Tandis que les prix à la consommation augmentent rapidement, que les économies rouvrent et que les consommateurs ont les poches pleines d’argent, des économistes estiment que la situation demeure sous contrôle et ne projettent pas une inflation galopante. Ça, c’est si tout se passe comme prévu, ce qui n’est pas garanti.

«Il n’y a pas le feu dans la maison», rassure au bout du fil Jimmy Jean, le nouvel économiste en chef de Desjardins, en entrevue avec La Presse Canadienne.

Des variations de prix particulièrement fortes font les manchettes ces derniers temps en Amérique du Nord — l’inflation d’avril s’est établie à 3,4% au Canada et à 4,2% aux États-Unis. «Ça ne compte pas, s’exclame M. Jean. Il y a de l’exagération dans les chiffres.»

«C’est une hausse, mais ça ne veut pas dire que c’est la nouvelle tendance de l’inflation», complète son collègue Matthieu Arseneau, chef économiste adjoint à la Banque Nationale du Canada.

MM. Jean et Arseneau ont été interviewés avant la publication des données de Statistique Canada pour le mois d’avril. Ils projetaient respectivement à ce moment une inflation de 3,3% et 3,1%.

Les économistes attendent, au cours des prochains mois, des chiffres très robustes en raison des baisses de prix assez lourdes survenues à la même période l’an dernier, alors que le Canada était plongé dans un confinement important et que les prix de l’énergie étaient particulièrement bas.

«Le pétrole aujourd’hui est à 65 $ US, explique M. Jean. C’est un niveau qu’on pourrait dire normal, mais c’est quand même trois fois le niveau de l’an dernier. Quand on fait des comparaisons d’une année à l’autre, ça cause des variations en pourcentage qui sont très élevées.»

Qualifiant la hausse de mélange «mi-figue, mi-raisin», l’économiste estime que cette inflation suggère pour le moment une économie qui reprend de la vigueur, même qu’«à la limite, on peut le voir comme une bonne chose». Si, par contre, des chiffres aussi élevés se maintiennent durant l’été, «il faudrait peut-être s’inquiéter».

Cancún ou Tahiti?

Et justement, il y a de grandes incertitudes. Des «jokers» qui pourraient brouiller les cartes et exercer une pression à la hausse sur les prix, à commencer par ce que feront les ménages des sommes qu’ils ont accumulées durant le confinement.

Le revenu disponible des Canadiens a crû de 9% en 2020 alors que les gouvernements sont intervenus comme jamais auparavant avec des programmes de soutien au revenu très généreux pour ceux qui ont perdu leur emploi.

«Ça ne s’était jamais vu, pas juste en récession, dans l’histoire canadienne», lance M. Arseneau.

Pas moins de 8% du produit intérieur brut est désormais en «épargne excédentaire» dans les comptes de dépôt des gens. Une petite fortune prête à être déployée lorsque l’économie va rouvrir.

Chez Desjardins, on projette qu’une bonne partie de l’épargne accumulée par les ménages sera affectée à la retraite ou investie. Il y a cependant le risque que le scénario soit erroné et que les consommateurs «partent en voyage et, au lieu d’aller à Cancún, vont à Tahiti», illustre Jimmy Jean.

Autrement dit, que les consommateurs se mettent à dépenser plus que prévu et réinjectent ces sommes dans l’économie.

De même, si la population se précipite vers les restaurants et que les restaurateurs manquent de personnel pour combler cette hausse de la demande, ils seront forcés d’augmenter les salaires pour attirer et retenir des employés, ce qui ultimement se reflétera sur les prix.

Ces effets de rareté, où la théorie économique devient bien concrète, ont été, par exemple, très observables au cours de la dernière année alors que les consommateurs dépensaient en travaux de rénovation.

«Ça cause cette flambée sur les coûts des matériaux, ça cause aussi des pénuries de main-d’oeuvre dans la construction, ça cause des hausses des conditions salariales, énumère M. Jean. C’est une bonne chose pour les gens qui sont dans ces secteurs-là, mais sur la question de l’inflation: ça en crée.»

La hausse importante des prix de l’immobilier, comme celle des autres actifs, dont les actions et les obligations, n’est toutefois pas mesurée dans le panier de consommation.

Des problèmes existent aussi déjà avec la chaîne d’approvisionnement mondiale en raison de la forte demande pour les biens de consommation, constate M. Arseneau. Les ménages, pouvant difficilement consommer des services durant les derniers mois, se sont tournés vers les biens, explique l’économiste.

À cela, il ajoute un possible retour en force du protectionnisme au cours des prochains trimestres et les coûts associés à la lutte aux changements climatiques. L’administration américaine actuelle est selon lui tout aussi protectionniste que la précédente et les tarifs qui pourraient être mis en place se refléteraient ultimement sur la facture du consommateur.

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