La volonté d’être vert

De plus en plus, on parle d’énergie verte, même des sociétés pétrolières comme Shell et British Petroleum en parlent comme si elles y croyaient! Les partis politiques traditionnels du Canada ont très bien intégré le concept à leur discours, depuis que le Parti vert du Canada a pris un certain élan, tout marginal qu’il soit. La question qu’il faut se poser, cependant, c’est si nous progressons au Canada, et si oui, est-ce de manière significative?

Il est certain que si nous mesurons le progrès en fonction du discours qui se tenait il y a dix ans sur l’énergie, et le discours qu’on entend régulièrement aujourd’hui un peu partout au pays, il y a eu une évolution dans le bon sens. Si nous considérons le pourcentage de l’électricité produite aujourd’hui de source propre par rapport à la production d’il y a dix ans, encore là on peut affirmer qu’il y a eu du progrès. Mais en établissant de telles comparaisons, on se leurre. Comme on dit ici, on s’conte des histoires.
Pour une multitude de raisons, le Canada est énergivore. Nous avons besoin d’énergie pour exploiter nos ressources naturelles. Nous avons besoin de beaucoup d’énergie pour nous réchauffer l’hiver. Population modeste étendue sur un territoire gigantesque, nous consommons beaucoup d’énergie dans le transport qui sert à nous échanger des marchandises, à nous visiter et à nous divertir.
Hormis le Québec, qui est en mesure de produire de l’électricité de source propre en quantité suffisante pour soutenir l’industrie lourde, au Canada on compte généralement sur l’énergie thermique produite en s’approvisionnant de mazout ou de charbon. Polluer pour s’assurer un approvisionnement fiable et stable d’énergie fait partie de notre paysage depuis au moins un siècle.
Contrairement à certains pays qui agencent une multitude de sources de production d’électricité pour pourvoir à leurs besoins énergétiques, au Canada ce sont principalement d’importantes sociétés de la Couronne qui ont le quasi-monopole de la production et de la distribution d’électricité: Énergie NB, Hydro-Québec, Ontario Hydro, et ainsi de suite jusqu’en Colombie-Britannique. Ces sociétés de la Couronne brassent des milliards de dollars en chiffre d’affaires et elles sont habituées et réconfortées dans ce monopole d’État. Toutes ces sociétés, qui cultivent soigneusement l’image qu’elles ont notre confort, notre sécurité et notre portefeuille à cœur, sont allergiques à l’idée de perdre une once de contrôle sur l’électricité au Canada.
Elles ont toutes en commun une mentalité qui ressemble à celle des conducteurs canadiens des années 1970. Il y a trente ans, on connaissait l’existence des voitures japonaises et européennes qui consommaient moins d’essence, tenaient mieux la route, étaient équipées de moteurs qui duraient plus longtemps. Mais on ne «faisait pas confiance à ces étranges».
En production d’électricité, on nous dit que l’éolien ça coûte cher, que c’est bruyant et qu’il ne vente pas tout le temps, que les panneaux solaires ça coûte beaucoup trop cher et qu’il ne fait pas toujours soleil, enfin bref, l’énergie verte c’est beau «en principe», mais c’est un paquet de problèmes. Comme les moteurs à quatre cylindres, l’énergie verte c’est un concept venu d’ailleurs. Ici, on aime les huit cylindres! Mais quand on rassemble tous les chiffres qui se cachent dans tous les tiroirs du gouvernement et d’Énergie NB, on se rend compte que nos huit cylindres (Coleson Cove, Pointe Lepreau, Belledune), au lieu de les refinancer quelques fois, il serait temps d’essayer d’autres modèles. De vert, nous n’avons que le discours.