Le départ de Jiffy Products de Shippagan en 2016 a laissé un grand vide dans la communauté, mais cinq années plus tard, un véritable renouvellement est en train de se produire dans ce secteur industriel de la municipalité. Aujourd’hui, les nombreuses entreprises qui occupent l’ancien bâtiment espèrent jeter les bases d’une nouvelle vision de l’entrepreneuriat dans la Péninsule acadienne.

Il y a quelques semaines, les sept entreprises participantes de la première cohorte de l’organisme Ekko.Acadie, un incubateur et accélérateur d’entreprises, ont commencé à s’installer dans un entrepôt de 6000 pieds carrés qui faisait autrefois partie de l’ancienne Jiffy.

Le projet, surnommé EKKO.Ship, est destiné aux jeunes startups et petites entreprises en croissance afin de leur offrir une solution d’entreposage à un prix compétitif et un environnement d’affaires collaboratif. Plusieurs des entreprises tentent de se tailler une place dans l’univers compétitif de la vente sur Internet.

L’avantage est qu’il est beaucoup plus avantageux pour un groupe d’entreprises de partager les coûts de location de l’entrepôt à Shippagan au lieu que chacun soit obligé de trouver une solution de son bord.

«La mentalité entrepreneuriale est en train de se transformer en quelque chose de plus collaboratif. Ici, on garde les choses confidentielles au sein d’un groupe de confiance, donc les entrepreneurs peuvent s’ouvrir sur leurs défis en affaires et ainsi de suite. On veut vraiment créer un climat de coopération et de collaboration», explique Patrick Gauvin, copropriétaire de Cielo Glamping Maritime, à Haut-Shippagan, et président d’Ekko.Acadie.

Devenir membre d’une cohorte d’Ekko.Acadie demande quand même de l’engagement, car les frais de participation s’élèvent à 2500$, mais un crédit d’impôt gouvernemental de 75% destiné à encourager les entrepreneurs à suivre de la formation annule la majorité des coûts, fait-on savoir. En échange, les entrepreneurs ont accès à plusieurs sessions de formation en personne et à un réseau de gens d’ affaires prêts à s’entraider.

«À la base, on a demandé aux participants d’identifier des besoins et pour cette première cohorte, le besoin était l’entreposage, un espace commun pour faire du commerce en ligne. Un comité s’est créé en parallèle à la cohorte pour mener le projet. Les prochaines cohortes, ça pourrait être un autre projet complètement différent, ça va aller selon les besoins des entreprises», ajoute Patrick Gauvin.

Maxime Olivier Duguay, propriétaire du Nettoyeur Vert, est l’un des membres de la première cohorte et préside le collectif de leadership d’Ekko.Shippagan. Pour lui, son implication dans cette initiative a permis de changer la donne de son expérience dans le monde des affaires.

«Je le ressens beaucoup. Ce n’est pas quelque chose que j’avais ressenti jusqu’à date dans le monde entrepreneurial. C’est vraiment l’inverse de ce qu’on voit ailleurs. On essaie vraiment de résoudre les problèmes des autres en proposant des solutions», explique-t-il.

L’une des solutions trouvées concerne la livraison de produits. Les livreurs de Nettoyeur Vert se rendent à Bathurst deux fois par semaine. Ils font maintenant de la livraison pour d’autres entreprises de la cohorte.

«Ça arrive que Mathieu, de la Brûlerie Munro, me demande de faire une petite livraison une ou deux fois par mois. Par rapport à ce qu’il me paie, est-ce que je fais vraiment de l’argent avec ça? Pas vraiment, mais j’arrive à entrer dans mes frais. Je lui rends service et ma van est pleine. Ça donne des heures de plus à mes conducteurs, qui travaillent à temps partiel. Si ça rajoute 10 minutes à leur trajet, c’est 10 minutes de plus sur leur paie. Moi, ça ne me coûte rien, lui, ça lui coûte moins cher.»

Fin des mono-industries?

Jiffy Products était l’un des plus grands employeurs de Shippagan. L’entreprise de transformation de produits de la tourbe a déménagé à Pokemouche en 2016.

Bien que le coup ait été initialement difficile à encaisser pour la Ville de Shippagan, Dave Ruel, directeur général d’Ekko.Acadie, estime que les nouveaux projets en cours représentent une nouvelle façon de brasser les affaires en Acadie.

«La Jiffy était une icône de la place, mais ces projets démontrent la transformation de nos régions rurales où de plus petites entreprises prennent la place de mono-industries. Le commerce électronique ouvre des portes. Tu peux avoir une petite entreprise et vendre des produits un peu partout. Les régions ne peuvent plus nécessairement se fier aux grosses entreprises. Avec les infrastructures qu’elles laissent derrière, c’est de voir comment on peut les recycler pour créer une version future de l’entrepreneuriat. Je trouve que la bâtisse de la Jiffy est un beau symbole.»

L’édifice a été acquis par Christian Larocque Services en 2018 et quelques années plus tard, l’entreprise Cube Automation en est devenue copropriétaire. Ces deux figures de proue du secteur entrepreneurial n’ont pas caché leur désir de donner un coup de main à d’autres entreprises de la région.

«Ce qui est intéressant, c’est toute la culture collaborative qui vient avec. Quand on a rencontré Christian Larocque l’an dernier pour lui parler de notre vision, je me souviens de sa réponse. Il a dit que son rêve était d’avoir plein de noms d’entreprises locales sur la façade de la vieille Jiffy et qu’on les verrait en passant devant. Parce qu’il croit dans la relève, on a pu négocier un bon prix pour la location», ajoute Dave Ruel.

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