Péninsule: les gens d’affaires ont hâte de reprendre le collier

Après avoir réussi à baisser la courbe de la COVID-19 quasiment à plat, il est temps de faire remonter la courbe de l’économie dans la Péninsule acadienne. Et même si on est encore très loin d’un retour à la normale – si retour à la normale il y a –, les chambres de commerce constatent que la vie reprend tranquillement son cours dans plusieurs entreprises.

Le vert prend le dessus sur le rouge dans la mise à jour hebdomadaire de la Chambre de commerce du Grand Tracadie-Sheila. Ça veut dire que les gens d’affaires redémarrent graduellement leurs activités.

Les entreprises fermées – en rouge sur la liste – sont passées de 19 à 11 en moins de trois semaines. De gros employeurs, dont Maisons suprêmes, ont rouvert partiellement leurs portes. D’autres ont également adapté leurs offres en se réorientant sur les services en ligne ou, dans le milieu de la restauration, des plats à sortir. C’est bon signe, relate la directrice Julie Bilodeau.

«Dans la province, nous sommes en très bonne situation face au coronavirus. Nous avons pu garder la courbe très basse en respectant les consignes. Il est maintenant temps de redresser la courbe de l’économie chez nous», espère-t-elle.

En tenant compte que le Grand Tracadie est la plaque tournante des services dans la région, une reprise de l’activité économique, aussi graduelle et prudente soit-elle, est en soi une excellente nouvelle. Mais il faut également faire attention de ne pas dépasser la fine ligne entre ce qui est acceptable en temps de pandémie et ce qui ne l’est pas.

«Notre chambre de commerce ne veut pas trop faire la promotion de l’achat en période de confinement, admet Mme Bilodeau. Nous devons faire la promotion de la santé d’abord et ensuite de l’économie, même si ce n’est pas facile pour nos membres. On veut attendre le bon moment, car les gens sont conscients de ce qui se passe actuellement.»

Dans le Grand Caraquet, on s’aperçoit aussi que les gens bougent un peu plus, indique Marco Plourde, président de la chambre de commerce locale. Mais ça demeure timide pour l’instant.

«On voit un peu plus d’activités. Mais on sent qu’il y a encore de nombreuses inquiétudes dans la communauté. Je reçois plusieurs appels de nos membres pour tenter de tout comprendre ce qui se passe, notamment avec les programmes d’aide des gouvernements. On leur répond du mieux qu’on le peut», dit-il.

À son avis, il reste encore un bon bout de chemin à franchir avant de redevenir «comme avant». Si c’est possible, évidemment. Chose certaine, l’ambiance n’est pas encore à la fête chez ses quelque 200 membres. Tout le monde est sur le qui-vive et attend de connaître les prochains gestes du gouvernement Higgs et de la Santé publique.

«Notre grosse crainte est de savoir si les gens seront au rendez-vous après cette crise. Plusieurs de nos commerces et de nos entreprises travaillent sur une période saisonnière avec les pêches et le tourisme. On sait tous que 2020 sera une année difficile chez nous, surtout en n’ayant pas de festivals. On calcule, en tant qu’entrepreneur, et ce n’est pas évident, car on ne sait pas quand ça va vraiment redécoller», a-t-il élaboré.

Marie-Lou Noël, présidente de la Chambre de commerce de Shippagan, a senti du mouvement dans les derniers jours, coïncidant avec le retour de la pêche.

«On sent que ça bouge et que de plus en plus de commerces s’ajustent dans leur réouverture», fait-elle part.

Dans le coin de Lamèque, on remarque aussi une infime reprise de l’activité économique et on admet que ça pourrait prendre des mois avant de revenir à une soi-disant normale. Les services essentiels continuent de recevoir une forte clientèle et le milieu de la restauration a repris du service en adaptant leurs produits aux règles de confinement, a laissé savoir la Chambre de commerce des îles Lamèque et Miscou dans un échange de messages avec l’Acadie Nouvelle.

Un blitz sur l’achat local

Les quatre chambres de commerce de la Péninsule acadienne auront la même stratégie lors de l’après-pandémie de la COVID-19. Elles lanceront un blitz promotionnel sur l’importance de l’achat local dès que ce sera possible.

Cette coalition vise à réveiller le commerce péninsulaire par la communauté péninsulaire. Le sujet est sur les lèvres des dirigeants économiques, persuadés que le redressement de la courbe passera par cette philosophie.

«Il faut déjà semer la graine de l’après-COVID-19, exprime Julie Bilodeau, directrice de la Chambre de commerce du Grand Tracadie-Sheila. Tout va se jouer là. Ce n’est pas négatif de faire la promotion de sa région. C’est une question de fierté, une question d’emploi et une question de communauté. Le confinement nous incite à consommer dans notre région et ce sera important de continuer sur cette ligne de pensée.»

À la Chambre de commerce du Grand Caraquet, une initiative moussant l’achat local avait été lancée à la fin de 2019. Le président Marco Plourde confirme qu’elle sera ramenée de l’avant dès la fin de la pandémie.

«Acheter local, ce n’est pas seulement aider nos commerçants; c’est faire vivre des employés qui, à leur tour, font vivre l’économie locale», déclare-t-il.

Du côté de Shippagan, la présidente de la Chambre de commerce, Marie-Lou Noël, soutient que des discussions en ce sens sont en cours. Elle s’attend à voir poindre quelques incitatifs très prochainement.

«C’est le temps de le faire plus que jamais. Nous disons depuis le début de cette crise qu’il faudra mettre l’accent sur l’achat local. On sent que la conscience sociale est prête pour ça», a-t-elle senti.

À Lamèque, l’éducation de la communauté sera primordiale, dit-on. «Il y a un montant d’argent qui est dépensé à l’extérieur, seulement parce que les gens n’ont pas pensé à regarder ici. Si une partie de cet argent pouvait être dépensé dans la Péninsule acadienne, ce serait bon pour tout le monde. Ce serait le coup de pouce que bien des marchands attendaient», nous dit-on par voie de message.