«Les choses commencent à bouger. On assiste à une petite vague de nouveaux venus dans le centre-ville, c’est plaisant à voir.»

Président de la Chambre de commerce régionale de Campbellton et propriétaire du Café Chez Wes, Luc Couturier aime ce qu’il voit en ce moment au centre-ville de cette communauté.

D’abord, les consommateurs semblent davantage au rendez-vous depuis quelques semaines, une situation qu’il l’attribue au retour du beau temps et au peu de cas de COVID-19 répertoriés au Restigouche au cours des derniers mois. À preuve, les ventes à son restaurant sont presque revenues à la normale, ce qui est très encourageant après une année particulièrement difficile.

Mais outre ce phénomène, ce qui le rend particulièrement optimiste c’est que malgré la pandémie, plusieurs petits commerces ont vu le jour dernièrement au centre-ville et que d’autres ont changé de propriétaire, assurant ainsi leur pérennité. Et plusieurs de ces entrepreneurs sont des jeunes, ce qui plaît d’autant plus à l’homme d’affaires.

«C’est rassurant de voir que nos jeunes se lancent en affaires et qu’ils choisissent de demeurer dans la région», indique-t-il.

Patrick Huard et Jacques Roch Gauvin sont l’un de ces exemples. Les deux comptables de formation viennent de se lancer dans toute une aventure, Rebel Bike Shop, un commerce de vélo et d’accessoires de plein air. Celui-ci est tout chaud, il a ouvert cette semaine.

«On est deux maniaques de vélos et de plein air. On a toujours voulu faire du business ensemble, mais on ne savait pas trop dans quel domaine. Nos passions communes ont fini par trancher», raconte Patrick.

Le commerce Rebel Bike Shop est l’une des nouveautés que l’on retrouve au centre-ville de Campbellton. – Acadie Nouvelle Jean-François Boisvert

«On trouvait qu’il y avait un manque au niveau de ce type de produits plus haut de gamme dans la région. C’est ironique, puisque le Restigouche est le meilleur terrain de jeu de la province. Après tout, on a le meilleur parc à vélo des Maritimes (au Sugarloaf), les plus belles rivières ainsi que les plus hautes montagnes», ajoute-t-il.

Le duo n’a pas décidé au hasard de l’emplacement de leur nouvelle boutique. Le centre-ville de Campbellton s’imposait de lui-même.

«C’est clair que la rue Roseberry, la plus achalandée, était le choix parfait pour nous en matière de visibilité», souligne M. Huard .

En face de Rebel Bike Shop, un commerce fait pour sa part peau neuve. Un jeune couple de la région – Franceska Thériault et Alain Lurette – vient en effet de faire l’acquisition du Dooly’s. L’achat est lui aussi tout récent, le 30 avril dernier.

«J’ai déjà travaillé ici lorsque j’étais aux études et j’ai adoré cela. Quand j’ai appris que les propriétaires songeaient à vendre, je les ai immédiatement contactés», raconte celle qui a troqué sa carrière d’enseignante en intervention en services communautaires au CCNB pour celle d’entrepreneur.

En pleine pandémie

Ce ne sont que deux exemples au cours des derniers mois. Qui aurait dit que le centre-ville connaîtrait un regain de vie en pleine pandémie?

Pourtant, se lancer ainsi en affaire en période trouble – sans avoir accès au bassin de consommateurs de la Gaspésie à cause des restrictions frontalières – n’est peut-être pas un si mauvais pari. C’est du moins l’opinion de Luc Couturier, qui va même jusqu’à dire que cette période d’instabilité est peut-être davantage remplie d’occasions et de potentiel.

«La fermeture du pont interprovincial fait très mal. Elle nous prive de beaucoup de consommateurs et les commerces ne roulent pas à leur plein potentiel. Mais quand on se lance en affaires en pleine pandémie, on commence déjà dans le rough. C’est très formateur selon moi, car on apprend à gérer une entreprise dans des circonstances vraiment inhabituelles, difficiles. Quand les choses vont reprendre, ça ne pourra qu’aller mieux pour ces entrepreneurs et ils seront peut-être mieux préparés si jamais ça devait se corser à nouveau», croit-il.

Franceska Thériault l’admet, elle et son conjoint ont hésité à mettre de l’avant leur plan en raison de la COVID-19.

«On sait que ce n’est pas facile au niveau de l’économie dans la région. Encore plus en ce moment pour les commerces comme le nôtre qui sont parmi les premiers à fermer lorsqu’il y a une éclosion. Mais on ne voulait pas non plus retarder notre projet indéfiniment ou pire, risquer de passer à côté de cette opportunité», confie-t-elle.

Franceska Thériault, copropriétaire du Dooly’s de Campbellton. – Acadie Nouvelle Jean-François Boisvert

L’endroit ne fonctionnant pas encore à plein régime en raison des restrictions sanitaires, cela lui offre un petit répit pour démarrer de façon plus graduelle dans le monde des affaires.

«Ça nous donne plus de recul, un peu de temps pour voir ce que l’on aime, ce que l’on veut garder et ce que l’on veut changer», ajoute Mme Thériault.

Chez Rebel Bike Shop, on ne s’est pas non plus lancé de ce projet à l’aveuglette. Cela dit, démarrer un commerce du genre en pleine pandémie apporte son lot de défis.

«On savait qu’il y avait déjà une pénurie dans les inventaires de vélos et kayaks comme tout le monde s’est tourné vers les activités en plein air. L’approvisionnement constitue notre plus gros défi. Mais en même temps, il faut foncer», explique M. Huard.

Ce dernier soutient par ailleurs ne pas être intimidé par les problèmes qu’a connus le centre-ville de Campbellton au cours des dernières années.

«Il ne faut pas s’arrêter à cela, sinon personne n’ouvrirait de commerce. Tout le monde déserterait le centre-ville. C’est vraiment la dernière chose dont Campbellton a besoin. On a vu une opportunité et tant mieux si ça peut apporter un peu de vie additionnelle dans le centre-ville», lance-t-il.

Toujours en chantier

Si ces nouveautés dans le centre-ville de Campbellton constituent une nouvelle positive, tout n’est par contre pas gagné. Il reste en effet encore beaucoup de commerces vides et de façades placardées. Le centre-ville est encore loin de ses belles années.

Pour Luc Couturier toutefois, le travail de revitalisation des dernières années commence à payer, et ce n’est qu’une question de temps avant d’assister à un véritable changement de visage.

Il cite notamment la reconversion en cours de l’ancien bâtiment du Woolworth – vacant depuis deux décennies – en édifice à bureaux, ce qui apportera beaucoup de travailleurs quotidiennement au cœur du centre-ville.

– Acadie Nouvelle: Jean-François Boisvert

«Ça va faire une énorme différence. On veut un centre-ville vivant et fréquenté. Tous ces travailleurs, ça va changer la dynamique. Ils vont manger et magasiner ici. Ça va apporter un regain de vie additionnel, et peut-être même encourager d’autres commerces à ouvrir. C’est une roue qui tourne», dit-il.

M. Couturier dit connaître d’autres projets en développement pour ce secteur, sans toutefois les nommer.

«Il va y avoir beaucoup de mouvements et c’est très encourageant pour la communauté. Pour toute notre grande région en fait. Car ça nous prend un centre-ville en bonne santé.»

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