Le directeur parlementaire du budget croit que le gouvernement libéral surestime l’impact qu’auront les dépenses fédérales de stimulation sur l’économie canadienne.

Dans son budget déposé le 19 avril, le gouvernement libéral parlait de 101,4 milliards $ de nouvelles dépenses sur trois ans destinées à aider le Canada à sortir de la pandémie de COVID-19. Déjà, le directeur parlementaire du budget (DPB) estime plutôt que seulement 69 milliards $ de ces dépenses pourraient être considérés comme de la réelle «stimulation économique».

Par ailleurs, le bureau d’Yves Giroux estimait avant la présentation du budget que la croissance du PIB serait de 1% l’an prochain et que 74 000 emplois seraient créés. Or, dans le budget, les libéraux estiment que leurs mesures de stimulation économique permettront d’atteindre une croissance économique de 2% et de créer 334 000 emplois au pays.

Dans son rapport, publié mercredi, le DPB ajoute que les déficits et la dette plus élevés dans les années à venir pourraient limiter la capacité d’Ottawa de mettre en place de nouveaux programmes permanents sans réduire les dépenses ni augmenter les impôts.

Le rapport du DPB a été publié quelques heures avant que la ministre des Finances, Chrystia Freeland, n’amorce le débat en Chambre sur son projet de loi de mise en oeuvre du budget, déposé vendredi dernier. Le gouvernement libéral minoritaire a besoin de l’appui d’au moins un des grands partis d’opposition pour ne pas être défait sur ce «vote de confiance», ce qui pourrait déclencher une campagne électorale.

Le marché de l’emploi

Les libéraux ont tablé dans leurs prévisions de dépenses sur un rebond du marché du travail, qui a connu il y a un an une baisse historique: trois millions d’emplois ont été perdus, en mars et avril 2020, et 2,5 millions de Canadiens ont travaillé moins d’heures cette année-là.

En mars dernier, on comptait au Canada 296 000 emplois de moins qu’avant la COVID-19, en février 2020, un écart de 1,5%; le taux de chômage a atteint un creux de 7,5% pendant la pandémie.

Statistique Canada mettra à jour vendredi les données sur l’emploi, avec les chiffres d’avril, et les experts s’attendent à une baisse, attribuable aux nouvelles restrictions et mesures de confinement mises en vigueur ce printemps pour contrer la troisième vague de COVID-19.

Même avec une baisse des emplois en avril, le DPB s’attend toujours à ce que la population active revienne à ses niveaux prépandémiques d’ici l’année prochaine, au moment où la première tranche des fonds de relance fédéraux devrait être lancée.

«Cela renforce ce que nous avons dit à maintes reprises au cours des derniers mois: les 70 à 100 milliards $ pour relancer l’économie sont mal calibrés», a déclaré M. Giroux jeudi matin, lors d’une séance d’information avec les journalistes.

«Ou, en d’autres termes: c’est trop d’argent sur une trop longue période, si l’objectif est de ramener les indicateurs du marché du travail à leurs niveaux d’avant la pandémie».

M. Giroux estime aussi que la capacité du gouvernement fédéral à gérer la prochaine crise économique pourrait être réduite par la décision des libéraux de gruger une marge de manoeuvre financière élargie avec de nouvelles dépenses.

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