement à la maison et aviser son médecin et la Santé publique.

Certains membres du FCEI à l’échelle nationale font savoir qu’ils ont des problèmes dans leur chaîne d’approvisionnement en provenance de la Chine.

Louis-Philippe Gauthier rappelle que cette pandémie survient juste après une série de blocages ferroviaires à l’échelle du pays qui ont déjà mis les chaînes d’approvisionnement de certaines entreprises à rude épreuve.

M. Gauthier affirme que les mesures annoncées mercredi par le premier ministre Justin Trudeau permettront d’alléger la charge financière des travailleurs qui doivent s’absenter du travail.

La FCEI avait d’ailleurs fait cette recommandation au gouvernement fédéral.

«On est contents que ça a été fait. Éliminer la semaine de délai pour les gens qui sont affectés par les quarantaines, ça va aider les travailleurs.»

Thomas Raffy, PDG du Conseil économique du N.-B, suit la situation de près.

«On a certains membres qui ont vu certains délais dans l’approvisionnement, qui sont en attente de morceaux pour leur équipement, surtout dans le secteur manufacturier», relate-t-il en entrevue.

Il estime que les secteurs du tourisme et de la pêche seront probablement les plus touchés dans la province.

  • Avec la participation du journaliste Alexandre Boudreau