Le Sud-Est pourra-t-il se sortir du marasme économique?

Comment relancer l’activité après la mise à l’arrêt forcée de l’économie? La question était au cœur d’une discussion organisée mardi par la Chambre de commerce du Grand Moncton.

La COVID-19 aura mis un coup d’arrêt brutal à une période de relative prospérité pour le Grand Moncton. La richesse y a crû en moyenne de 2,7% par an entre 2016 et 2019 et sa population a augmenté de 3067 personnes en 2019.

La situation s’annonce désormais toute autre.

Le Conference Board of Canada prédit un recul de 3,3% du PIB néo-brunswickois en 2020 (le produit intérieur brut, soit l’ensemble des richesses produites dans la province), suivi d’un rebond de 4,8% en 2021.

Pourtant, l’économiste David Campbell n’hésite pas à affirmer d’emblée que le poumon économique du Sud-Est a été moins durement touché que d’autres métropoles canadiennes. Les pertes d’emplois subies par la région en avril (2800) restent inférieures à celles constatées dans la majorité des autres centres urbains du pays.

«Il s’agit d’une chute très importante, mais la situation n’est pas aussi critique que certains l’ont prédit. De nombreux employeurs ont maintenu leurs employés avec l’aide du gouvernement», analyse David Campbell.

L’expert note que la reprise ne sera pas aussi facile pour tous les secteurs: le monde du tourisme en particulier risque de souffrir de la fermeture des frontières, tandis que les industries orientées vers l’exportation seront à la merci des remous des marchés internationaux.

«Il faut s’assurer que ces secteurs puissent passer au travers de cette période difficile», souligne-t-il.

L’économiste Richard Saillant se dit plus pessimiste. Il craint notamment que la crise sanitaire fragilise encore un peu plus la vitalité démographique d’une province vieillissante. Au cours des derniers mois, l’activité économique et le secteur privés ont été tirés vers le haut par la venue de nouveaux arrivants, d’étudiants internationaux et de travailleurs étrangers temporaires.

«Tout dépendra de quand Ottawa décidera de rouvrir les vannes de l’immigration», mentionne-t-il.

M. Saillant ajoute que les mesures de soutien aux entreprises et aux ménages dégainées par les gouvernements, bien qu’elles auront de sérieuses conséquences sur les déficits publics, étaient indispenbles pour limiter les dégâts.

«Le risque serait que l’on retire ce stimulus économique trop rapidement», croit-il.

Heureusement, le Canada est l’un des rares pays à avoir une cote de crédit AAA. L’économiste est plus préoccupé par le fait que le ratio dette/PIB du pays passera de 31% à environ 50%. Si Ottawa se retrouve dans une mauvaise situation financière, le Nouveau-Brunswick pourrait ne pas obtenir le type de transfert fédéral dont il a besoin pour soutenir le vieillissement de sa population, s’inquiète-t-il.

À quoi ressembleront donc les prochains mois? Dans ses dernières prévisions, la Banque TD entrevoit une reprise en U, avec une croissance qui resterait pendant quelques mois dans le creux de la vague avant de repartir. L’institution financière estime que l’économie canadienne n’aura retrouvé que la moitié du terrain perdu à la fin de l’année et ne sera pas revenue à son niveau pré-COVID-19 avant le milieu de 2022.

Ce scénario, le plus optimiste, repose bien entendu sur l’absence d’une seconde vague majeure.

Les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’administration publique, du transport de marchandises, des télécommunications, de la transformation alimentaire ou encore des épiceries ont été touchés moins durement et se remettront rapidement de la crise.

En revanche les restaurants et les bars, le monde des arts et du spectacle, l’hébergement, le tourisme, le transport aérien ou encore l’extraction du pétrole et du gaz ont été frappés de plein fouet par la pandémie et auront aussi beaucoup plus de mal à s’en remettre.