Bombardier annonce la suppression de 1600 postes et la fin du Learjet

Bombardier a peut-être complété son recentrage vers les avions d’affaires, mais il y a encore du pain sur la planche du côté de la réduction des coûts, alors que l’avionneur sabrera 1600 emplois – dont plusieurs centaines au Québec – en plus de cesser la production de sa famille d’appareils Learjet cette année.

En dévoilant ses résultats du quatrième trimestre, jeudi, l’avionneur a également annoncé une série de mesures, qui comprennent la consolidation à Montréal des travaux de finition intérieure pour sa famille Global et son intention de réduire son empreinte industrielle, notamment au Québec, dans ses sites sous-utilisés.

Cette nouvelle restructuration s’ajoute à celle annoncée en juin dernier, peu de temps après l’arrivée d’Éric Martel aux commandes de l’entreprise, en pleine pandémie de COVID-19, et qui doit se solder par l’élimination de 2500 emplois — 900 postes doivent encore être éliminés.

«Je sais que c’est une nouvelle difficile, mais pour les 13 000 employés qui vont continuer à faire partie de l’organisation, c’est une excellente nouvelle parce qu’elle assure la pérennité à long terme, a expliqué le président et chef de la direction de Bombardier, au cours d’une conférence téléphonique. C’est à partir de ce moment-là que l’on va pouvoir arrêter de parler de mises à pied et reconstruire.»

L’objectif consiste à économiser 400 millions $ US d’ici 2023.

Environ 700 travailleurs touchés se trouvent à Montréal, 100 autres en Ontario, 250 autres à Wichita, aux États-Unis, où sont assemblés les Learjet, et le reste sont répartis à travers le monde. Il s’agit essentiellement de postes administratifs, a expliqué M. Martel. Bombardier s’apprête entre autres à mettre la clé sous la porte de son siège social au centre-ville de Montréal parce que les activités ont été déplacées à son site de Dorval.

À l’Assemblée nationale, le premier ministre François Legault a dit vouloir «protéger le maximum d’emplois» chez Bombardier, en reconnaissant que la tâche était difficile parce que la crise sanitaire freine les ventes d’avions.

Interrogé, M. Martel a affirmé qu’il n’y avait pas de négociations avec Québec à ce moment-ci à propos d’une aide. L’entreprise devrait être capable de s’attaquer sans soutien gouvernemental à la réduction de sa dette nette pro forma de 4,7 milliards $ en date du 31 décembre, a-t-il estimé.

Moins grande

En plus de cesser de louer des hangars, Bombardier réduira son empreinte industrielle afin de l’ajuster à sa prévision annuelle de livraisons oscillant entre 110 et 120 appareils.

Le site de l’usine Canadair situé dans l’arrondissement Saint-Laurent, d’une superficie d’environ 4 millions de pieds carrés, sera en partie vendu et l’usine sera réduite afin d’être pleinement utilisée. L’argent récolté servira à financer la construction d’une nouvelle usine d’assemblage du Global 7500 dans la région de Toronto.

«(Le site) est beaucoup trop gros pour les activités que l’on a aujourd’hui, a dit M. Martel. Nous regardons chacune de nos usines, dont celles à Wichita.»

Le coordonnateur québécois de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA), David Chartrand, qui craignait une fermeture du site Canadair, s’est montré rassuré.

Quant à la restructuration, celui-ci a souligné qu’elle était en quelque sorte inévitable en raison de la lourde dette de Bombardier.

«Si on veut que la compagnie soit viable en sortant de la pandémie, c’est certain qu’il y a des décisions difficiles à prendre, a-t-il relaté, au bout du fil. Sinon, à un certain moment, les emplois de tous auraient été menacés.»

La fin d’une époque

En cessant de produire des appareils de la famille Learjet, Bombardier tirera un trait sur un programme qui était passé dans son giron en 1990. Depuis l’entrée en service du premier appareil, en 1963, plus de 3000 avions ont été livrés.

«Nous avons étudié plusieurs options, dont la vente», a expliqué le patron de Bombardier, qui préfère se concentrer sur les familles Challenger et Global, qui sont plus rentables.

L’avionneur continuera d’offrir le service après-vente pour les avions Learjet et compte déployer un programme de remise à neuf pour les avions plus anciens.

Pour le quatrième trimestre terminé le 31 décembre, Bombardier a affiché une perte nette de 337 millions $ US, ou 18 cents US par action, un résultat qui tient compte de ses activités de matériel roulant, qui appartiennent maintenant à Alstom. À la même période l’an dernier, la perte nette de la société s’était chiffrée à 1,7 milliard $ US, ou 74 cents US par action.

Ses revenus ont décliné de 3 %, à environ 2,4 milliards $ US.

«Dans l’ensemble, nous estimons que le trimestre a été difficile, mais les commentaires entourant les réductions de coûts sont encourageants lorsqu’on se penche sur la trajectoire à plus long terme», a expliqué l’analyste Walter Spracklin, de RBC Marchés des capitaux, dans une note.

À la Bourse de Toronto, jeudi avant-midi, l’action de Bombardier abandonnait 9,6 %, ou 7 cents, pour se négocier à 66 cents, alors que certains aspects des résultats se sont révélés inférieurs aux attentes des analystes.

M. Spracklin a souligné que les flux de trésorerie disponibles de 523 millions $ US à la fin du quatrième trimestre se trouvaient en deçà de sa prévision de 709 millions $ US.

En 2020, Bombardier a livré 114 avions d’affaires, un nombre en baisse de 19,7 % par rapport à celui de 2019, alors que la pandémie a perturbé ses activités. La compagnie a remis 44 appareils à des clients au quatrième trimestre, dont un «nombre record» de 16 Global 7500, le jet d’affaires sur lequel elle mise grandement.

S’il faudra encore plusieurs années avant que les livraisons retrouvent leur niveau d’avant la pandémie, M. Martel a néanmoins dit s’attendre à une croissance des revenus cette année.

Pour l’ensemble de l’exercice, la perte nette de Bombardier s’est chiffrée à 568 millions $ US, ou 37 cents US par action, alors qu’elle avait été de 1,6 milliard $ US, ou 76 cents US par action, en 2019. Le chiffre d’affaires a décliné de 13 %, à 6,5 milliards $ US.