Plusieurs observateurs s’attendent à ce que l’effet des taux d’intérêt continuera à se faire sentir au Canada pendant encore plusieurs mois.

Il y a un mois, la Banque du Canada augmentait encore son taux directeur de 0,5 point de pourcentage, faisant ainsi passer les taux d’intérêt à 3,75%.

L’augmentation, la sixième depuis mars, vise à freiner l’inflation à l’échelle nationale.

Même si l’intervention de la Banque du Canada commence à avoir l’effet escompté, Pierre-Marcel Desjardins, professeur à l’École des hautes études publiques de l’Université de Moncton, prédit que le taux directeur sera encore revu à la hausse avant la fin de l’année.

«Les augmentations des derniers mois commencent à avoir un impact, l’inflation s’est stabilisée, le prix de l’énergie commence à diminuer, mais ce n’est pas encore une tendance. Même si on voit des signes positifs, on ne peut pas encore crier victoire, donc on peut s’attendre à d’autres augmentations du taux directeur de la part de la Banque du Canada», dit l’économiste.

Jeudi, l’ex-gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz a indiqué que l’effet des hausses de taux d’intérêt sera plus important que la plupart des gens le réalisent.

S’exprimant lors d’une conférence à Ottawa organisée par la Ivey Business School de l’Université Western, l’ancien gouverneur a affirmé que l’inflation annuelle tombera d’elle-même à environ 4% à mesure que les facteurs externes, tels que la hausse des prix des matières premières, s’atténuent.

Selon Stephen Poloz, l’action politique devra faire le reste du travail pour ramener l’inflation à l’objectif de 2 % de la banque centrale.
Il faudrait toutefois du temps pour que cette évolution se reflète dans l’inflation annuelle, a-t-il ajouté.

Difficile à prédire

Pierre-Marcel Desjardins est d’accord pour dire qu’il est difficile à prédire à quel moment l’inflation commencera à ralentir.

Certains signes encourageants laissent toutefois présager une légère diminution des pressions inflationnistes, notamment dans le secteur de l’énergie, note-t-il.

«On va encore avoir des difficultés au niveau du secteur énergétique, mais les Européens ont par exemple trouvé des sources d’énergie alternatives, notamment du gaz naturel liquéfié, donc la situation de cet hiver sera probablement moins critique que ce que l’on craignait. Ce sont des signes positifs, même si ça ne veut pas dire que les choses seront revenues à la normale demain matin», se réjouit-il.

Si les interventions de la Banque du Canada se poursuivent, l’économie canadienne «pourrait se retrouver en récession en début d’année», ajoute M. Desjardins.

«La récession, par définition, veut dire que l’on produit et consomme moins de biens, donc ça va être encore une pression à la baisse sur l’inflation. Si on produit moins, ça va aussi ralentir le marché du travail, ce qui pourrait faire en sorte que plus de gens vont perdre leur emploi, ce qui pourrait augmenter le chômage», analyse-t-il.

Les pertes d’emplois pourraient être tempérées par le contexte de pénurie de main-d’œuvre avec lequel sont confrontés divers secteurs de l’économie, dit Pierre-Marcel Desjardins.

Le prix des aliments restera élevé

Sylvain Charlebois, directeur du Laboratoire de sciences analytique en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, à Halifax, prédit lui aussi que l’inflation continuera de se faire sentir pendant un moment, notamment dans le secteur de l’alimentation.

Le 5 décembre, son équipe publiera des projections indiquant que les prix des aliments demeureront élevés en 2023.

«On n’est pas sorti du bois, lance-t-il. Les chaînes d’approvisionnement continuent de récupérer tranquillement pas vite et ça se reflète dans les prix, note le spécialiste. Les cours énergétiques nous ont aussi joué un petit tour et les taux d’intérêt élevés pourraient faire diminuer la valeur de la devise canadienne, des facteurs qui pourraient aussi contribuer à faire en sorte que les aliments restent coûteux. Les indicateurs macroéconomiques ne sont pas très rassurants pour les Canadiens.»

– Avec des extraits de La Presse Canadienne

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle