C’est au tour des PME de dénoncer le phénomène des employés fantômes ou «ghosting», ces personnes fraîchement embauchées qui ne se présentent carrément pas au travail ou qui quittent peu de temps après avoir été embauchées.

La pénurie de main-d’œuvre observée dans tous les secteurs de l’économie depuis quelques années donne des maux de tête aux employeurs.

Selon le dernier Baromètre des affaires de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), la pénurie limite le développement de plusieurs PME. D’après ce coup de sonde, le manque de main-d’œuvre qualifiée freine la croissance de 53% des entreprises alors que le faible nombre de travailleurs semi-qualifiés affecte 38% des répondants.

La FCEI ajoute que 36% des PME disent avoir embauché des candidats qui ne se sont jamais présentés au travail ou qui ont cessé de se rendre travailler peu de temps après avoir commencé leur emploi. Au cours de la dernière année, 37% des répondants ont aussi affirmé que des candidats ne se sont tout simplement pas présentés à leur entrevue ou ont abandonné leur processus d’embauche sans donner signe de vie.

«Il n’y a aucun signe de vie. C’est ça le phénomène de « ghosting », c’est-à-dire: on disparaît, on ne répond plus, on ne donne pas de signe de vie, on ne prend pas le téléphone pour annoncer nos intentions, on ne répond pas à nos courriels, on fait le fantôme », a expliqué en entrevue à la Presse Canadienne jeudi Jasmin Guénette, vice-président aux affaires nationales pour la FCEI.

Il note que ce phénomène des employés fantômes touche tous les secteurs d’activité, dans toutes les régions. Ce sont cependant les secteurs de l’hébergement et de la restauration qui sont les plus touchés. Il n’a pu dire si le phénomène touchait davantage une catégorie d’âge en particulier.

D’après Louis-Philippe Gauthier, vice-président atlantique de la FCEI, il s’agit d’un phénomène observé par les PME de tout le pays, que ce soit en Atlantique, au Québec ou dans les provinces de l’ouest.

«C’est la première fois qu’on sonde nos membres dans ce contexte-là. De manière anecdotique, ça fait quelque temps qu’on en entend parler et ça semble s’être accéléré. C’est un dossier qu’on va suivre au cours des prochains mois et années», dit M. Gauthier.

Bien que les employés ont aujourd’hui l’embarras du choix lorsque vient de se trouver un emploi qui leur convient, dit-il. La moindre des choses serait toutefois d’avertir les employeurs lorsqu’ils décident de ne pas se présenter à un entretien d’embauche ou au travail après avoir accepté un poste.

Pas de surprise

John Wishart, directeur général de la Chambre de commerce pour le Grand Moncton (CDCGM), dit ne pas être surpris par les résultats du coup de sonde.

«Les restaurateurs et les tenanciers de café nous partagent souvent ce genre d’anecdotes, raconte-t-il. Je crois que ça montre bien à quel point le rapport de force est à aujourd’hui en faveur des employés sur le marché du travail. Il y a tellement d’emplois et si peu de travailleurs qu’ils ont le choix de rester ou de partir.»

M. Wishart ajoute que la situation est souvent source de frustration pour les PME qui investissent du temps et de l’argent dans le recrutement et la formation des leurs travailleurs.

Dans ce contexte, la CDCGM est d’avis que les entrepreneurs devront redoubler d’efforts afin d’améliorer la rétention. C’est la raison pour laquelle l’organisme vient de publier une trousse offrant des stratégies susceptibles de convaincre les employés de rester.

«Les employeurs ont besoin d’être plus flexibles avec leurs conditions de travail, analyse John Wishart. Ils doivent offrir une conciliation travail-vie-privé intéressante, permettre le télétravail lorsque c’est possible et peut-être offrir de meilleures prestations pour les travailleurs. Tout ce que l’on peut faire pour rendre les gens plus à l’aise, que ce soit un meilleur salaire ou plus de vacances, doit être envisagé.»

Pourquoi?

Jasmin Guénette se demande si certains candidats qui agissent ainsi ne le font pas pour toucher plus longtemps des prestations d’assurance emploi, en donnant l’impression de chercher véritablement un emploi pour répondre aux critères du régime.

«On peut se poser la question: pourquoi y a-t-il autant de gens qui font du « ghosting »? Est-ce que c’est pour répondre aux exigences du programme de l’assurance emploi en matière de recherche de travail?», demande M. Guénette.

«Est-ce que c’est parce qu’il y a tellement de travail disponible, de jobs disponibles, que les gens décident tout simplement de se retourner pour commencer un processus d’embauche ailleurs? Est-ce que c’est parce que les gens, au fond, veulent créer un phénomène de surenchère, puis être en processus d’embauche avec trois ou quatre entreprises en même temps, puis à la fin, on décide que c’est un employeur et on laisse tomber les autres sans donner signe de vie malheureusement?», demande-t-il encore.

Cela cause inquiétude et frustration chez les dirigeants de PME dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, fait valoir M. Guénette.

«Quand les gens acceptent un travail et décident de ne pas se présenter à leur première journée, c’est encore pire, parce que là, on a mis en place un processus de formation, on a mis en place différentes choses pour s’assurer d’intégrer le nouveau personnel au sein de l’entreprise. C’est très coûteux quand les gens décident de ne pas se présenter à leur première journée de travail», explique M. Guénette. – PC

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle