Les alliances vs la science

Montréal accueille pendant une dizaine de jours un millier de scientifiques qui ont en commun leur souci des effets du réchauffement climatique sur la Terre. La réunion de Montréal se tient une dizaine de jours après le sommet du G8 de L’Aquila, en Italie.
À L’Aquila, les chefs des pays huit pays les plus riches de la planète, le torse bombé de fierté, ont annoncé qu’ils reconnaissent le point de vue des scientifiques qui jugent que le climat de la planète ne devrait pas excéder de deux degrés Celsius la température moyenne de la Terre avant l’ère industrielle. Ils se sont engagés à travailler d’ici la réunion de Copenhague, en décembre prochain, un objectif global pour réduire substantiellement la production globale des gaz à effet de serre d’ici 2050… Qu’est-ce qui cloche, à votre avis, dans cette affirmation pompeuse? Nous ne pouvons prétendre que notre avis soit plus valable que le vôtre, mais évaluons cet énoncé du sommet du G8, et ses auteurs.
D’abord, 2050. Dans quarante ans, au rythme actuel où nous polluons la planète et son atmosphère, nous aurons dépassé le point critique. En 1990, nous devions viser une diminution importante de la pollution atmosphérique pour 2020, cibler en 2012 des objectifs précis à atteindre en 2020 pour tous les pays. Avant que la population et, surtout, les politiciens et leurs alliances industrielles comprennent le sens d’urgence que comprenait déjà la Déclaration de Rio sur les changements climatiques, l’importance de mettre en œuvre le protocole de Kyoto le plus vite possible, il était déjà trop tard. Nous cognons à la porte de 2010, pratiquement tous les pays polluent au même rythme qu’en 1990, et les pays s’entendent pour reporter l’échéancier de 30 ans.
Pour la majorité des 1500 scientifiques réunis à Montréal pour partager le résultat de leurs recherches sur le réchauffement climatique, entendre les déclarations comme celle du G8 provoque à coup sûr une déception et une incrédulité: combien de fois et de combien de manières devront-ils démontrer que le temps presse? Pour ces scientifiques, c’est un peu comme être passagers d’une voiture qui roule à cent à l’heure vers un mur droit devant, un mur que tous voient. Le chauffeur du véhicule, un chef d’État, insiste qu’il a tout son temps pour freiner, mais tous les passagers savent que les freins sont en mauvais état.
Le leader politique le plus influent de la planète est actuellement en mauvaise posture pour atteindre les objectifs écologiques qu’il s’était fixés. Le président Barack Obama doit piloter son pays hors d’une des récessions les plus importantes depuis la Grande Dépression de 1929. Ironiquement, la situation économique de son pays le force à mettre de côté son discours de campagne et à adopter des mesures et des positions qui sont proches de la position tellement critiquée de notre premier ministre, Stephen Harper: fixer des objectifs de diminution pour 2050, plutôt que 2020…
Il n’est pas rassurant de constater que les chefs d’État du G8 ont encore le pied sur l’accélérateur à un moment où ils devraient déjà avoir les deux pieds qui poussent à fond sur la pédale du frein.