Un pari très risqué

On ne pourra pas accuser les employés de l’usine Fraser d’Edmundston de ne pas savoir ce qu’ils veulent. Plus tôt cette semaine, ils ont envoyé un message clair à leur employeur: ils tiennent à leurs conditions de travail.
Ce qui surprend, toutefois, c’est la force du vote des syndiqués. Ils ont rejeté les demandes patronales à 97 %. Le genre de vote fort que l’on retrouve normalement quand un syndicat veut se négocier un rapport de force, souvent à la veille d’une grève ou d’un lock-out.
Fraser Papers éprouve de graves difficultés financières. Ses concurrents directs, aux États-Unis, se gorgent de millions de dollars en subventions du gouvernement américain, ce qui leur permet de baisser leurs prix. Fraser est frappé de plein fouet, avec pour résultat que l’entreprise est déficitaire, et a dû se placer sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, étape obligatoire avant de pouvoir se restructurer et se relancer… ou déclarer faillite.
La papetière d’Edmundston a demandé et obtenu l’aide du gouvernement provincial. Elle souhaite maintenant que ses propres travailleurs fassent leur part. La direction leur demande des concessions importantes au chapitre du régime de retraite, des salaires et des avantages sociaux.
À toutes ses demandes, les syndiqués ont répondu non. Nous ne doutons pas que le syndicat et les employés sachent mieux que les gens de l’extérieur de l’entreprise défendre leurs propres intérêts. Sans vouloir juger leurs motivations, il reste que leur stratégie est difficile à comprendre. En effet, la force de leur «non» est telle que Fraser Papers avoue à voix haute ne plus être intéressé à reprendre les négociations.
Il est impossible de nier que l’industrie forestière vit des temps difficiles. Les scieries et papetières qui ont fermé leurs portes ne se comptent plus au Nouveau-Brunswick.
Nous invitons les travailleurs de Fraser Papers à réviser leur position. Personne ne conteste l’importance de négocier et de défendre de bonnes conditions de travail. Mais dans ce cas-ci, ils jouent un jeu dangereux. L’alternative aux concessions exigées par Fraser pourrait fort bien être la fermeture définitive de l’usine. Un scénario catastrophe pour les employés, mais aussi pour tout le Madawaska.

L’étoile de Caraquet

L’art est subjectif. Nous en avons eu une nouvelle preuve au cours des derniers jours, avec la controverse qui a entouré le départ de Stellaire, une sculpture qui trônait depuis une quinzaine d’années devant l’Hôpital de Caraquet.

L’oeuvre de Suzanne Cormier Dupuis n’a jamais fait l’unanimité, tant du point de vue esthétique que pour ce qu’elle représentait. Certains y voyaient une étoile de mer, un phoque et même un foetus (dixit le maire de Caraquet Antoine Landry). La direction de l’hôpital affirme avoir déplacé l’oeuvre parce qu’elle se dégradait, niant par le fait même les rumeurs voulant que des pressions aient été faites pour qu’elle «disparaisse» avant le Congrès mondial acadien…
Il est possible de tirer une leçon de ce roman-savon. L’art est peut-être suggestif, mais quand il se trouve devant une institution comme un hôpital, un hôtel de ville, un édifice gouvernemental, etc., il doit aussi être rassembleur, esthétique et surtout pas trop controversé. D’autres endroits sont plus à propos pour les oeuvres moins conventionnelles et capables de repousser les limites de l’art.
Souhaitons que l’hôpital de la «capitale culturelle de l’Acadie» saura un jour acquérir une nouvelle oeuvre qui respectera ces critères.